Dernier groupe d’officiers kenyans quitte Haïti après l’échec de la mission de sécurité

28 avril 2026

Dernier groupe d'officiers kenyans quitte Haïti après l'échec de la mission de sécurité

Fin du déploiement des forces kényanes en Haïti après une mission semée d’obstacles

Le 27 avril dernier, la dernière unité de policiers kényans déployée dans le cadre de la Mission de Soutien Sécuritaire Multinationale (MSS) a quitté Haïti. Cette fin de mission intervient alors que la violence des gangs continue de prospérer, contrôlant une grande partie du pays malgré les efforts déployés pour l’enrayer.

Ce retrait marque non seulement la fin de la présence kényane, qui avait appuyé la Police Nationale d’Haïti (PNH) dans ses actions contre les groupes armés, mais il annonce également le lancement officiel d’une nouvelle initiative multinationale : la Force de Suppression des Gangs (FSG), approuvée par le Conseil de Sécurité de l’ONU à l’automne dernier.

Dans un message publié sur X, des responsables liés à cette nouvelle force ont salué le service courageux des soldats kényans dans des conditions extrêmement difficiles.

« Lorsqu’Haïti avait le plus besoin de soutien, le Kenya a répondu présent », peut-on lire dans cette déclaration. « Cet engagement pour la paix et le service dépassant les frontières laisse une empreinte durable. »

Une mission entamée avec des retards et un impact limité face à l’escalade de la violence

Dès ses débuts, la mission MSS a été confrontée à une série d’obstacles : retards administratifs, difficultés de financement et défis opérationnels, ce qui a fortement compromis son efficacité.

Approuvée par le Conseil de Sécurité de l’ONU en octobre 2023, la mission a été initialement empêchée de se déployer en raison de contestations juridiques à Nairobi. Après que les tribunaux kényans ont levé ces obstacles, le déploiement a pu commencer. Cependant, l’effectif prévu n’a jamais été totalement atteint.

Même avec l’approbation et les promesses de soutien de plusieurs pays membres, la mission n’a pas réussi à atteindre ses objectifs. Le Kenya avait promis environ 1 000 policiers, mais moins de 800 étaient finalement déployés. La force multinationale plus large devait compter 2 500 soldats, mais n’a jamais frôlé ce chiffre.

Le financement quant à lui est resté insuffisant. Sur un budget annuel estimé à 600 millions de dollars, seulement environ 400 millions ont été garantis, principalement par les États-Unis, laissant des lacunes dans les moyens, le matériel et la logistique.

Des analystes et des observateurs haïtiens ont souligné que la mission manquait cruellement d’un cadre opérationnel clair, incluant une capacité en renseignement suffisante, des mécanismes de coordination efficaces, et un soutien politique à long terme — autant de facteurs indispensables pour faire face aux gangs lourdement armés et profondément enracinés.

« Lorsqu’Haïti avait le plus besoin de soutien, le Kenya a répondu présent. Cet engagement pour la paix et le service dépassant les frontières laisse une empreinte durable. »

Déclaration de la FSG

Malgré des opérations communes avec la police haïtienne, la mission n’a pas réussi à affaiblir de manière notable les réseaux de gangs.

Les groupes armés ont poursuivi leur expansion, contrôlant la majeure partie de Port-au-Prince et au-delà, avec l’ONU estimant que plus de 90 % de la capitale est sous leur influence. Leur emprise s’est également étendue dans certains quartiers des provinces, notamment dans la région de l’Artibonite, le Plateau Central et les départements du Sud-Est, longtemps considérés comme relativement plus sûrs. Selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), le nombre de déplacés a augmenté, atteignant environ 1,45 million de personnes pendant toute la durée de la mission.

Les associations de la société civile ont vivement critiqué les résultats limités de la mission, soulignant que de nombreux dirigeants de gangs clés n’ont ni été capturés ni neutralisés.

Il n’a pas non plus été rare d’entendre parler de controverses. En effet, l’ONU a enregistré plusieurs allégations d’exploitation et d’abus sexuels impliquant certains membres de la force. Si certaines victimes ont pu bénéficier d’une assistance, les autorités kényanes ont nié tout acte répréhensible et ont rejeté ces accusations.

Les autorités haïtiennes reconnaissent l’appui tout en entamant le déploiement de la nouvelle force dans un climat d’incertitude

Malgré ces nombreuses difficultés, les responsables haïtiens ont exprimé leur reconnaissance pour la présence kényane.

Lors d’une cérémonie de départ, les chefs de la PNH ont loué la coopération et le dévouement de la contingent, soulignant que ces soldats ont opéré avec des ressources limitées et dans un terrain souvent inconnu.

Les officiers kényans ont travaillé de concert avec des forces provenant notamment des Bahamas, de la Jamaïque et du Salvador, dans le but de stabiliser le pays en vue d’élections longtemps retardées.

Avec le départ du dernier contingent de la MSS, les autorités haïtiennes se tournent désormais vers la Force de Suppression des Gangs, qu’elles espèrent voir réussir là où la mission kenyane n’a pas réussi.

Environ 400 personnels du Tchad sont déjà sur place, et d’autres contributions sont attendues de pays comme le Bangladesh et le Sri Lanka. La force devrait compter jusqu’à 5 500 membres et être entièrement opérationnelle d’ici octobre 2026.

« Haïti n’a pas besoin de promesses, mais d’actions. »

Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé

Elle bénéficiera d’un soutien logistique et opérationnel via un mécanisme soutenu par l’ONU, le Bureau de Soutien des Nations Unies en Haïti (UNSOH). Le financement sera assuré par les États membres.

Le Premier ministre haïtien a appelé à une mise en œuvre rapide, insistant sur le fait que la sécurité est indispensable pour le rétablissement de l’ordre démocratique.

« Haïti ne doit pas attendre des promesses, mais voir des actions concrètes », a-t-il déclaré au Conseil de Sécurité de l’ONU le 23 avril dernier.

Pourtant, la fin du mandat kényan intervient dans un contexte où la violence perdure, provoquant déplacements et menaces quotidiennes pour la population. Des affrontements entre gangs rivaux continuent de faire rage dans la plaine du Cul-de-Sac et dans d’autres régions, tandis que l’autorité de l’État reste très limitée.

Pour de nombreux Haïtiens, le départ de la MSS souligne une inquiétude plus profonde : celle que les efforts internationaux n’aient pas su à la hauteur de la gravité de la crise. Reste à voir si la nouvelle force pourra inverser cette tendance, une incertitude demeure à ce jour.

Naïla Saint-Fleur

Naïla Saint-Fleur

Je suis Naïla Saint-Fleur, journaliste pour Kapzy News et passionnée par les récits qui révèlent la complexité d’Haïti et de la Caraïbe. À travers mes articles, je cherche à donner du sens à l’actualité et à faire entendre les voix de celles et ceux qui construisent le pays au quotidien. L’écriture est pour moi un acte d’engagement et de transmission.