République dominicaine exclut l’envoi de troupes pour renforcer la force anti-gang en Haïti

15 juillet 2026

République dominicaine exclut l’envoi de troupes pour renforcer la force anti-gang en Haïti

La République Dominicaine refuse d’envoyer des troupes en Haïti dans le cadre de la Force de Sécurité sous mandat de l’ONU

Le président dominicain Luis Abinader a affirmé que la République Dominicaine n’enverrait pas de soldats en Haïti dans le cadre de la Force de Sécurité Conjunta (FSC), une force soutenue par les Nations Unies. Son intervention clarifie la position du pays, qui se limite à un soutien humanitaire et logistique, évitant toute implication militaire directe dans la crise sécuritaire active en Haïti.

Une participation limitée au soutien logistique

Lors d’une interview accordée le 12 juillet, le président Abinader a précisé : « Nous n’avons pas de participation directe. Notre contribution se limite à une participation logistique. » Il a expliqué que l’aide qu’il apporte consiste à fournir une assistance médicale humanitaire ainsi qu’à coordonner les efforts pour stabiliser la situation.

Ce commentaire s’inscrit dans un contexte hautement sensible, où la question de l’engagement militaire direct reste un sujet de controverse. Si plusieurs pays ont déjà envoyé du personnel, une grande majorité des Haïtiens s’opposent fermement à toute présence militaire ou policière dominicaine sur leur sol, en raison de l’histoire conflictuelle entre les deux pays, ainsi que des différends en matière de migration et de politiques frontalières.

Une longue histoire de tensions entre Haïti et la République Dominicaine

Les deux nations partagent l’île d’Hispaniola, mais leur relation a été marquée à plusieurs reprises par des conflits violents. Parmi les épisodes les plus notoires figurent l’occupation haïtienne de la partie orientale de l’île durant 22 ans au début du XIXe siècle, le massacre de Parsley en 1937 où des milliers d’Haïtiens ont été tués sous la dictature de Rafael Trujillo, ainsi que des décennies de différends liés à la migration, la citoyenneté et la sécurité frontalière.

Ces tensions se sont intensifiées ces dernières années, notamment lorsque le gouvernement dominicain a accéléré ses expulsions de migrants haïtiens, renforcé ses contrôles aux frontières, et construit des sections d’un mur frontalier. Par ailleurs, la République Dominicaine n’a cessé d’avertir que l’insécurité en Haïti menaçait la sécurité nationale de leur pays.

Une intervention limitée pour éviter une escalade

Même si Luis Abinader a souligné la nature strictement logistique de l’aide dominicaine, ses déclarations n’ont pas complètement dissous les inquiétudes. Beaucoup d’Haïtiens persistent à redouter toute forme d’intervention militaire ou policière dominicaine sur leur territoire.

Jean Wilgens Charle, président de l’organisation communautaire Esklav Revolte, a exprimé que « nombreux sont ceux qui s’opposent fermement à toute présence sécuritaire dominicaine dans le pays, que ce soit sous le prétexte humanitaire, de l’aide policière ou militaire. » Selon lui, toute intervention rencontrerait une résistance farouche.

De même, Reginald Dumé, membre du mouvement sociopolitique Petro Challenger, a souligné que la décision du gouvernement dominicain de ne pas déployer de troupes a évité une situation encore plus controversée. Il estime que cette retenue a permis d’éviter un scénario où la République Dominicaine aurait décidé à leur place. « La pire partie, c’est que rien ne garantit que Santo Domingo ne finira pas par prendre des décisions pour notre compte. » a-t-il expliqué. « Tout ce qui s’est passé a conduit à ce que la République Dominicaine participe désormais aux discussions internationales sur Haïti. »

Une nouvelle force de sécurité remplace la mission dirigée par le Kenya alors que la crise persiste

Le Christ de la Force de Sécurité de la CNU (FSC) a succédé à la mission multinationale dirigée par le Kenya, dont le mandat a pris fin en octobre 2025. La nouvelle force bénéficie de pouvoirs opérationnels plus étendus et reçoit un appui logistique via un bureau de l’ONU, chargé de faciliter la livraison d’équipements, d’armes et de munitions.

Contrairement à la mission précédente, la FSC doit atteindre une effectif de 5 500 soldats d’ici octobre. Plus d’un millier de personnels de diverses nationalités, issus de 10 pays, ont déjà été déployés, selon le représentant permanent des États-Unis auprès des Nations Unies, Mike Waltz.

Lors de sa visite en Haïti le 10 juillet, Waltz a déclaré : « Il s’agit de la communauté internationale qui intervient pour libérer Haïti de la présence des gangs et pour établir la stabilité pour le peuple haïtien. »

Les gangs maintiennent leur contrôle sur de vastes zones du pays

Malgré cet engagement international accru, les gangs continuent de contrôler une grande partie du territoire, notamment à Port-au-Prince. Abinader a estimé qu’au moins 70 % de la capitale était sous leur influence, ce qui complique la communication et la coopération entre les deux gouvernements.

Il a indiqué : « Les relations avec le gouvernement haïtien ne sont pas très fluides en raison des conditions sur place. » Il a précisé que la coordination avec les forces étrangères s’effectue généralement par l’intermédiaire du ministère des Affaires étrangères, lorsque cela est nécessaire.

Les violences persistent dans plusieurs régions, notamment dans les départements de l’Ouest, de l’Artibonite et du Centre. À Kenscoff, entre le 4 et le 8 juillet, des attaques ont causé la mort d’au moins huit civils et ont déplacé plus de 5 000 habitants.

Selon l’ONU, lors d’une visite en juin, le secrétaire général António Guterres a évoqué que plus de 2 300 personnes avaient perdu la vie dans la première moitié de 2026, et 1 100 autres avaient été blessées. Près de 1,5 million de personnes ont été déplacées, et environ 6,4 millions ont besoin d’une assistance humanitaire.

Guterres a déclaré : « Les gangs terrorisent le pays, et pour beaucoup de Haïtiens, chaque jour est une lutte pour leur survie. C’est inacceptable. Il faut que cela cesse. »

Naïla Saint-Fleur

Naïla Saint-Fleur

Je suis Naïla Saint-Fleur, journaliste pour Kapzy News et passionnée par les récits qui révèlent la complexité d’Haïti et de la Caraïbe. À travers mes articles, je cherche à donner du sens à l’actualité et à faire entendre les voix de celles et ceux qui construisent le pays au quotidien. L’écriture est pour moi un acte d’engagement et de transmission.