Une nouvelle tragique : la mort d’une demandeuse d’asile haïtienne considérée comme homicide
Un médecin légiste a confirmé que le décès d’une femme haïtienne, récemment libérée des centres de détention fédéraux, doit être considéré comme un homicide. Un avocat représentant sa famille a indiqué que cette dernière envisage de poursuivre Immigration et Douanes (ICE) en lien avec cette tragédie.
Les circonstances du décès
La victime, Daphy Michel, âgée de 31 ans, est décédée le 2 mars dernier. Son corps a été retrouvé dans un abri-bus à Pittsburgh. Le Bureau du Médecin Légiste du Comté d’Allegheny a déterminé que la cause du décès était une hypothermie. Selon ses conclusions, la mort a été qualifiée d’homicide, ce qui signifie qu’elle « a été causée par les actions d’une autre personne » ; cette classification ne doit pas être interprétée comme une déclaration de culpabilité pénale, précise un communiqué du bureau. Les résultats de l’enquête ont été rendus publics vendredi dernier.
Un parcours migratoire marqué par la fragilité
Originaire d’Haïti, Daphy Michel était en quête d’asile aux États-Unis après avoir franchi la frontière sud en 2022, a indiqué l’avocat de sa famille, Joseph Patrick Murphy. Elle avait obtenu un permis humanitaire, accordé pour répondre à une nécessité urgente, mais elle n’a pas eu l’occasion de bénéficier de l’audience prévue deux semaines après sa mort.
Une situation de vulnérabilité au moment de sa libération
Le bureau du médecin légiste a précisé que Michel était une adulte vulnérable, « souffrant de troubles mentaux sévères non traités et confrontée à une barrière linguistique importante » lors de sa libération, le 27 février dernier.
Selon Murphy, elle avait été arrêtée l’été précédent pour avoir crié sur des personnes imaginaires, un comportement attribué à ses problèmes psychiatriques. Elle avait passé six mois en détention à la prison du Comté de Washington, où elle avait subi plusieurs évaluations psychiatriques en attendant sa première audience, a-t-il expliqué.
L’issue de son procès et sa détention
Un magistrat aurait déclaré qu’il ne pouvait pas la maintenir en détention pour des menaces adressées à des personnes imaginaires, selon l’avocat. Peu après, ICE aurait interpellé Michel dans sa cellule, lui aurait placé un bracelet électronique à la cheville, puis l’aurait transférée à Pittsburgh, à une trentaine de kilomètres, où elle aurait attendu plusieurs jours dans un abri-bus durant l’hiver, précise leur récit.
« Elle portait des vêtements d’automne alors que nous étions en février, et le froid a fini par la submerger, causant une hypothermie », raconte Murphy.
Un homicide non-criminel mais responsable
La mention d’homicide dans le rapport du médecin légiste indique que quelque chose a été fait ou n’a pas été fait, ce qui a directement contribué à sa mort. La nuance est importante : cette qualification ne constitue pas une accusation criminelle, mais laisse entendre qu’une négligence ou une erreur a joué un rôle dans le décès. Le représentant de la famille prévoit de poursuivre ICE en justice concernant cette mort.
Les réactions officielles
Dans un courriel, Lauren Bis, porte-parole du Département de la Sécurité Intérieure (DHS), a affirmé que « ICE n’a RIEN à voir avec la décès de cette femme ». Elle a précisé que cette dernière « est décédée trois jours après l’engagement de ICE » auprès d’elle.
Elle a également évoqué Michel comme une « étrangère en situation irrégulière en provenance d’Haïti » placée en procédure d’expulsion après son arrestation.
Lors de sa libération, Michel avait tous ses effets personnels, ainsi qu’un téléphone pleinement chargé, avec des moyens de transport publics à disposition, a indiqué Bis. Le lendemain de son décès, ICE aurait appris que son bracelet électronique avait été « falsifié », mais les agents du bureau du médecin légiste local auraient « refusé de coopérer ou même de parler » avec eux, a-t-elle ajouté.
ICE aurait contacté le Service des marshals américains, qui aurait récupéré le bracelet électronique. Cependant, on leur aurait refusé toute information sur l’état de santé de Michel. La mort a été découverte par voie de presse, selon la porte-parole.
Réactions locales et politiques
La présidente du Comté d’Allegheny, Sara Innamorato, a déclaré dans un communiqué que le décès de Michel représentait « une tragédie, et il semble qu’avec un peu plus d’humanité, cela aurait pu être évité totalement ».
De son côté, la députée démocrate de Pennsylvanie, Summer Lee, a qualifié cette mort de « évitable » et a souligné que « cette femme méritait des soins, un abri, un accès à la langue et un suivi médical adéquat ».
Une politique en mutation concernant la mortalité des détenus
Depuis 2021, date de l’arrivée de Joe Biden à la présidence, ICE ne publie plus systématiquement le nombre de décès de ses détenus dans les 30 jours suivant leur libération. Pour les experts en santé publique, cette modification dans les pratiques de communication pourrait conduire à une sous-estimation du nombre réel de morts, tout en ne s’attaquant pas aux causes profondes de ces décès, notamment en matière de soins médicaux inadéquats.