Le Conseil Électoral Provisoire présente un nouveau budget pour les élections haïtiennes
Le Conseil Électoral Provisoire (CEP) a récemment annoncé qu’il a soumis un nouveau budget révisé destiné à financer l’organisation des prochaines élections en Haïti. Cette démarche intervient après une vive polémique alimentée par le Premier Ministre Alix Didier Fils-Aimé ainsi que par plusieurs formations politiques signataires du Pacte National, concernant le montant initialement proposé de 250 millions de dollars pour financer ces opérations électorales.
Une réaction officielle face aux critiques
Selon le calendrier, le CEP a répondu aux critiques le 28 avril dernier en ajustant ses propositions budgétaires, suite à la déclaration du Premier Ministre qui qualifiait initialement la somme de 250 millions de dollars de « absurde et inacceptahle ». Le chef du gouvernement a explicitement indiqué qu’il ne serait pas en mesure d’approuver un tel montant pour organiser des élections dans une population estimée à 12 millions d’habitants.
Une nouvelle estimation, mais les détails restent confidentiels
Le Conseil Electoral Provisoire explique que ce nouveau budget — dont le montant exact n’a pas été divulgué — est le fruit de consultations menées par une commission composée d’officiels du CEP, mais également de représentants de l’Office Intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH), du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) et du Bureau des Nations Unies pour les Services d’Appui aux Projets (UNOPS).
Par ailleurs, des médias locaux rapportent que, selon ces révisions, le budget aurait été réduit à 190 millions de dollars. Ce ajustement vise à faire coïncider plus étroitement les financements disponibles avec la réalité mouvante du processus électoral en Haïti.
Une polémique sur le coût des élections
Les opposants à cette estimation jugent le montant proposé excessif. Ils rappellent que le coût des élections de 2016 s’élevait à 50 millions de dollars, et jugent irréaliste de prévoir une dépense quatre fois plus importante après une décennie sans scrutin. Le CEP maintient pour sa part que ces comparaisons sont trompeuses.
Il affirme que les élections de 2016 étaient partielles, réalisées en grande partie grâce à l’infrastructure existante et avec le soutien de la Mission de Stabilisation des Nations Unies en Haïti (MINUSTAH). Le Conseil souligne également que les coûts ont augmenté depuis, en raison de l’inflation, des enjeux logistiques et des nécessités liées à la sécurité.
Les défis techniques et sécuritaires au cœur du processus
Selon un communiqué du CEP, ce nouveau budget reflète une série d’options techniques et opérationnelles envisagées pour la tenue du scrutin dans un contexte marqué par l’insécurité et les difficultés de déplacement à travers le pays. Malgré ces obstacles, le Conseil électoral réaffirme son engagement à mener un processus inclusif, impartial, indépendant et transparent.
Une étape importante dans le processus électoral
Ce changement fait suite à la soumission, le 24 avril, d’un projet de décret électoral révisé à l’attention de l’exécutif. Ce projet de décret s’aligne avec les dispositions du Pacte National pour la Stabilité et l’Organisation des Élections, et prévoit des amendements à un texte initialement prévu pour décembre 2025.
Le Pacte National, signé par plus de cent formations politiques, reconnaît le Premier Ministre comme le seul chef de l’exécutif, et soutient la présidence intérimaire actuelle. Les articles 12 à 14 donnent au CEP la possibilité de superviser le processus d’amendement constitutionnel via un référendum, à la demande des partis politiques.
Ce projet de réforme de la Constitution de 1987 avait été abandonné fin 2025 par le Conseil de Transition Présidentielle (CPT), à la suite de la dissolution du Comité Directeur pour la Conférence Nationale et le Référendum Constitutionnel. Cette décision avait été critiquée pour son illégalité, son absence de légitimité, l’utilisation abusive de fonds publics, ainsi que pour ne pas avoir traité les priorités urgentes telles que la sécurité, l’aide humanitaire, la santé ou encore la tenue des élections.
Le calendrier électoral en attente
Le Conseil électoral annonce qu’il travaille actuellement à la révision du calendrier électoral, dans le but de le publier prochainement afin de redémarrer le processus électoral suspendu. Après avoir enregistré 282 partis politiques – dont tous ont été approuvés pour la participation — le CEP avait initialement prévu de lancer la collecte des candidatures et l’inscription des électeurs dès avril.
Les responsables ont souligné leur priorité : faire en sorte que le décret électoral soit cohérent avec le Pacte National. Néanmoins, cette révision a suscité de vives critiques de la part des partis politiques, qui considèrent qu’une telle démarche n’intervient que cinq mois avant le premier tour des élections prévu pour le 30 août 2026.
Les défis et les délais à respecter
Les formations politiques insistent, depuis le 20 avril, sur la nécessité urgente d’un dialogue entre tous les acteurs impliqués — signataires du Pacte, autorités en place et le Conseil électoral — afin de respecter les délais fixés pour 2026. Leur message commun souligne : « Il est impératif, de manière consensuelle, d’envisager des mesures administratives correctives pour revitaliser le processus électoral ».
Les autorités haïtiennes n’ont pas encore commenté officiellement cette révision du budget. La population attend désormais la publication du nouveau calendrier électoral pour pouvoir envisager la suite des opérations, en vue d’élire ses dirigeants lors d’un scrutin libre, équitable et transparent.
Les principaux obstacles : la sécurité
Alors que la crise sécuritaire demeure le défi majeur, la situation dans la capitale comme dans plusieurs régions du pays est alarmante. Plus de 90 % du territoire, notamment dans la Grande Région Métropolitaine, sont contrôlés par des gangs armés. Dans l’Artibonite, une zone à fort poids démographique, plusieurs communes sont sous le contrôle de groupes armés qui prennent en otage la stabilité de la région.
« Les élections sont un enjeu essentiel, mais on ne peut rien faire dans un pays où l’insécurité règne en maître. Le gouvernement doit agir pour garantir la sécurité si l’on souhaite que des leaders soient élus enfin », témoigne Nicolas Volcy, étudiant en sociologie.
Il ajoute : « La priorité absolue aujourd’hui doit être la sécurité, suivie des élections. Tout retard dans leur organisation doit être fermement condamné et dénoncé, car la population n’attend plus. »