Souvenirs du 11 septembre 2001 : un regard sur l’impact vécu par la communauté haïtienne
NEW YORK — Tenter de recenser tous les changements que les attaques terroristes du 11 septembre 2001 ont apportés à notre monde est une tâche quasi impossible. Cependant, à l’occasion du 25e anniversaire de cette tragédie, il est permis d’avoir un aperçu plus précis de l’impact qu’a eu cette journée sur la communauté haïtienne-américaine, qu’elle concerne des personnes qui ont perdu un proche, survécu, ou simplement aidé dans l’urgence.
En ce moment où la communauté haïtienne aux États-Unis doit faire face à de nouveaux défis liés à leur sentiment d’appartenance et à leur intégration dans le tissu social américain, il est essentiel de se rappeler que, depuis toujours, les Haïtiens ou leurs proches ont fait partie de cette société. C’est une occasion de se souvenir, de pleurer, et de rendre hommage aux survivants, à leur entourage, et à leur ville.
Dans cet esprit, The Times revisite aujourd’hui les histoires des personnes qui nous sont les plus familières. Nous espérons que chacun qui souhaite garder une mémoire personnelle de cette date la partagera, afin que ces récits fassent partie du souvenir collectif pour les anniversaires à venir.
Parmi les victimes connues de cette tragédie figure une trentaine de citoyens originaires des Caraïbes, dont trois Haïtiens : Mark Y. Gilles, André Bonheur Jr. et François Jean-Pierre. Ils sont honorés parmi 110 personnes originaires des Caraïbes tuées lors de cette catastrophe.
François Jean-Pierre, né en Haïti, avait construit une vie discrète à Queens, où il travaillait comme agent d’entretien dans le restaurant « Windows on the World », situé au sommet de la tour Nord. À 81 ans, il était l’une des victimes les plus âgées, et appartenait à cette catégorie d’immigrants employés dans les cuisines — plongeurs, porteurs, serveurs — qui alimentent la ville par leur travail silencieux.

De nombreux autres membres de la communauté haïtienne sont portés disparus ou ont trouvé la mort ce jour-là, leurs liens avec cette communauté étant également étroits.
Parmi eux, Maxima Jean-Pierre, âgée de 40 ans. Elle était gestionnaire dans le secteur de la restauration, affectée au 105e étage de la tour Nord, selon un article du New York Times d’octobre 2001. Elle se distinguait par ses notes manuscrites attachées aux repas qu’elle livrait : « Merci de manger cela. Vous pourriez tomber malade. Quand je reviendrai, ce sera vidé. »
« Elle était toute petite, mais comme un ouragan, jusqu’à ce qu’il commence, » racontait son mari de l’époque, Michael Zinkofsky.
Le 11 septembre 2001 était censé être sa dernière journée de travail.
Une de ses filles, Anjunelly Jean-Pierre, confia en 2021 à un média qu’elle avait immigré de la République Dominicaine et que Maxima avait épousé un homme haïtien, Ajax Jean Pierre.
À ce jour, aucun corps n’a été retrouvé.
« Cela m’a toujours hantée. Je me suis demandé : “Et si on retrouvait quelque chose, alors que ferions-nous ?” Mais je dois accepter ce qu’il en est, » expliquait-elle il y a cinq ans.
Les conséquences du 11 septembre ont également laissé leur marque dans la vie d’un médecin haïtien. Le Dr Gérard Breton, expert en médecine légale, originaire de Port-au-Prince, a supervisé en 2006 l’autopsie du détective du NYPD, James Zadroga, établissant ainsi le lien médical entre la poussière provenant du site de Ground Zero et la mort de ce premier répondant.
Ses travaux ont conduit le Congrès américain à adopter la loi Zadroga, destinée à la santé et à l’indemnisation des victimes de cette tragédie. Dr Breton est décédé le 22 juin 2022, à l’âge de 89 ans.

Pour un regard plus personnel, la chef de projets spéciale, Macollvie J. Neel, rapporte comment le 11 septembre a façonné son identité de Haïtienne installée à New York. Elle se remémore ce matin d’attentat depuis son appartement à Flatbush, ainsi que sa décision de demander la citoyenneté américaine.
Le souvenir de cette journée reste profondément ancré dans la mémoire collective et individuelle, soulignant à quel point la tragédie de 2001 a touché la cœur de toute une communauté. La solidarité, la douleur mais aussi la résilience sont autant de sentiments qui se mêlent lorsqu’on évoque le vécu des Haïtiens dans ce contexte si douloureux.
Ce récit témoigne de l’impact durable que cette journée a laissé sur la vie personnelle de nombreux Haïtiens, renforçant l’importance de commémorer ce passé pour mieux avancer vers l’avenir.
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