Réunion diplomatique : une nouvelle initiative pour renforcer la stabilité en Haïti
Lors d’une réunion récente, le représentant intérimaire des États-Unis à la Organisation des États américains (OEA), Lee Lipton, a évoqué une nouvelle proposition visant à soutenir la stabilisation d’Haïti. Parmi les mesures proposées, figure la création d’un bureau d’appui des Nations unies à Port-au-Prince, chargé de gérer la logistique, la surveillance par drones, l’approvisionnement en carburant et la distribution de rations alimentaires. Cette initiative s’inscrit dans une volonté collective de répondre aux défis persistants de la crise haïtienne.
Le déploiement de la Mission de soutien spécialisée (MSS) et ses limites
Depuis juin 2024, la Mission de soutien spécialisée (MSS) opère sur le terrain en Haïti, sous l’autorisation du Conseil de sécurité de l’ONU, qui l’a mandatée en octobre 2023 afin de renforcer la Police nationale d’Haïti (PNH). Cependant, cette mission doit faire face à de nombreuses difficultés : un sous-financement chronique, un manque de personnel conséquent et une critique grandissante de la part des Haïtiens eux-mêmes. Ces derniers dénoncent l’incapacité de la MSS à réduire la domination des gangs armés, malgré ses efforts déployés sur le terrain.
Selon le projet de résolution présenté par les États-Unis et le Panama le 28 août, un nouveau Force de soutien global (FSG) serait créée et administrée par un bureau d’appui des Nations unies afin d’éviter les mêmes écueils financiers rencontrés par la MSS. Toutefois, l’avenir de cette nouvelle force demeure incertain, en particulier en ce qui concerne la participation de pays tels que le Kenya et d’autres nations contribuant par des troupes, leur implication n’étant pas encore solidement assurée.
Appel à la solidarité internationale
L’ambassadrice adjointe des États-Unis auprès de l’ONU, Dorothy Shea, a lancé un appel à la solidarité des membres du Conseil de sécurité. Elle a souligné l’importance pour ces pays de s’engager dans cet effort collectif, déclarant : « Participer aux négociations et rejoindre les États-Unis, le Panama, et d’autres pays qui ont montré leur engagement pour la sécurité d’Haïti… constitue un partage significatif des responsabilités pour contribuer à la stabilité du pays. »
Une lutte renforcée contre la trafficking d’armes alors que la crise s’approfondit
Parallèlement à ses démarches en faveur de la création du GSF, Washington concentre aussi ses efforts sur la lutte contre le trafic d’armes alimentant la violence des gangs en Haïti. Le 4 septembre, le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, accompagné du ministre des Affaires étrangères mexicain, Juan Ramón de la Fuente, a annoncé la mise en place de mesures destinées à interrompre le flux d’armes vers Haïti, la Jamaïque, la Trinité-et-Tobago et d’autres États des Caraïbes. Ces mesures mobiliseront le Federal Bureau of Investigation (FBI) et le Bureau of Alcohol, Tobacco, Firearms and Explosives (ATF) pour démanteler les réseaux clandestins de trafiquants.
Ce renforcement de la lutte antitrafic fait suite à des rapports de l’ONU indiquant que les gangs haïtiens sont désormais équipés d’armes de gros calibre, de systèmes de snipers et de mitrailleuses, beaucoup étant clandestinement introduites depuis les États-Unis. William O’Neill, expert en droits de l’homme pour l’ONU, avait mis en garde en avril dernier : ces armes, capables de perforer des véhicules blindés, donnent aux gangs un avantage décisif face à la police haïtienne.
Plusieurs trafiquants ont récemment été condamnés par la justice américaine, notamment Jean Wiltene Eugene, qui expédiait des armes dissimulées dans des véhicules, et Michael Adrian Nieto, un ancien policier reconnu coupable d’avoir revendu des dizaines d’armes à des acheteurs haïtiens et dominicains. Parmi eux figure également Bazile Richardson, un Américain d’origine haïtienne résidant en Caroline du Nord, accusé d’avoir financé le gang de Jimmy “Barbecue” Chérizier.
Une violence qui fait des ravages
Les effets de cette violence sans précédent se font lourdement sentir. Entre janvier et juin 2025, plus de 3 100 personnes ont été tuées et 1,3 million d’Haïtiens ont été déplacés, selon le Bureau intégré des Nations unies en Haïti (BINUH). La majorité des quartiers de Port-au-Prince (environ 90 %) et au moins 28 autres municipalités à travers le pays sont désormais sous le contrôle des gangs, qui se livrent à des massacres, des violences sexuelles de masse et à une extorsion généralisée.
O’Neill a déclaré : « Les gangs n’utilisent pas seulement des armes pour affronter la police, mais aussi pour dominer des quartiers entiers et commettre des violations des droits humains. »
Une opération diplomatique sous tension
Alors que l’administration américaine s’efforce de recueillir un soutien international pour le GSF, aucune date précise n’a été fixée pour que le Conseil de sécurité de l’ONU se penche officiellement sur la résolution. Les efforts diplomatiques redoublent à l’approche de la séance de l’Assemblée générale des Nations unies, qui débute dans un contexte tendu. La question de savoir si la Chine et la Russie voteront en faveur du texte demeure incertaine. Par le passé, toutes les tentatives des États-Unis et de leurs alliés latino-américains pour transformer la MSS en une mission de l’ONU à part entière ont échoué, en raison de l’opposition de ces deux puissances cruciales au Conseil.
L’avenir de la présence de l’ONU, que ce soit sous la forme de la MSS ou d’une nouvelle force, reste en suspens, alors que la crise sécuritaire, humanitaire et politique en Haïti ne cesse de s’aggraver.
Une responsabilité partagée et une situation critique
Fritz Alphonse Jean, ancien président du Conseil présidentiel provisoire d’Haïti (CPT), a pointé du doigt la responsabilité du secteur privé dans la poursuite du cycle d’insécurité. Lors d’une interview le 5 août, il a dénoncé le rôle de certains acteurs privés dans le maintien de cette crise.
Il a notamment affirmé : « Ils ont utilisé de jeunes gens comme chair à canon pour protéger leurs intérêts. Ces jeunes sont devenus des gangs au service de leurs agendas personnels. »
Ainsi, la situation en Haïti demeure fragile et explosive, avec des enjeux politiques, sécuritaires et humanitaires qui semblent difficiles à résoudre dans l’immédiat, alors que le pays continue de sombrer dans la violence, la pauvreté et l’instabilité.