Cap-Haïtien : le début tant attendu de la construction d’un centre de gestion des déchets
La construction d’un centre de traitement des déchets longtemps delayed, destiné à desservir le nord d’Haïti, doit enfin commencer en juin, selon les responsables du projet. Ce progrès marque une étape cruciale dans la lutte contre les nombreux défis liés à l’assainissement dans la région de Cap-Haïtien et ses environs.
La société ProPublic Sam, chargée du projet d’un montant de 34,8 millions de dollars financé par la Banque Interaméricaine de Développement (BID), a indiqué que la préparation du site est déjà en cours à Limonade. Ce nouveau centre de gestion des déchets doit couvrir les besoins de Cap-Haïtien, Limonade et Quartier-Morin pour les vingt-cinq prochaines années.
Selon Lacour, la phase de construction devrait durer entre six et neuf mois, ce qui situerait la fin du chantier vers mars 2027. L’annonce intervient après plusieurs mois de retards, qui ont suscité la frustration des habitants et des responsables locaux, notamment alors que la situation des déchets dans la ville s’est détériorée.
Pendant cette période, des manifestants de Cap-Haïtien sont descendus dans la rue pour exiger la réparation des routes, la restauration des canaux d’irrigation et pour un nettoyage plus efficace des rues. Ces protestations ont eu lieu du 27 au 30 avril.
Un premier centre pilote de gestion des déchets a été inauguré en mars 2025, mais il est saturé depuis plus de deux semaines. Lorsqu’il pleut, la boue rend le terrain si glissant que les camions poubelles ne peuvent plus y accéder, explique la maire de Cap-Haïtien, Angie Bell.
Une saturation et des difficultés accrues pour le système de gestion des déchets
L’échéance critique de saturation du centre pilote, conjuguée à la difficulté d’accès, survient alors que les autorités lancent l’initiative « Konbit Ayiti Zewo Dechè » — un mouvement national pour le nettoyage des espaces publics.
Le 25 avril, de nombreux habitants se sont mobilisés pour nettoyer des zones fortement polluées le long du littoral atlantique, en particulier dans la zone de Litoral. Les excavateurs ont transféré les déchets dans des camions qui ont ensuite été déchargés dans le centre pilote, mais avec sa capacité déjà dépassée, les responsables n’ont d’autre choix que de décharger une partie des déchets à proximité.
« Nous n’avons pas le choix », confie Angie Bell, soulignant que la ville cherche désespérément d’autres sites temporaires de décharges à Cap-Haïtien. La question demeure de savoir si la campagne de nettoyage pourra perdurer efficacement sans un système de gestion des déchets opérationnel.
Le retard accumulé dans la réalisation du centre de traitement, qui n’a débuté qu’en décembre 2023 et dont la construction complète n’a toujours pas commencé, est en grande partie dû à des obstacles administratifs liés aux financements internationaux, ainsi qu’aux changements successifs de gouvernements, explique Lacour.
« Oui, cela a pris beaucoup de temps », admet-il. « Je m’efforce de fournir quelque chose à la population. Si quelqu’un d’autre peut faire mieux, qu’il le fasse. Moi, je ne pourrai le faire que lorsque je serai prêt. »
Une photographie montre Lacour lors de l’inauguration du centre de gestion et de valorisation des déchets à Limonade, en février 2025, illustrant les efforts en cours malgré les obstacles.
Un projet qui se déroule dans un contexte de défis infrastructurels plus larges
Ce projet s’inscrit dans une démarche plus globale d’assainissement, notamment avec l’initiative nationale « Konbit Ayiti Zewo Dechè ». Cependant, sans un système de gestion des déchets efficace, les efforts de nettoyage restent fragiles.
Actuellement, la ville dispose d’environ 15 poubelles publiques, contre une estimation de 40 nécessaires, ce qui entraîne une accumulation régulière de déchets dans les quartiers. Ces dépôts sauvages alimentent les inondations, les risques pour la santé publique et la pollution de l’environnement. La récente saison pluvieuse a aggravé la situation, en dispersant les déchets dans les rues et les cours d’eau.
Le 1er mai, pour éviter les inondations, des travaux ont été réalisés pour creuser un canal d’irrigation dans Vertières, un quartier en périphérie du centre-ville. Mais le Délégué au maire, Patrick Almonor, explique que ces mesures restent vaines sans un programme de dragage à grande échelle, nécessitant un investissement d’environ un milliard de gourdes (soit près de 8 000 dollars).
« Le dragage est crucial car la mer est plus haute que le niveau du sol ici », précise-t-il lors d’une conférence de presse le 30 avril. « Sans dragage, l’eau ne pourra pas s’écouler normalement, et tout cela sera vain », ajoute-t-il.
Une solution à long terme encore à plusieurs mois
Cap-Haïtien, qui s’étend sur environ 53,5 kilomètres carrés et compte environ 700 000 habitants, voit ses infrastructures peiner à suivre la croissance démographique. La pression sur des systèmes d’assainissement déjà limités ne cesse d’augmenter.
L’achèvement du nouveau centre de traitement permettra d’accroître sensiblement la capacité de la région à gérer ses déchets, avec la possibilité prochaine de proposer des services de collecte à domicile moyennant une redevance. Toutefois, pour l’heure, le personnel municipal indique que la ville doit continuer à recourir à des mesures temporaires en attendant le début des travaux.
La maire Bell insiste sur le fait que la solution à long terme réside dans la relocalisation. « Nous devons aider les autres communes à se développer pour qu’elles puissent accueillir davantage de population », explique-t-elle. « Si nous ne cherchons pas à désengorger la ville, à encourager les gens à s’installer ailleurs, nous risquons d’arriver à un point de non-retour. »
Tant qu’un site d’enfouissement permanent ne sera pas construit, la masse de déchets à Cap-Haïtien continuera de s’accumuler, révélant l’écart considérable entre les efforts de gestion à court terme et les investissements durables indispensables à la résolution de la crise sanitaire en Haïti.