Deux morts dans un naufrage au large de La Gonâve : l’éternel problème de la sécurité maritime en Haïti
Le 24 février, une tragédie maritime s’est produite lorsque deux personnes ont perdu la vie suite au chavirement d’un petit voilier près d’Anse-à-Galets, dans le Golfe de La Gonâve. L’accident, survenu dans des eaux agitées, a une fois de plus mis en lumière les graves problèmes de sécurité qui persistent dans le secteur du transport maritime en Haïti.
Le bateau, identifié par les autorités, avait quitté le port de Carriès, situé à environ 65 kilomètres au nord de Port-au-Prince, en direction d’Anse-à-Galets. À bord se trouvaient six personnes, transportant en tout 600 sacs de ciment. Au moment du sinistre, vers 14h20, le moteur du bateau a subitement cessé de fonctionner, selon les déclarations de la Marine et de Navigation haïtienne (SEMANAH) et du capitaine du navire.
« En quelques minutes, le bateau a été renversé sous la poussée des vagues », a expliqué le capitaine Montal Milord.
Le drame a coûté la vie à Osener Bisserette, surnommé « Blan », un marin et père de famille originaire de La Gonâve, ainsi qu’à une autre résidente, Berlineda Brice, 26 ans. Quatre autres personnes ont été secourues et hospitalisées à l’hôpital Wesleyan d’Anse-à-Galets. Selon des sources locales, elles ont été prises en charge pour shock et blessures mineures.
Milord a aussi précisé que l’aggravation des vents et la montée des vagues ont rendu toute tentative de réparation du moteur impossible après qu’il se soit arrêté.
« Lorsque nous sommes arrivés à Trou Sable, le moteur a calé. J’ai tenté de le réparer, mais les vagues et le vent si forts ont retourné le bateau », confie-t-il.
Un passage périlleux — un risque connu
Pour près de 100 000 habitants de l’île de La Gonâve, la traversée par la mer constitue le seul lien fiable avec le continent. Faute d’infrastructures modernes et d’un service de ferry commercial régulier, les habitants et le commerce comptent largement sur de petits bateaux en bois ou des embarcations motorisées pour transporter quotidiennement nourriture, carburant et matériaux de construction entre l’île et la terre ferme.
Cette dépendance a pour conséquence une forte pression économique sur les opérateurs, qui sont souvent poussés à charger leurs bateaux au-delà de leur capacité sécuritaire. Résultat : des embarcations souvent surchargées, mettant en danger la vie de ceux à bord.
Une carte illustrant la géographie du Golfe de La Gonâve montre à quel point ces traversées sont cruciales pour la population locale.
Selon Macknel Blanc, journaliste pour la station publique, « la mer est le principal moyen de transport pour les habitants de La Gonâve. Un système maritime mieux organisé et plus sûr permettrait de sauver des vies et d’assurer des traversées plus fiables. »
Le bateau impliqué dans la tragédie transportait un chargement considérable, pour une si petite embarcation. Kaliko Anius, habitant local, a critiqué les pratiques d’exploitation courantes, notamment le surchargement.
« Un petit bateau en bois peut parfois transporter plus de 13 palettes de ciment. Même des camions ont du mal à supporter de telles charges », a-t-il déploré, appelant à une intervention plus ferme de la SEMANAH.
Les témoins ont également dénoncé le déficit en équipements de sécurité, notamment en gilets de sauvetage. Tous les passagers ne disposaient pas de dispositifs de flottaison lors du naufrage — un problème récurrent dans la navigation locale.
« Si la réglementation était respectée, chaque passager devrait porter un gilet de sauvetage », a déclaré Jean Mondésir, autre habitant de La Gonâve. « On perd des vies à cause d’un équipement qui coûte à peine 30 dollars. »
Une série d’accidents mortels récurrents
Le naufrage de ce bateau n’est malheureusement pas un incident isolé. Il s’inscrit dans une longue série d’accidents maritimes survenus autour de La Gonâve et le long des côtes haïtiennes, où le contrôle insuffisant, le vieillissement des embarcations et le peu de contrôles réguliers continuent de mettre en danger la vie des voyageurs.
Ces dernières années, plusieurs bateaux ont sombré dans cette région, notamment en 1997, 2011, 2012, 2022 et 2023. Chacun de ces incidents a relancé les appels pour des réformes, notamment en matière d’inspections plus rigoureuses, de certifications obligatoires pour les capitaines et de limites claires sur le chargement.
Cependant, la mise en application de ces mesures demeure inconstante.
Le correspondant de la Radio Nationale d’Haïti dans la région a souligné qu’un système maritime plus sûr reste une nécessité urgente.
« À La Gonâve, les familles pleurent la perte de Bisserette et Brice. Quant aux survivants, cette traversée quotidienne qui leur permet de vivre a une fois de plus prouvé sa dangerosité », a déclaré Blanc.
Même si la réglementation existe, les observateurs estiment que les contrôles, les limites de cargaison et les normes de sécurité sont rarement respectés dans les quais informels situés le long des côtes, souvent isolés, qui desservent des communautés éloignées.
Sans une application régulière et efficace de ces règles, les habitants de La Gonâve craignent que la mer reste à la fois leur vie et leur calvaire, face à la menace constante de drames qui se reproduisent inlassablement.