Décès d’un homme haïtien en centre de détention migratoire en Arizona suite à un traitement médical inexistant
PHOENIX (AP) — La famille d’un homme originaire d’Haïti, qui se trouvait en détention dans un centre de l’immigration en Arizona, affirme qu’il est mort lundi dernier. La cause du décès est liée à une infection dentaire, qui n’a pas été traitée par le personnel de l’établissement de l’Immigration et des Douanes américaines (ICE). Emmanuel Damas, âgé de 56 ans, est le troisième ressortissant haïtien à perdre la vie en détention fédérale depuis avril 2025, période marquée par une forte augmentation des détentions dans le cadre des objectifs de déportation massive mis en place par l’administration Trump.
« En tant que pays — je suis aujourd’hui américain — je pense que nous pouvons faire mieux que cela », a déclaré mercredi le frère de Damas, Presly Nelson.
Emmanuel Damas était en détention depuis septembre dernier, même après que sa demande d’asile ait été rejetée. Selon sa famille, il avait signalé aux médecins du centre correctionnel de Florence, en février, qu’il souffrait d’un mal de dents. Malgré sa douleur, il n’a jamais été envoyé voir un spécialiste ou un dentiste, selon ses proches.
Le centre correctionnel de Florence et ses enjeux
Ce centre, situé à Florence, est géré par CoreCivic, une entreprise privée. Celle-ci a refusé de faire des commentaires, renvoyant toutes les questions à l’ICE. La réponse de l’agence fédérale n’était pas encore disponible jeudi au moment où nous écrivons ces lignes.
Emmanuel Damas est la 14ème personne à décéder en détention par l’ICE durant cet exercice fiscal, selon la page officielle de l’ICE consacrée aux décès de détenus. Son décès soulève un questionnement croissant sur la qualité des soins médicaux administrés dans ces établissements privés de détention.
Christine Ellis, membre du conseil municipal de Chandler en Arizona et infirmière de nationalité haïtienne, s’est portée porte-parole de la famille. Elle indique que Damas avait été détenu d’abord à Boston, avant d’être transféré à Florence.
« En tant que professionnel de la santé, je suis absolument choquée que des personnes avec des diplômes médicaux aient travaillé là et aient laissé faire de telles choses », a-t-elle déclaré.
Elle a d’ores et déjà commencé à solliciter la délégation du Congrès en Arizona pour qu’une enquête officielle soit lancée. Selon elle, « la compassion, la dignité et la responsabilité » doivent être au cœur du traitement réservé à toute personne en détention, quelle que soit sa nationalité ou son statut migratoire.
Une recrudescence fatale pour les migrants en garde à vue
La mort d’Emmanuel Damas s’inscrit dans une tendance à la hausse des décès en détention. En 2025, l’ICE a recensé 32 décès, un chiffre record depuis plus de 20 ans, incluant la mort de deux autres ressortissants haïtiens.
Jean-Wilson Brutus, 41 ans, a trouvé la mort en décembre 2025, seulement 24 heures après son entrée à la centre de détention de Delaney Hall, à Newark, dans le New Jersey. Sa famille a exprimé son indignation face au fait que l’ICE a qualifié Brutus d’« étranger criminel », alors qu’il fuiait la violence en Haïti afin de demander l’asile. Ils ont engagé des avocats pour lancer une enquête indépendante sur ces circonstances.
Plus tôt cette année-là, Marie Ange Blaise est morte au centre de transit de Broward, à Pompano Beach, en Floride. La femme haïtienne, âgée de 44 ans, avait été détenue aux îles Vierges américaines lors d’une rencontre en février 2025. Son décès, survenu en avril, a été attribué à un traitement médical jugé insuffisant, ce qui a relancé les appels à une enquête officielle.
Le Département de la Sécurité intérieure (DHS), qui supervise l’ICE, poursuit encore ses investigations sur ces incidents.
Ce nombre croissant de décès a relancé la pression de la part des organisations de défense des droits humains et des parlementaires, qui réclament la fin de l’utilisation de centres de détention privés à but lucratif.