Une nuit de violence meurtrière dans le sud-est d’Haïti : au moins sept morts et un commissariat incendié
Le 13 avril au soir, une vague de violence a secoué la région du sud-est d’Haïti, où des hommes armés ont perpetré une attaque qui a coûté la vie à au moins sept personnes. Lors de cet assaut, ils ont également incendié un poste de police dans la localité de Seguin, située dans la commune de Marigot. Cette agression s’inscrit dans un contexte de montée de la violence des gangs, qui s’étend désormais au-delà de la capitale pour toucher des zones généralement perçues comme plus calmes.
Selon Lionel Lazarre, ancien porte-parole de la Police Nationale d’Haïti, ces événements ont eu lieu dans la localité de Seguin, où les assaillants ont également mis le feu à plusieurs véhicules de police. Sur son compte X (ex-Twitter), Lazarre a alerté sur l’urgence de la situation, insistant sur le fait que la crise demeure critique et que la population continue de lancer des appels à l’aide face à cette invasion de gangs.
« Nous lançons un appel urgent aux autorités, en particulier à la Police Nationale, afin qu’elles agissent rapidement pour reprendre le contrôle de la zone, assurer la sécurité des habitants, et éviter de nouvelles victimes », a-t-il déclaré. Il a ajouté que « Seguin ne doit pas devenir un territoire perdu ».
Pour l’heure, les motifs exacts de cette attaque restent flous, tout comme l’identité précise du groupe armé responsable. Cependant, cet acte de violence a plongé la commune de Marigot dans la douleur et le deuil, alors que ses habitants pleurent leurs victimes.
L’identité des assaillants n’a pas encore été révélée, et aucune déclaration officielle ne précise ce qui aurait déclenché cette attaque nocturne. Les témoins locaux décrivent néanmoins une scène emplie de peur et de destruction. Des vidéos circulant sur les réseaux sociaux montrent plusieurs victimes brûlées, gisants côte à côte. Parmi elles, trois personnes ont été identifiées par des résidents : Sonet Andresen, Joel et Jeff.
Une voix dans une vidéo témoigne : « Regardez l’état de mon peuple à terre, mon Dieu. Jeff est mort sur le sol. » Une autre réplique : « Tous les hommes sont morts. »
Ce raid nocturne a laissé la communauté de Marigot en deuil et a mis en évidence l’expansion inquiétante de la présence des groupes armés dans des zones qui étaient autrefois considérées comme relativement stables. La violence ne se limite pas à cette région du Sud-Est. Dans la région de l’Artibonite, le gang Savien a également frappé le même jour, en attaquant les localités de Kapenyen et Esther. Selon des médias locaux, plusieurs habitations ont été incendiées, mais aucune victime officielle n’a encore été dénombrée.
Des vidéos montrant des hommes lourdement armés circulent sur les réseaux sociaux, où ils apparaissent en train de célébrer leurs actions contre les villages ciblés. Ces images donnent une idée de l’objectif de ces attaques, témoignant de la montée en puissance de ces groupes délinquants dans des régions autrefois considérées comme plus sûres.
Cette dernière attaque dans l’Artibonite intervient plus de deux semaines après l’assaut de fin mars, perpétré par le gang Gran Grif dans la localité de Jean-Denis. Cette opération avait causé la mort de plus de 70 personnes, fait des dizaines de blessés, et brûlé plus de 50 maisons, laissant derrière elle un sillage de destruction.
Ces massacres illustrent la rapide extension de la violence des gangs au-delà de Port-au-Prince, atteignant des départements comme l’Artibonite et le Centre, zones autrefois perçues comme relativement stables, mais aujourd’hui constamment menacées.
Partout dans le pays, ces groupes armés ont renforcé leur contrôle sur les routes et les zones agricoles clés, perturbant les circuits de distribution alimentaire et provoquant le déplacement de nombreux habitants. La présence de l’État reste faible, voire inexistante, dans plusieurs régions touchées par ces violences.
Malgré les opérations continues de la Police Nationale contre ces groupes criminels et le déploiement progressif d’une force de sécurité internationale, les attaques contre les civils persistent, dans un contexte d’insuffisance de la présence étatique visible dans beaucoup de zones affectées.
Les Nations Unies estiment que plus de 1,5 million de personnes ont été déplacées à cause de cette insécurité, et que des milliers ont perdu la vie depuis le début de la crise, en 2022. Cette violence endémique continue de déchirer le pays, laissant une population en détresse, sans perspective immédiate d’amélioration.