Port-de-Paix accueille ses premiers véhicules de secours depuis plus de 20 ans
Après plus de deux décennies sans service d’incendie opérationnel, la population de Port-de-Paix, dans le Nord-Ouest d’Haïti, a célébré l’arrivée d’un camion de pompiers et d’une ambulance tant attendus. Ces équipements, espèrent-ils, marqueront un tournant décisif pour la sécurité publique dans cette plus grande ville de la région.
Ces véhicules ont été offerts gracieusement par l’Association canadienne des agents de la paix et de la sécurité (CPSOTA), une organisation à but non lucratif basée à Montréal et soutenue par la diaspora haïtienne. Cette livraison s’inscrit dans un effort plus large, une donation de 3 millions de dollars qui a permis la remise de 13 camions de pompiers et de 10 ambulances à travers le pays ces derniers mois, renforçant ainsi la capacité d’intervention d’urgence d’Haïti.
Pour de nombreux Haïtiens, l’accès aux services de secours en cas d’incendie ou d’accident reste souvent sporadique ou inexistant. En dehors de Port-au-Prince et de quelques autres grandes villes, beaucoup de municipalités manquent cruellement de personnel formé, d’équipements en état de marche ou de financement fiable. Lors d’incendies, d’inondations ou d’accidents de la route, les résidents sont souvent contraints de se débrouiller seuls, utilisant des seaux d’eau, des méthodes improvisées ou des moyens de transport de fortune pour se rendre à l’hôpital.
Port-de-Paix, ville côtière accueillant plus de 400 000 habitants et chef-lieu du département du Nord-Ouest, n’avait pas disposé d’un service d’incendie officiel depuis plus de 20 ans, selon les responsables locaux et la population.
Le déficit de services d’incendie a eu des conséquences durables.
En 2009, Pierline Charles a perdu sa maison dans le quartier de Démélus lorsqu’un incendie s’est propagé sans contrôle. En l’absence de pompiers pour intervenir, les flammes ont tout ravagé, et n’ayant pas pu reconstruire, cette mère de cinq enfants a été contrainte de déménager à la campagne.
« Si un service avait existé en ville, mes appels auraient peut-être suffi à éviter de perdre ma maison », confie-t-elle.
Le menuisier Jacklin Maréus se souvient quant à lui avoir perdu son atelier de menuiserie en 2017, évalué à plus de 3 millions de gourdes, soit plus de 23 000 dollars américains, après un incendie qui a détruit son commerce.
« En l’absence de pompiers, ma famille et mes amis n’ont pas pu l’éteindre avec de simples contenants d’eau », explique-t-il. « Avec l’arrivée des pompiers, je pense que les pertes lors de grands incendies pourront être réduites. »
Renforcer les compétences en complément des équipements
Les responsables locaux partagent l’avis des habitants : disposer d’équipements ne suffit pas. La municipalité prévoit de recruter 25 jeunes résidents pour leur faire suivre une formation spécialisée à l’utilisation de ces nouveaux moyens d’intervention.
« Après plus de 20 ans, les anciens employés du service d’incendie ne sont plus disponibles. Il faut donc former de nouvelles personnes », indique Vacneur Cédieu, le directeur de la mairie de Port-de-Paix.
En raison du manque d’expertise locale, certains formateurs pourraient venir de Cap-Haïtien, de Port-au-Prince ou même d’autres pays.
Au niveau national, la CPSOTA a allié ses dons d’équipements à des programmes de formation. Le 14 novembre 2025, l’organisation a organisé à Pétion-Ville une formation de deux semaines sur la réponse d’urgence, rassemblant 200 jeunes, notamment des pompiers et des agents de protection civile. La formation a couvert des techniques d’intervention rapide, la gestion des crises, les premiers secours et la lutte contre les incendies. Lors de la cérémonie de clôture, Harold Turnier, président et directeur général de la CPSOTA, a officiellement remis les véhicules et ambulances aux autorités haïtiennes.
Les responsables de différentes municipalités de la région métropolitaine de Port-au-Prince, incluant Pétion-Ville et Tabarre, ont salué cette initiative, la considérant comme une étape clé dans la modernisation de la réponse aux urgences face à un pays régulièrement frappé par des ouragans, des inondations et des séismes.
Un exemple inspiré par la diaspora
Les habitants de Port-de-Paix estiment que la contribution de la CPSOTA montre comment des initiatives impulsées par la diaspora peuvent pallier d’importantes lacunes du service public.
« Cette donation devrait inspirer l’esprit patriotique de la diaspora haïtienne », souligne Raymond Fragellus, 65 ans. « Elle témoigne de l’attachement à des villes comme Port-de-Paix, longtemps négligées. »
Certains encouragent toutefois les organisations de la diaspora à investir dans des projets de développement durable, visant à renforcer les institutions locales, plutôt que de se limiter à une aide à court terme.
Pour l’instant, le camion de pompiers reste stationné, en attente de son entrée en service complète. Mais pour des habitants qui ont vu leurs maisons ou leurs commerces brûler sans réponse professionnelle, sa simple présence représente un symbole d’espoir.
« Après des années de vulnérabilité, Port-de-Paix pourrait enfin reconstruire une défense de premier rang contre les catastrophes — un camion à la fois », conclut Fragellus.
