Les autorités américaines déportent 101 Haïtiens vers Cap-Haïtien, la troisième évacuation consécutive depuis la fin du TPS
PORT-AU-PRINCE — Les autorités américaines ont procédé jeudi à la déportation de 101 Haïtiens vers Cap-Haïtien lors d’un vol d’expulsion, marquant ainsi la troisième opération de ce type en quelques semaines, après la décision de l’administration Trump de mettre fin au statut de protection temporaire (TPS) pour les Haïtiens.
Ce dernier groupe porte à 319 le nombre total de Haïtiens expulsés depuis août, avec trois vols effectués depuis les États-Unis. Ces déportations interviennent alors que Haïti traverse une crise grave de sécurité et humanitaire, compliquant la prise en charge et la réintégration des rapatriés sur place.
Plus de 300 000 Haïtiens bénéficiant du TPS sont aujourd’hui confrontés à la menace d’expulsion, suite à une décision de la Cour suprême américaine rendue en juillet, qui a ouvert la voie à la fin de ce statut de protection.
Selon plusieurs sources, le vol d’expulsion effectué par ICE Air a quitté Miami en direction de l’aéroport international de Cap-Haïtien, dans la matinée de jeudi.
Vers 9h15, heure de l’Est, le secrétaire américain à la Sécurité intérieure, Markwayne Mullin, a publié sur X (ex-Twitter) une photo montrant des migrants haïtiens alignés pour embarquer, certains étant apparemment menottés aux jambes et maintenus par des ceintures de sécurité renforcées.
“Bonjour, Amérique. La destination de cet après-midi : HAÏTI,” a écrit Mullin dans son message annonçant le vol.
Quelques réactions se sont rapidement faites entendre concernant le contexte et l’image diffusée par le haut responsable américain en charge de la sécurité intérieure.
“Il sait très bien ce qu’il fait avec ces images. Un vrai déchet,” commentait un utilisateur sous le pseudo Chip Drink.
“Ce spectacle de personnes noires menottées, qui soulève la haine et ressemble à une persécution, est tout simplement honteux,” ajoutait un autre, Thcartwright.
Les autorités américaines avaient auparavant informé les responsables haïtiens qu’elles envisageaient d’organiser deux vols de déportation par semaine, pouvant transporter jusqu’à 250 migrants à chaque fois.
Le nombre de personnes expulsées lors du vol de jeudi a d’abord été estimé à 78 par l’Alliance Haïtienne de Pont, selon LSV Media Production. Toutefois, les chiffres ultérieurs indiquent que 101 expulsés ont finalement été amenés à Haïti.
Les autorités n’ont pas rendu publiques toutes les informations concernant le statut migratoire ou les circonstances personnelles de ceux qui ont été déportés à bord de ce vol.
Les journalistes interdits d’accès à la zone de débarquement
Les médias se sont vu interdire l’accès à la zone de débarquement des migrants à l’aéroport international de Cap-Haïtien, au moment de leur arrivée.
Une circulaire datée du 31 août et émise par l’Autorité Aéroportuaire Nationale (AAN) précise que cette restriction vise à préserver la vie privée et la dignité des rapatriés, tout en assurant le bon fonctionnement de l’aéroport. Elle interdit également la prise de photographies et de vidéos durant les opérations de débarquement et d’accueil.
“Cette mesure a pour but de garantir le respect de la vie privée et de la dignité des personnes rapatriées, tout en assurant la fluidité des activités de l’aéroport,” expliquait l’AAN dans son communiqué.
Les nouveaux rapatriés s’ajoutent au nombre croissant de Haïtiens déplacés retournés cette année par la voie de la déportation depuis les États-Unis.
“Face à cette situation, nous ne pouvons plus continuer à accueillir des personnes dans le pays.”
Stenley Orbruth Doriscar, responsable communication de GARR
Plus tôt cette semaine, un représentant du Groupe d’Appui aux Rapatriés et Réfugiés (GARR) déclarait que le nombre de Haïtiens expulsés par les États-Unis cette année s’élève déjà à au moins 1 187, selon ses estimations. La République dominicaine accuse, pour sa part, d’avoir renvoyé 194 465 Haïtiens sur la même période, selon GARR.
Les représentants de l’Organisation des Nations Unies ont également confirmé ces chiffres, indiquant qu’environ 200 000 personnes ont été expulsées vers Haïti depuis divers pays lors des huit premiers mois de 2026.
Les inquiétudes concernant la capacité d’accueil de Haïti
L’accélération des déportations américaines intervient alors que l’île fait face à une violence de gangs persistante, des déplacements de populations massifs et des services humanitaires sous forte pression.
Les organisations de défense des droits humains et de soutien aux migrants ont averti que rapatrier des Haïtiens dans leur pays dans ces conditions risquait d’aggraver leur situation, notamment pour ceux qui ne disposent pas d’un logement, d’un emploi ou d’un réseau familial solide.
GARR a critiqué la poursuite de ces déportations, arguant que Haïti n’a pas encore mis en place les conditions permettant d’accueillir les retours en toute sécurité et avec respect de la dignité humaine.
“Face à cette situation, nous ne pouvons plus continuer à recevoir des personnes dans le pays,” a déclaré Stenley Orbruth Doriscar, chargé de communication pour GARR.
Ces préoccupations risquent de s’intensifier si le gouvernement américain poursuit ses déportations plus massives ou plus fréquentes, alors que des milliers de Haïtiens perdent leur statut TPS.
La décision de la Cour suprême en juillet a permis à l’administration Trump de mettre fin à ce statut, exposant ainsi plus de 300 000 personnes à un risque d’expulsion. Le statut TPS protégeait jusqu’à présent certains Haïtiens en leur permettant de travailler légalement aux États-Unis et d’éviter la déportation.
Pour Haïti, la fin du TPS représente un nouveau défi pour un pays déjà pas à pas surchargé par la présence de populations déplacées par la violence et la crise économique. Le gouvernement et les agences humanitaires doivent fournir logement, soins, transport et autres services aux rapatriés, tout en soutenant plus d’un million de personnes déplacées à l’intérieur du pays.
Ce dernier vol d’expulsion illustre l’écart grandissant entre le nombre de déportations planifiées par les autorités américaines et la capacité de Haïti à accueillir et à accompagner ces retours dans des conditions dignes et sûres.
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