Changement à la tête du Conseil Électoral Provisoire, sans renouvellement de l’institution
Port-au-Prince — Le Conseil Électoral Provisoire (CEP) haïtien a procédé à une réorganisation de son bureau exécutif composé de quatre membres, en remplaçant le journaliste Jacques Desrosiers par Peterson Pierre-Louis, qui occupait précédemment le poste de secrétaire général de l’institution. Ce changement intervient alors que le CEP se prépare à des élections longtemps reportées, prévues initialement pour décembre et février prochains.
Ce renouvellement, approuvé le mardi 8 septembre, n’affecte pas les neuf membres du conseil dans leur ensemble. Au contraire, la nouvelle organisation prévoit une nouvelle répartition des responsabilités au sein du bureau : Peterson Pierre-Louis en tant que président, Jaccéus Joseph comme vice-président, Nemrod Sanon demeurant secrétaire général, et Schnaïda Adély assumant la fonction de trésorière.
Ce remaniement ne suspend pas, en soi, le calendrier électoral ni ne modifie la composition de l’équipe en charge des décisions relatives aux élections. Néanmoins, le nouveau président et son nouveau bureau ont la responsabilité de maintenir la continuité dans les préparatifs tout en répondant aux critiques croissantes concernant le processus électoral, notamment sur la vérification des membres de parti, l’enregistrement des candidatures, la sécurité, ainsi que la faisabilité du premier tour prévu le 13 décembre.
Le calendrier publié par le CEP prévoit toujours la tenue du premier tour pour les scrutins présidentiel et législatif, ainsi qu’un référendum sur des amendements constitutionnels le 13 décembre, avec un second tour et des élections locales programmés pour le 21 février 2027. Cependant, le conseil rappelle que ces dates dépendent de la mise en place d’un environnement sécurisé et de financements suffisants.
Le CEP a déjà ajusté l’un des principaux jalons du processus électoral. À la demande des partis et groupes politiques, la période d’enregistrement des candidats a été prolongée du 2 au 14 octobre. La nouvelle procédure prévoit une ouverture en ligne de l’inscription jusqu’au 20 septembre, la liste définitive des candidats retenus étant désormais programmée pour le 14 octobre.
Un changement dans la gouvernance, mais pas dans la structure de l’élection
Peterson Pierre-Louis n’est pas un nouveau venu dans la hiérarchie du CEP. Nommé en septembre 2024 en tant que représentant des Eglises Réformées, il occupait déjà le poste de secrétaire général sous la présidence de Desrosiers.
Ce remaniement représente la seconde réorganisation du bureau exécutif du CEP en moins d’un an. Jacques Desrosiers avait été élu président en octobre 2025 après que le conseil ait voté pour une nouvelle équipe pour remplacer celle dirigée par Patrick Saint-Hilaire. À l’époque, le CEP expliquait que cette sélection s’était faite conformément à ses règlements généraux.
Les règlements et la pratique antérieure du CEP permettent à ses membres d’élire un nouveau bureau à leur convenance. La dernière fois, en octobre 2025, le conseil avait procédé à cette élection, désignant Desrosiers à la présidence et Pierre-Louis comme secrétaire général.
Aucune preuve publique récente ne motive cette nouvelle succession. Cependant, des rumeurs infondées ont circulé en ligne, évoquant une pression exercée sur Desrosiers par le gouvernement de transition dirigé par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé.
Ce dernier n’a pas encore publié de déclaration expliquant les circonstances de ce changement, ni répondu à nos demandes de commentaires à ce sujet.
Bien que cette rotation semble faire partie d’un mouvement institutionnel routinier conforme aux règlements généraux, le contexte et le timing soulèvent des interrogations. Les neuf membres du conseil restent en place, et ses décisions continuent d’être prises. Toutefois, cette nouvelle équipe pourrait contribuer à renforcer la crédibilité, la gestion et la faisabilité du processus électoral.
Même bureau, mêmes critiques
Une des principales sources de mécontentement concerne l’obligation faite aux partis politiques de présenter une liste comprenant 30 000 membres, afin de pouvoir présenter des candidats. Cette exigence n’était pas spécifiée dans le calendrier électoral initial et a suscité des protestations de la part de plusieurs groupes politiques, qui ont rencontré des difficultés lors de l’utilisation de la plateforme numérique du CEP pour soumettre leurs listes.
Plusieurs organisations ont signalé des cas où des numéros d’identification de membres apparaissaient sur plusieurs listes différentes, ce qui soulève des soupçons de fraude. D’autres se sont plaints du rejet par le CEP de numéros d’identification déjà validés par l’Office National d’Identification (ONI).
Ces problèmes ont provoqué des appels à des enquêtes approfondies afin d’établir la véracité de ces irregularités.
Le Syndicat National pour la Transparence et la Réconciliation (UNIR), l’un des groupes critiquant le processus, demande une investigation rigoureuse sur d’éventuelles fraudes, irrégularités et faiblesses dans le système d’enregistrement des partis politiques mis en place par le Conseil Électoral.
« Il est crucial de faire la lumière sur ces faits, d’identifier les faiblesses existantes, et de prendre les mesures correctives nécessaires pour garantir la fiabilité de tout le système », a déclaré Clarence Renois, coordinateur national de la structure, le 7 septembre dernier.