Appelez votre sénateur : mobilisation communautaire pour faire avancer la régularisation des Haitians en TPS

20 mai 2026

Appelez votre sénateur : mobilisation communautaire pour faire avancer la régularisation des Haitians en TPS

Les défenseurs des droits des immigrants font pression sur le Sénat pour accélérer le processus législatif en faveur du maintien du Statut de Protection Temporaire (TPS) pour Haïtiens jusqu’en 2027, malgré une opposition croissante de certains parlementaires qui qualifient cette démarche de “régularisation déguisée” et en attendant la décision de la Cour Suprême des États-Unis sur la validité du programme d’immigration.

Le rôle central du leader démocrate du Sénat

Au cœur de la démarche pour faire avancer le projet de loi H.R. 1689 dans la chambre haute du Congrès se trouve Chuck Schumer, leader du groupe démocrate au Sénat. Il envisage d’utiliser la règle 14, une procédure qui permet de faire passer une loi directement à l’ordre du jour du Sénat sans passer par la commission, afin de la soumettre à un vote potentiel lors de la prochaine séance. Par ailleurs, il exhorte les militants et les citoyens à contacter leurs représentants, quelle que soit leur affiliation politique.

Cependant, rien n’est assuré quant à la tenue d’un vote. La mise en séance du texte nécessite la coopération des leaders républicains, notamment du chef de la majorité, John Thune, qui doit donner son accord pour que le texte soit inscrit à l’ordre du jour. La majorité du camp républicain doit aussi soutenir activement cette initiative pour que le processus puisse aller de l’avant.

« Un vote nécessite l’aval du chef de la majorité républicaine, M. Thune », explique Schumer. « La réussite de cette législation dépend d’un large soutien bipartisan, et j’appelle la communauté haïtiano-américaine à faire tout son possible pour le créer. »

Ce projet de loi, qui a déjà été adopté à la Chambre des représentants le 15 avril avec un appui bipartisan, prévoit une prolongation de trois ans du statut TPS pour les Haïtiens résidant aux États-Unis. La durée proposée est presque le double de la période habituelle de renouvellement administratif de 18 mois.

Une extension vitale face à la crise en Haïti

Les défenseurs et certains parlementaires affirment que cette prolongation s’impose du fait de la crise toujours en cours en Haïti, offrant ainsi une stabilité accrue pour les familles tentant de naviguer dans un contexte migratoire déjà incertain.

« La situation en Haïti demeure fragile et instable », déclare-t-il. « Retourner dans un pays en danger n’a aucun sens, et cela irait à l’encontre à la fois de l’esprit du programme et des valeurs fondamentales américaines. »

Mobilisation pour convaincre le Sénat

En coulisses, des groupes de plaidoyer et des organisations religieuses intensifient leurs efforts auprès des sénateurs, multipliant rencontres en face à face et en petits groupes, afin de convaincre la majorité républicaine de soutenir le projet de loi.

Certains soutiennent que, compte tenu de la menace pour la sécurité et le logement des familles haïtiennes, il est crucial d’exercer une pression constante sur les élus pour qu’ils agissent rapidement. La période à venir sera probablement décisive et certains estiment qu’il ne faut pas relâcher les efforts.

Parmi ces acteurs, Faith in Action, qui a déposé un mémoire d’amicus curiae lors de l’audience à la Cour Suprême, joue un rôle de premier plan dans le dialogue avec les sénateurs. L’organisation se prépare à rencontrer mercredi des membres du personnel du Congrès pour leur présenter l’impact économique et social de la présence haïtienne bénéficiant du TPS, notamment en mettant en avant leur contribution estimée à hauteur de 5,9 milliards de dollars par an à l’économie américaine.

Faith in Action a également mis en place un outil permettant au grand public d’envoyer un message à leur sénateur en renseignant simplement leur nom et leur code postal, afin de renforcer la pression populaire.

  • Fact sheets developed by Faith in Action as part of the campaign to pass a bill that would allow Haitian TPS recipients to stay in the U.S. through 2027. Courtesy

Contre la désinformation et la relance du combat

Les militants travaillent également à contrecarrer la désinformation, notamment en dénonçant une campagne menée par certains élus qui qualifient ce projet de loi de « régularisation déguisée ». Les promoteurs du projet de loi, intitulé Loi pour la Protection Territoriale et la Souveraineté, souhaitent révoquer le TPS en considérant qu’il devait rester une mesure provisoire et que tout détenteur devrait, à terme, être susceptible d’être expulsé. Sur X (ex-Twitter), plusieurs comptes proches de la droite ont relayé de fausses informations, notamment en affirmant à tort que les transferts d’argent effectués par les Haïtiens vers leur pays d’origine représentent des fonds « détournés » de l’économie américaine.

Une mobilisation pluridimensionnelle pour faire avancer la loi

Ce mouvement législatif illustre une stratégie à plusieurs niveaux : recours juridique, pression parlementaire et mobilisation populaire. La Haitian Bridge Alliance, principale organisation de plaidoyer, est parmi les plus actives dans ce combat. Guerline Jozef, sa directrice exécutive, a rencontré des sénateurs sur le terrain quelques instants après l’audience à la Cour Suprême le 29 avril. Elle considère que le fait que la Cour permette aux recours juridiques liés au TPS d’être entendus sur le fond plutôt que par une procédure d’urgence témoigne d’un progrès.

« Nous ne savons jamais comment cela va se finir, mais nous gardons espoir », confie-t-elle.

Le programme TPS pour Haïti a été instauré pour la première fois sous la présidence d’Obama, après le séisme dévastateur de 2010. Depuis, il a été renouvelé et étendu pour permettre à près de 350 000 Haïtiens de vivre et de travailler légalement aux États-Unis, leur offrant ainsi des conditions de vie plus stables et la possibilité de se réinstaller dans plusieurs villes et régions du pays.

Cependant, ce dispositif ne procure pas de voie vers la résidence permanente, laissant ses bénéficiaires vulnérables face aux changements politiques et aux décisions judiciaires.

Guerline Jozef insiste sur l’aspect humain de ce combat.

« Ces chiffres ne sont rien sans les gens derrière, » affirme-t-elle. « Il s’agit de personnes qui ont une vie, des histoires, des familles. »

Naïla Saint-Fleur

Naïla Saint-Fleur

Je suis Naïla Saint-Fleur, journaliste pour Kapzy News et passionnée par les récits qui révèlent la complexité d’Haïti et de la Caraïbe. À travers mes articles, je cherche à donner du sens à l’actualité et à faire entendre les voix de celles et ceux qui construisent le pays au quotidien. L’écriture est pour moi un acte d’engagement et de transmission.