Le gouvernement canadien annonce une aide de 60 millions de dollars pour la sécurité en Haïti et dans la Caraïbe
Port-au-Prince — Le gouvernement dirigé par le Premier ministre Mark Joseph Carney a récemment dévoilé un engagement financier de 60 millions de dollars canadiens, soit environ 44 millions de dollars américains, consacrés au renforcement de la sécurité en Haïti et dans la région caraïbe. Une partie importante, précisément 40 millions de dollars canadiens, est destinée à soutenir la Mission Multinationale de Soutien à la Sécurité (MSS), voire une force successeur si celle-ci venait à être approuvée par le Conseil de sécurité de l’ONU.
Les 20 millions de dollars canadiens restants seront alloués à une initiative régionale de sécurité maritime, ayant pour objectif de lutter contre le crime organisé ainsi que la circulation illicite de biens à destination et en provenance d’Haïti. Cette déclaration a été faite peu après une réunion organisée lors de la 80e session de l’Assemblée Générale des Nations Unies à New York. Elle intervient dans un contexte où le président du Conseil Présidentiel de Transition d’Haïti (CPT), Laurent Saint-Cyr, a insisté sur la nécessité d’une intervention internationale urgente pour soutenir la lutte contre les gangs.
« La décision d’aujourd’hui témoigne de notre volonté d’adopter des solutions multilatérales visant à renforcer la sécurité régionale, tout en favorisant la stabilité, la paix et la prospérité en Haïti », a déclaré la ministre canadienne des Affaires étrangères, Anita Anand.
Le Canada se distingue comme le premier pays à s’engager financièrement pour la nouvelle force proposée par les États-Unis, la Force de Répression des Gangs (FRG). Si le Conseil de sécurité ne parvient pas à adopter la résolution adéquate, ces fonds seront redirigés vers le renforcement de la MSS, dont le mandat arrive à échéance le 2 octobre.
Depuis plusieurs années, Ottawa demeure le principal contributeur au fonds fiduciaire de l’ONU soutenant la MSS, sous direction kényane, avec une contribution dépassant les 60 millions de dollars. Les États-Unis ont également apporté 15 millions de dollars, même si la majorité de cette somme est suspendue, tandis que le Mexique devrait prochainement rejoindre la liste des donateurs.
Malgré ces efforts financiers, la MSS se trouve confrontée à de nombreuses difficultés. Avec un budget annuel estimé à 600 millions de dollars, elle fonctionne aujourd’hui à seulement 40 % de ses capacités. La mission emploie environ 1 000 personnels, soit moins de la moitié des 2 500 initialement prévus, et elle manque d’équipement adapté pour faire face à la menace des gangs. Depuis son déploiement en juin 2024, elle n’a pas permis à l’armée haïtienne de recouvrer du territoire ou d’arrêter les chefs de gangs, comme cela était attendu.
Une nouvelle force pour faire face à l’escalade de la crise
Face aux limites actuelles de la MSS, les États-Unis envisagent le déploiement d’une force plus importante, soutenue par l’ONU, comptant jusqu’à 5 500 personnels. Cette nouvelle force serait encadrée par un mandat plus large et bénéficierait d’un appui logistique important fourni par l’ONU, incluant des armes et un soutien opérationnel. La rémunération de ses membres resterait basée sur des contributions volontaires.
Le secrétaire d’État adjoint américain, Christopher Landau, a enjoint à une action rapide, mettant en garde contre un quelconque retard du Conseil de sécurité qui pourrait entraîner une nouvelle instabilité en Haïti.
« Le moment d’agir, c’est maintenant. Les États-Unis appellent tous nos partenaires à nous rejoindre pour soutenir cette résolution cruciale avant l’expiration du mandat de la MSS, fixée au 2 octobre », a-t-il déclaré.
Le président kényan William Ruto a également souligné que, sans mandats clairement définis et financements garantis, toute nouvelle mission risquerait d’échouer à son tour. « Si nous envoyons une nouvelle mission, son mandat doit être clair et son financement assuré. C’est une condition sine qua non si nous voulons réellement prendre la crise haïtienne au sérieux », a-t-il affirmé.
Par ailleurs, les gangs poursuivent leur expansion, occupant aujourd’hui près de 90 % de Port-au-Prince tout en s’infiltrant dans des villes de province. Des milliers d’habitants ont été contraints de fuir leur domicile dans la violence croissante.
Les forces policières haïtiennes, dépassées par l’ampleur de la crise, ont également été accusées de causer des victimes civiles. Lors d’une attaque par drone la semaine dernière à Simon Pelé, dans la Cité Soleil, visant un chef de gang, au moins 15 personnes ont été tuées, dont huit enfants, selon plusieurs témoins locaux.
Laurent Saint-Cyr, chef de la CPT, a rencontré le Premier ministre canadien Mark Carney lors d’une visite à New York, afin de discuter d’un renforcement de l’intervention internationale pour restaurer la sécurité nécessaire à la tenue d’élections. Les responsables haïtiens ont souligné que ces discussions portaient sur la nécessité de restaurer l’ordre public et de lutter efficacement contre la criminalité organisée.
Le Canada a réaffirmé son soutien à la Police nationale haïtienne (PNH), à la justice et à une coordination plus large au sein de la communauté internationale pour mettre en place une force « robuste » capable de démanteler les gangs et de rétablir l’ordre constitutionnel.
Alors que le Conseil de sécurité de l’ONU examine la résolution concernant la GSF, proposée conjointement par les États-Unis et le Panama, le climat sur le terrain demeure fragile, sans amélioration notable à ce stade.