Une mobilisation intense pour le maintien du Statut de Protection Temporaire (TPS) pour Haïti
Des responsables politiques haïtiens, des défenseurs de l’immigration et des organisations communautaires à travers les États-Unis se mobilisent en urgence pour faire pression sur l’administration Trump afin de prolonger le Statut de Protection Temporaire (TPS) pour Haïti. La date d’expiration de cette qualification juridique, qui permet à des centaines de milliers d’Haïtiens de vivre et de travailler légalement aux États-Unis, approche à grands pas après dix années d’existence.
De réunions à haut niveau au Congrès, en passant par des déclarations de coalitions, des campagnes de sensibilisation par courrier et une implication communautaire soutenue, les membres de la communauté haïtienne, leurs alliés, et les partisans du programme ne ménageant pas leurs efforts pour faire rebondir la cause face à la menace imminente de suppression du TPS à partir du 3 février.
« Mettre fin au TPS dans ces conditions est une véritable attaque délibérée », déclare Farah Larrieux, présidente de l’Association des Résidents et Commerçants Haïtiens de Miramar, qui bénéficie elle-même du TPS et réside en Floride.
« Les titulaires haïtiens du TPS sont des travailleurs essentiels, des propriétaires d’entreprises et des parents d’enfants nés aux États-Unis, qui ont respecté la législation », souligne-t-elle.
Le TPS est une désignation officielle en matière d’immigration fédérale qui permet à des ressortissants de pays confrontés à une guerre, des catastrophes naturelles ou d’autres situations exceptionnelles de vivre et de travailler légalement aux États-Unis pour une période limitée. Après le séisme dévastateur de 2010, Haïti a obtenu ce statut. Depuis, il a été renouvelé à plusieurs reprises. Cependant, en novembre dernier, l’administration Trump a annoncé son intention de laisser expirer la dernière prolongation du TPS pour Haïti, prévue pour février.
Avec l’approche de la date limite, la communauté haïtienne, ses soutiens, et des responsables politiques multiplient les actions pour demander une prolongation. Des rassemblements, campagnes de communication et appeals directs à l’attention du Congrès et de la Maison-Blanche ont été organisés ces derniers jours.
La députée Sheila Cherfilus-McCormick, représentant de Floride, a indiqué qu’un effort parallèle était déployé pour repousser la fin du TPS par différentes voies, notamment via des actions judiciaires, des propositions de loi et une mobilisation publique. Lors d’un appel du Caucus de la gauche noire au Congrès consacré à Haïti et au TPS, elle a expliqué que plusieurs recours légaux sont en cours pour contrecarrer cette décision.
« Notre objectif à présent est de retarder autant que faire se peut », a déclaré l’élue, dénonçant que la suppression du TPS représenterait une « sabotée économique ». Elle a souligné l’importance des contributions des titulaires haïtiens du TPS dans les secteurs de la santé, du bâtiment, et de l’hôtellerie.
La députée Ayanna Pressley, de Massachusetts, relie la lutte pour le maintien du TPS à des enjeux plus globaux liés à l’immigration et à la justice raciale. Elle affirme que les contrôles d’immigration touchent de manière disproportionnée les immigrants noirs.
« Ces pratiques sont enracinées dans le racisme anti-noir et la xénophobie », a-t-elle dénoncé, en liant la décision concernant le TPS à une politique d’immigration qui favorise l’oppression et la discrimination.
Elle a également annoncé avoir présenté une pétition pour forcer un vote à la Chambre sur la prolongation du TPS, invitant les parlementaires des deux partis à soutenir cette initiative.
« Nous ferons tout notre possible comme si vous étiez de la famille, parce que vous l’êtes », a-t-elle lancé, en évoquant les communautés haïtiennes présentes dans plusieurs États américains comme la Floride, New York, l’Ohio ou encore le Massachusetts.
Au niveau local, des efforts pour sensibiliser le public se multiplient. À South Florida, une région où vivent des centaines de milliers d’Haïtiens, la station de radio publique WLRN a organisé une émission en direct depuis le Little Haiti Cultural Complex, axée sur le débat entourant la décision de supprimer le TPS.
Les organisations communautaires ont également vivement condamné cette décision envisagée. Un collectif d’associations haïtiennes et de leurs alliés a qualifié cette suppression de « cavalière et discriminatoire », affirmant que la situation en Haïti — notamment le chaos politique, le contrôle des quartiers par des gangs et l’insécurité généralisée — justifie pleinement l’octroi du TPS.
Tessa Petit, directrice de la Coalition des Immigrants en Floride (FLIC), insiste sur le fait que les migrants haïtiens ne représentent pas une menace pour les États-Unis, mais apportent en réalité un avantage économique au pays.
« Ces arguments ne tiennent pas face à l’intérêt national », affirme-t-elle. « L’intérêt national, c’est que un groupe de personnes ne constitue pas une menace économique ou de violence pour les États-Unis. Les Haïtiens bénéficiant du TPS ne posent pas de tels risques. Toute la logique de ces arguments est fausse et injustifiée. »
Enjeux juridiques et économiques
Près de 500 000 Haïtiens détiennent actuellement le TPS, dont beaucoup vivent aux États-Unis depuis plus de dix ans. La fin du statut entraînerait la perte de leur autorisation de travailler et impliquerait leur expulsion, ce qui, selon les défenseurs, fragiliserait des familles entières et risquerait de déséquilibrer plusieurs secteurs vitaux de l’économie américaine, comme la santé, les services à domicile, l’hôtellerie et le bâtiment.
Au début de la semaine, la procureure générale de New York, Letitia James, a annoncé que son bureau s’était joint à une coalition d’États engagés dans une action en justice contre la suppression du TPS, invoquant des risques tant humanitaires qu’économiques. Selon elle, les immigrants haïtiens sont profondément intégrés dans les forces de travail localisées et contribuent pour plusieurs milliards de dollars chaque année.
Au-delà des impacts internes, les défenseurs mettent en garde contre le retour massif en Haïti. Ils soulignent que cela pourrait accroître la instabilité du pays, en exposant les expulsés à la violence, au kidnapping, à l’extorsion, tout en renforçant l’emprise des groupes armés dans une période de vide politique.
L’Institute for Democracy and Justice in Haiti (IJDH) a lancé un appel d’urgence pour mobiliser le public. Il invite tous ceux qui le peuvent à intervenir en contactant la Maison-Blanche au (202) 224-3121 et à demander à leur représentant de co-parrainer la Résolution de la Chambre 965, visant à prolonger le TPS pour Haïti, en attendant les résultats d’un recours judiciaire encore actif, visant à obtenir une injonction afin d’empêcher la fin du programme.
Alors que la mobilisation s’intensifie tout au long du week-end, les organisateurs appellent la population à participer aux événements publics, à relayer l’actualité dans les médias, à contacter leurs élus et à faire entendre la voix de la communauté haïtienne réclamant une extension immédiate et une protection à long terme.
« Ce moment dépasse la simple politique d’immigration », confie un coordinateur. « Il s’agit de savoir si les États-Unis reconnaissent la réalité et la dignité de la communauté haïtienne. »