Conflit autour de la concession du port d’Haïti : une fracture politique en s’aggravant

7 août 2025

Conflit autour de la concession du port d’Haïti : une fracture politique en s’aggravant

Le président du conseil provisoire d’Haïti dénoncé des pressions sur un employé de communication

Le mercredi, le chef du conseil présidentiel de transition en Haïti a affirmé qu’un de ses collaborateurs chargé de la communication avait été menacé et contraint à publier un communiqué de presse concernant un contrat majeur impliquant le plus grand port du pays, ainsi que deux figures éminentes de l’élite haïtienne. Cette révélation intervient dans un contexte de tensions accrues au sein même du conseil et de relations particulièrement tendues entre le gouvernement haïtien et le secteur privé du pays, alors qu’un homme d’affaires influent s’apprête à prendre la présidence du conseil jeudi.

Une publication non autorisée et des pressions internes

Fritz Alphonse Jean, qui occupe actuellement la tête du conseil, a publié une déclaration dans laquelle il précise que le communiqué du 4 août a été diffusé sans son aval et contre son avis. Il a également indiqué avoir été mis au courant de pressions exercées par certains membres du conseil, dont l’objectif était de destituer un autre responsable de la communication, qui aurait refusé d’émettre la note sans obtenir l’autorisation de la part du président.

Par ailleurs, Jean a souligné qu’un juge serait sollicité pour déterminer si la concession de 27 ans à Caribbean Port Services doit être acceptée plutôt que la durée initiale de neuf ans prévue. Il a insisté sur le fait que, sans cette évaluation judiciaire, la suspicion de corruption pourrait sérieusement entacher la crédibilité du conseil.

Exigences de transparence et de clarification

Fritz Alphonse Jean a également demandé au Premier ministre, Alix Didier Fils-Aimé, de fournir au conseil les explications sollicitées auparavant concernant la concession du Port international de Port-au-Prince, situé dans une zone contrôlée depuis longtemps par des gangs puissants. La controverse concerne un communiqué de presse qui condamne la réunion du conseil avec Philippe Coles, président de Caribbean Port Services, ainsi qu’avec Édouard Baussan, un homme d’affaires fortuné ayant des liens étroits avec la classe politique haïtienne la plus influente.

Cette déclaration assure que les discussions, qualifiées de « fructueuses » et menées « en toute transparence », ont permis de considérer que « toutes les précisions nécessaires ont été apportées » et que le contrat entre le gouvernement et la société est conforme à la légalité.

Caribbean Port Services : un acteur clé de la logistique portuaire

Caribbean Port Services est une société privée spécialisée dans la logistique maritime, qui exploite le port international en partenariat avec l’Autorité portuaire d’Haïti. Selon ses informations, elle est responsable d’environ 80 % du volume de conteneurs de marchandises transitant par le port.

Une sortie du président du conseil lors d’une rotation officielle

Ce jeudi, Fritz Alphonse Jean cédera sa place à la présidence du conseil dans le cadre d’un système de rotation. Lors d’un entretien récent avec l’Associated Press, il a indiqué qu’à partir du 7 août, la direction du pays serait assumée par les deux branches exécutives du secteur privé haïtien.

Le secteur privé considéré comme un moteur de changement

Bocchit Edmond, ancien ambassadeur en poste aux États-Unis, considère la prise de pouvoir par un homme d’affaires au sein du conseil comme une opportunité pour le secteur privé d’affirmer son rôle dans la reconstruction du pays. Toutefois, il a exprimé ses critiques à l’égard de la déclaration de Jean, mercredi dernier.

Il a notamment déclaré : « Je suis opposé aux attaques publiques contre le secteur privé. Ce n’est pas une bonne chose pour le pays, ni pour sa stabilité politique. »

Les membres du secteur privé accusés d’être complices du chaos

Fritz Alphonse Jean n’a pas hésité à affirmer que certains acteurs du secteur privé « ont été des opérateurs actifs dans le chaos dans lequel Haïti est actuellement plongée ». En effet, une partie de l’élite haitienne et certains politiciens influents ont longtemps été soupçonnés de financer et d’armer des gangs, des accusations relayées par le Rapport des Nations Unies sur la situation sécuritaire du pays.

Actuellement, ces gangs contrôlent près de 90 % de la capitale Port-au-Prince, tout en poursuivant leurs attaques pour étendre leur emprise et dominer davantage de territoires. Ces violences alimentent une crise grave qui fragilise tout l’État haïtien.

Contexte international et tentatives de manipulation

À quelques jours seulement de cette déclaration, des responsables américains ont annoncé qu’ils étaient conscients de « tentatives de corruption rapportées » visant à déstabiliser Haïti. Lors d’un entretien avec l’AP, Fritz Alphonse Jean a qualifié ces menaces de « tentatives désespérées et insignifiantes visant à attirer la sympathie des parlementaires américains et de l’administration américaine. »

Une instance futuriste pour la transition du pouvoir

Ce conseil a été instauré suite à la démission de l’ex-premier ministre Ariel Henry, après une série d’attaques menée par des gangs contre des infrastructures vitales du gouvernement dans l’année écoulée. La mission principale de cette instance est de garantir la tenue d’élections au plus tard en février 2026, dans un contexte de crise politique et sécuritaire sévère.

Naïla Saint-Fleur

Naïla Saint-Fleur

Je suis Naïla Saint-Fleur, journaliste pour Kapzy News et passionnée par les récits qui révèlent la complexité d’Haïti et de la Caraïbe. À travers mes articles, je cherche à donner du sens à l’actualité et à faire entendre les voix de celles et ceux qui construisent le pays au quotidien. L’écriture est pour moi un acte d’engagement et de transmission.