L’ex-président Martelly de retour en Haïti après une convocation judiciaire dans l’affaire de l’assassinat de Moïse

16 juillet 2026

L'ex-président Martelly de retour en Haïti après une convocation judiciaire dans l'affaire de l'assassinat de Moïse

Le retour de Michel Martelly à Haïti ravive les débats politiques et judiciaires

Le 15 juillet dernier, Michel Martelly, ancien président d’Haïti, est de nouveau arrivé dans le pays, près d’un mois après avoir différé une convocation judiciaire dans le cadre de l’enquête sur l’assassinat du président Jovenel Moïse. Son retour a été accueilli par une foule de soutiens, comprenant notamment une fanfare rara et une escorte policière, une scène qui a suscité la controverse en contraste avec les nombreuses accusations et controverses juridiques qui pèsent sur lui.

Malgré ses années passées aux États-Unis, Martelly doit prochainement comparaître devant le juge Jean Denis Cyprien, qui a rouvert l’enquête sur l’assassinat de Jovenel Moïse, survenu le 7 juillet 2021. À ce jour, aucune accusation officielle n’a été portée contre l’ancien président dans le cadre de cette affaire.

Un rappel sensible dans le climat politique haïtien

Ce retour relance un débat intense au sein de la société haïtienne. Alors que ses partisans continuent de célébrer son passage à la tête du pays ainsi que son mouvement politique, ses détracteurs dénoncent une démarche qui intervient dans un contexte de plus en plus chargé sur le plan judiciaire, avec des accusations de corruption, des sanctions internationales et des questions posées dans l’une des enquêtes criminelles les plus importantes de l’histoire récente d’Haïti.

À son arrivée à Pétion-Ville, sélectionné comme point de passage, Martelly a été accueilli par une foule de ses supporters. Des personnes avaient convergé sur la route, accompagnant son passage d’une fanfare rara, qui a attiré l’attention des médias, notamment après plusieurs mois d’absence dans le pays.

Les images de son arrivée ont rapidement été relayées sur les réseaux sociaux. Certains soutenaient sa venue, la considérant comme l’expression de la liberté politique, tandis que d’autres remettaient en question cette réception, arguant que la présence d’un ancien président confronté à de multiples controverses légales et sanctions internationales ne devrait pas faire l’objet d’une telle reconnaissance nationale. Plusieurs critiques ont également imputé à l’administration de Martelly une responsabilité dans la crise politique et sécuritaire qui secoue Haïti aujourd’hui.

Un utilisateur de Twitter, sous le pseudonyme Spidey Manigat_pat, a notamment déclaré : « Alors que le peuple souffre face à l’insécurité et à l’impunité, faire la fête pour un ancien président sanctionné par les États-Unis pour trafic de drogue revient à célébrer le système qui détruit le pays. »

Une procédure judiciaire en cours

Martelly a été convoqué le mois dernier par le juge Cyprien, après avoir demandé un report de son audience initiale prévue à la mi-juin, alors qu’il se trouvait encore aux États-Unis. Il doit désormais répondre à plusieurs questions dans le cadre de l’enquête relancée sur l’assassinat de Moïse.

Une image illustrant cette affaire montre Martelly à son arrivée, encadré par des policiers et entouré de ses partisans, dans une scène qui témoigne de l’attention que cette visite a suscitée.

Quatre ans et demi après la mort de Jovenel Moïse, l’enquête judiciaire reste en suspens. Le président avait été tué par des mercenaires armés dans sa résidence privée à Pétion-Ville, mais à ce jour, aucune sentence définitive n’a été rendue, et toutes les affaires judiciaires ouvertes restent en cours.

La procédure a connu de nombreux rebondissements. Cinq juges d’instruction se sont succédé, et la seule mise en examen, impliquant une cinquantaine de personnes, a été annulée par la Cour d’appel de Port-au-Prince, ce qui a permis de relancer l’enquête. Par ailleurs, plusieurs personnages importants ont déjà été interrogés, notamment le directeur général de la Police nationale haïtienne, André Jonas Vladimir Paraison, des défenseurs des droits humains, d’anciens opposants politiques, et d’autres individus liés à cette affaire.

À ce jour, le gouvernement haïtien n’a pas officiellement indiqué si Martelly, ancien leader du Parti (PHTK), est considéré comme suspect dans l’assassinat. La convocation devant le juge s’inscrit dans la démarche visant à éclaircir les circonstances entourant la mort du président Moïse.

Une série d’accusations et de sanctions internationales

L’affaire de l’assassinat ne constitue pas la seule zone d’ombre autour de Michel Martelly. Depuis plusieurs années, son nom revient dans plusieurs dossiers judiciaires et politiques.

En décembre 2025, le Service haïtien de lutte contre la corruption (ULCC) a publié un rapport accusant l’ancien président d’avoir déposé des déclarations de patrimoine frauduleuses et d’avoir commis d’importantes irrégularités financières. Selon l’ULCC, des incohérences, des oublis et des retards ont été relevés dans les déclarations financières de Martelly et de sa famille. L’enquête, ouverte à la suite de plaintes alléguant un enrichissement illicite durant ses mandats, n’a pas encore débouché sur une procédure judiciaire officielle.

Le rapport indique que des investigations ont révélé des défaillances dans le reporting financier et dans la traçabilité des mouvements bancaires, mais aucune procédure n’a été engagée à ce jour pour poursuivre cette affaire.

Par ailleurs, Michel Martelly est également sous le coup de sanctions internationales. En août 2024, les États-Unis ont imposé des sanctions contre lui, lui reprochant d’avoir utilisé son influence politique pour faciliter le trafic international de drogues et soutenir des gangs armés opérant en Haïti. Ces accusations officielles avancent que ses activités contribueraient à l’aggravation de la crise sécuritaire dans le pays.

De leur côté, le Canada a également sanctionné Martelly, en novembre 2023, ainsi que Charles Saint-Rémy et Arnel Bélizaire, anciens députés, pour leur rôle présumé dans la protection des gangs et la facilitation d’activités illicites, notamment le trafic de drogue et la corruption. Ces sanctions visent à limiter leur influence mais ne sont pas liées à des poursuites pénales formelles.

Martelly a toujours nié toute implication dans ces affaires. Ni les sanctions américaines ni canadiennes n’ont conduit à des condamnations pénales. Cependant, son retour en Haïti remet en lumière la complexité de sa situation judiciaire et politique, le plaçant de nouveau au cœur du paysage complexe et often tendu de l’arène haïtienne.

En conclusion, le contexte judiciaire et politique reste extrêmement sensible à Haïti. La justice continue d’investiguer sur plusieurs dossiers, et le retour de Martelly pourrait bien relancer des questions fondamentales sur la stabilité et l’avenir du pays.

Naïla Saint-Fleur

Naïla Saint-Fleur

Je suis Naïla Saint-Fleur, journaliste pour Kapzy News et passionnée par les récits qui révèlent la complexité d’Haïti et de la Caraïbe. À travers mes articles, je cherche à donner du sens à l’actualité et à faire entendre les voix de celles et ceux qui construisent le pays au quotidien. L’écriture est pour moi un acte d’engagement et de transmission.