Les statistiques clés sur les principaux défis rencontrés par les femmes dominicaines aujourd’hui

Les statistiques clés sur les principaux défis rencontrés par les femmes dominicaines aujourd'hui

Malgré sa population majoritairement féminine, la République dominicaine demeure confrontée à des écarts notables entre les sexes

Bien que les femmes représentent un peu plus de la moitié de la population de la République dominicaine, les données recueillies par diverses organisations nationales et internationales illustrent que celles-ci doivent encore surmonter de nombreux obstacles liés à des disparités dans plusieurs domaines clés.

Un index mondial témoigne d’une avancée modérée en matière d’égalité des sexes

En 2025, le pays a obtenu un score de 0,73 sur l’Indice mondial de l’écart entre les sexes, se classant ainsi 61e sur 148 nations évaluées. Bien que cela témoigne d’une certaine progression, il reste encore beaucoup à faire pour réduire ces écarts et garantir une égalité réelle.

Les écarts persistants dans l’emploi, les revenus et la sécurité

Le rapport intitulé « L’Agenda 2030 pour le développement durable et l’agenda régional pour l’égalité des genres en Amérique latine et dans les Caraïbes : indicateurs de genre pour la République dominicaine, 2024 », élaboré par la Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes (CEPALC), ONU Femmes et l’Office national des statistiques, révèle que 25,6 % des femmes appartenant au quintile de revenu le plus bas ne disposent d’aucun revenu propre.

Sur le plan de l’emploi, les différences sont flagrantes. Malgré un avantage évident pour les femmes créoles en matière de formation, cela ne se traduit pas dans le domaine professionnel. Selon la dernière analyse macroéconomique désagrégée par sexe, publiée par le ministère de l’Économie, de la Planification et du Développement et relayée par La Femme Post, la population en âge de travailler en 2024 s’élevait en moyenne à 8,1 millions de personnes, dont 52,2 % étaient des femmes. Toutefois, seulement 49,3 % de ces femmes occupaient un emploi, contre 75,9 % des hommes.

Ce déficit de près de 27 points de pourcentage illustre clairement une difficulté à l’accès à l’emploi. La publication souligne : « Même si plus de femmes poursuivent leurs études après le secondaire, elles rencontrent encore des obstacles pour appliquer leurs compétences sur le marché du travail. »

Le rapport « Progrès et défis de la République dominicaine dans la mise en œuvre de la Plateforme d’action de Pékin », réalisé par le Centre d’études de genre du Centre technologique de Santo Domingo (Intec) et publié en 2025, met en garde contre la persistance de barrières majeures empêchant les femmes d’accéder aux ressources économiques et à un emploi formel. Ces contraintes, souligne-t-il, ont un impact direct sur leur autonomie financière ainsi que sur la qualité de vie de milliers de foyers dirigés par des femmes.

Les difficultés d’accès au crédit et l’érosion des économies féminines

L’un des principaux freins évoqués est l’accès au crédit. Selon les données de la Superintendence des banques, citées dans le rapport, seulement 25,3 % des femmes de la population active bénéficient d’un financement. Cela représente une femme sur quatre, limitant fortement leurs possibilités d’entreprendre, d’investir ou de dynamiser l’économie nationale.

De plus, l’étude révèle que l’écart d’épargne entre les hommes et les femmes s’est considérablement creusé ces dernières années. Entre 2019 et 2024, la différence de soldes d’épargne a été multipliée par 2,6 en faveur des hommes. Cette inégalité témoigne de la capacité réduite des femmes à accumuler des ressources financières, accentuant leur vulnérabilité face à l’instabilité économique.

Plusieurs facteurs expliquent cette situation : absence de garanties financières adaptées, processus d’exclusion dans le système bancaire et méfiance persistante de certains prêteurs à l’égard des femmes. La situation est encore plus critique dans les zones rurales, où l’accès au système financier formel est souvent limité.

Le travail informel, un obstacle difficile à surmonter

La précarité économique des femmes est encore renforcée par le taux élevé d’emploi informel. Près de la moitié (49,4 %) d’entre elles travaillent dans des secteurs non régulés, tels que la vente ambulante, le travail domestique ou l’agriculture de subsistance. En 2024, on estime qu’au moins 1 031 842 femmes occupaient ce type d’emploi, souvent dépourvu de couverture sociale, de droits du travail ou de stabilité économique.

Le rapport rappelle également que ces programmes d’aide sociale, comme Supérate, qui intègrent d’autres volets de soutien social, ne parviennent pas toujours à atteindre les femmes vivant dans des contextes plus vulnérables, en particulier en zones rurales ou dans des quartiers marginalisés.

Toutefois, l’analyse souligne que le problème dépasse la simple question de la couverture de ces programmes. Il réside aussi dans la structure même du marché du travail dominicain, où persistent des écarts salariaux entre hommes et femmes, une forte informalité et un taux de chômage féminin nettement supérieur à celui des hommes.

Une violence de genre encore trop présente

En fin d’année 2025, le Fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF) a rapporté que la République dominicaine avait recensé 89 victimes de féminicides en 2024, soit un taux de 1,5 pour 100 000 femmes, en hausse par rapport aux 69 cas signalés en 2023. Ces chiffres confirment l’urgence de renforcer la lutte contre la violence faite aux femmes.

Le rapport met également en lumière la vulnérabilité persistante des jeunes filles. Près de 31,5 % des femmes âgées de 20 à 24 ans avaient contracté un mariage ou une union avant l’âge de 18 ans, et 9,4 % avant celui de 15 ans.

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), citée dans l’étude, 28,5 % des femmes dominicaines de 15 à 49 ans ont subi des violences physiques ou sexuelles de la part de leur partenaire au cours de leur vie, et 22,8 % pour la période la plus récente.

In 2025, the Dominican Republic achieved a score of 0.73 in the Global Gender Gap Index and ranked 61st out of 148 countries evaluated.

Appel à l’action pour mieux protéger les femmes et les filles

La représentante intérimaire de l’UNICEF en République dominicaine, Anyoli Sanabria, a souligné que chaque féminicide brise la vie des enfants et viole leur droit à évoluer dans un environnement sécurisé. Elle a rappelé que l’organisation travaille avec les autorités et les associations communautaires pour renforcer la prévention, la détection et la réponse face à cette violence, notamment à travers la formation des familles et des éducateurs, l’expansion des dispositifs d’aide, et la promotion de réformes législatives pour protéger les jeunes.

Sanabria a insisté sur la nécessité pour le gouvernement de supprimer l’exception restante dans le Code pénal qui autorise la punition corporelle à domicile, insistant sur le fait que ce type de violence constitue souvent une étape préalable aux féminicides.

Une progression modérée mais significative

À l’échelle mondiale, la République dominicaine fait preuve d’un progrès modéré en matière d’égalité entre les sexes. En 2025, le pays a obtenu un score de 0,73 sur l’Indice mondial de l’écart entre les sexes, se positionnant au 61e rang parmi 148 nations évaluées. Certes, ce score traduit une avancée, mais il pointe également la nécessité de poursuivre les efforts pour atteindre un réel équilibre et garantir la pleine autonomie des femmes dans tous les domaines.

Naïla Saint-Fleur

Naïla Saint-Fleur

Je suis Naïla Saint-Fleur, journaliste pour Kapzy News et passionnée par les récits qui révèlent la complexité d’Haïti et de la Caraïbe. À travers mes articles, je cherche à donner du sens à l’actualité et à faire entendre les voix de celles et ceux qui construisent le pays au quotidien. L’écriture est pour moi un acte d’engagement et de transmission.