70 % des délits mineurs dans le District National liés à la consommation de drogue

19 avril 2026

70 % des délits mineurs dans le District National liés à la consommation de drogue

Une étude révèle une réalité alarmante à Santo Domingo : 70 % des infractions mineures sont liées à la consommation problématique de substances

Une étude de faisabilité récemment menée à Santo Domingo a mis en évidence une statistique saisissante : près de 70 % des infractions mineures poursuivies dans le District National sont directement associées à des problèmes de consommation de drogues ou d’autres substances addictives. Cette découverte a été dévoilée par la magistrate Kenya Romero, qui supervise les tribunaux d’instruction dans cette juridiction. Lors d’une présentation portant sur l’évolution d’un programme pilote axé sur la justice réparatrice et thérapeutique, elle a expliqué en détail les enjeux et les avancées de cette initiative innovante.

Une réforme du système judiciaire traditionnel

Dans le cadre de la conférence de la puissance judiciaire pour 2026, lors d’un panel intitulé « Traitement sous supervision judiciaire éventuelle », Kenya Romero a précisé que ce nouveau modèle cherche à renouveler l’approche classique du droit pénal. Plutôt que de recourir à une méthode conflictuelle, où chaque partie se trouve face à l’autre dans un affrontement judiciaire, cette nouvelle approche prône la coopération et la supervision étroite par le tribunal, notamment pour suivre la réhabilitation du délinquant.

Une perspective humaine sur le conflit juridique

Le programme mis en œuvre permet de sélectionner des personnes poursuivies pour des infractions liées à la consommation de drogues selon des critères rigoureux, tant d’ordre juridique que médical. Selon la magistrate Romero, cette démarche facilite une intervention de santé publique qui dépasse le cadre strictement judiciaire. Elle offre ainsi une alternative face aux milliers de dossiers en attente, souvent liés à des infractions mineures et à la dépendance.

« L’objectif est d’adopter une vision plus humaine », insiste Romero. « Le juge demeure un juge, mais il doit aussi comprendre que la personne en face de lui présente des facteurs de risque et des problèmes de santé récurrents. » Elle précise que cette approche vise à renforcer le rôle du juge en y intégrant des outils médicaux, afin de traiter la cause profonde des infractions plutôt que de se limiter à punir les symptômes.

Le modèle portoricain : santé publique et économies substantielles

Ce panel a également abordé le cas de Porto Rico, où le système de justice thérapeutique constitue une véritable politique d’État, inscrit dans la Constitution de l’île. Carmen Otero, juge administrative à Bayamón, a souligné cette différence fondamentale avec la République dominicaine. Elle a mis en avant des chiffres parlants : la détention en prison à Porto Rico coûte environ 343 millions de dollars par an à l’État. Si l’on considère cette somme, il devient évident que la prévention et les programmes de traitement supervisé représentent une alternative à la fois plus rentable et plus humainement efficace.

« Dans le cadre d’une approche thérapeutique, les acteurs judiciaires travaillent en équipe vers la rémission de la dépendance. Contrairement à un processus traditionnel souvent conflictuel, cette méthode privilégie la collaboration », a expliqué Otero.

Les juges présents à la discussion ont tous convenu que la justice de demain doit avant tout être capable de s’attaquer aux causes de la criminalité, et pas seulement à ses manifestations extérieures. La prévention, la santé mentale et la réhabilitation apparaissent ainsi comme des piliers essentiels pour construire un système judiciaire plus humain et plus efficace.

Une référence régionale à l’innovation dans la justice

Ces échanges font partie d’un plan stratégique axé sur l’optimisation du processus pénal, qui représente un des points centraux de la Conférence de la puissance judiciaire pour 2026. Cet événement a permis à la République dominicaine de se positionner comme une référence en matière de modernisation juridique. Pendant trois jours, 68 exposants internationaux, représentant 25 pays, ont participé à cet évènement immersif qui a rassemblé plus de 6 000 participants. L’objectif était clair : faire de la République dominicaine un modèle en matière d’innovation judiciaire et de réforme des pratiques juridiques.

Ainsi, grâce à ces initiatives, le pays s’inscrit dans une dynamique de changement visant à rendre la justice plus humaine, plus efficace et davantage orientée vers la réhabilitation sociale et la santé publique.

Naïla Saint-Fleur

Naïla Saint-Fleur

Je suis Naïla Saint-Fleur, journaliste pour Kapzy News et passionnée par les récits qui révèlent la complexité d’Haïti et de la Caraïbe. À travers mes articles, je cherche à donner du sens à l’actualité et à faire entendre les voix de celles et ceux qui construisent le pays au quotidien. L’écriture est pour moi un acte d’engagement et de transmission.