Les avocats spécialisés en immigration mettent en garde les Haïtiens de voyager en avion en raison de l’arrivée accrue de agents ICE dans les aéroports durant la paralysie partielle du gouvernement américain
Les avocats en droit de l’immigration tirent la sonnette d’alarme pour les familles haïtiennes, leur recommandant d’éviter tout déplacement aérien alors que les agents de l’Immigration and Customs Enforcement (ICE) arrivent dans les aéroports pour suppléer les agents de la Transportation Security Administration (TSA) durant la suspension partielle des activités gouvernementales américaines.
Ce changement de rôle, en partie dû à l’absence de rémunération des agents TSA en pleine paralysie budgétaire, suscite de vives inquiétudes parmi les familles, les défenseurs et les juristes. La présence accrue des agents ICE, dont la mission principale ces derniers temps consiste à procéder à des détentions et à des expulsions, peut entraîner des confrontations directes avec des voyageurs dont le statut d’immigration est fragile ou imprécis.
Selon de nombreux experts en droit, cette nouvelle dynamique modifie radicalement le niveau de risque de détention, car les résultats peuvent varier de manière imprévisible et parfois dangereuse, selon la discrétion d’un agent. Pour les personnes disposant d’un statut d’immigration temporaire ou non réglé, comme le Statut de Protection Temporaire (TPS), cette incertitude amplifie la crainte liée à des déplacements jugés banals.
Un contexte de renforcement et de modification des pratiques d’application de la loi
Me Wide Thomas, avocate spécialisée en immigration basée à Atlanta (Géorgie), souligne que « tout cela est très subjectif ». Elle recommande vivement aux individus de limiter leurs déplacements en avion, notamment si ils ne possèdent pas une pièce d’identité valable ou s’ils risquent d’être expulsés. Elle explique : « Tout peut survenir à tout moment, et je prévois une augmentation des arrestations par ICE. »
Elle précise que cette incertitude pourrait faire partie d’une stratégie plus large visant à renforcer le contrôle, en plaçant des agents ICE en première ligne dans des espaces publics visibles tels que les aéroports, dans le but de montrer la « mainmise » de l’administration et d’instiller une crainte chez les communautés immigrées.
Le déploiement des agents ICE dans ces lieux publics est une conséquence de la controverse sur la gestion des fonds par le Département de la Sécurité intérieure (DHS), qui supervise à la fois la TSA et ICE. La crise budgétaire a provoqué une paralysie partielle du gouvernement américain, la TSA n’étant pas rémunérée durant cette période. D’après un rapport de l’Associated Press citant le DHS, près de 11 % des personnels de la TSA — soit plus de 3 200 personnes — ont manqué leur service, et au moins 458 ont quitté définitivement leur emploi depuis le début de la suspension.
Pour faire face à ces perturbations, le DHS a ordonné aux agents ICE, bénéficiant d’un budget de 75 milliards de dollars alloué l’année précédente, de prendre leur place afin d’assurer la sécurité et la gestion des flux dans les aéroports.
Ce mercredi, le Congrès poursuivait encore ses négociations sur une proposition de financement pour la majorité du DHS, à l’exception d’une de ses composantes principales : la branche chargée de l’application de la loi et des expulsions, qui constitue un élément central de l’axe migratoire de l’administration Trump, selon l’AP. L’objectif, selon certains sénateurs, serait de limiter l’action de ICE. Donald Trump a déjà déclaré qu’il n’accepterait aucun accord qui ne serait pas à sa convenance.
Une évolution dans l’application de la force policière
Les avocats soulignent que cette présence massive de ICE aux aéroports oblige chaque personne à évaluer avec prudence le risque qu’elle encourt avant de voyager. La politique migratoire de l’administration Trump, déjà complexe, a généré un climat d’incertitude quant à la façon dont sont appliquées concrètement ces règles, souvent sans cohérence, ce qui peut faire beaucoup de mal aux familles concernées.
Particulièrement pour les détenteurs de TPS, cette situation est encore plus ambiguë, car une succession d’ordonnances judiciaires et de directives du DHS a créé une grande confusion dans les tribunaux d’immigration. Cela augmente l’anxiété pour les Haïtiens en attente de leurs dossiers, leurs permis de travail ou leurs protections humanitaires, qui sont souvent liés entre eux.
« L’administration a clairement montré son intention de procéder à des arrestations massives », affirme Crew.
Alors que cette nouvelle politique d’ICE se déploie, le message des juristes est sans appel : il faut éviter tout risque inutile. Si un déplacement aérien n’est pas indispensable, il est conseillé de le reporter jusqu’à ce que la situation se stabilise.
En attendant, Wide Thomas affirme que le système demeure trop imprévisible pour qu’on lui fasse confiance. « Tout peut arriver à tout moment », conclut-elle.