Deux jeunes journalistes haïtiens distingués dans le palmarès des 5 meilleurs jeunes reporters francophones

19 octobre 2026

Deux jeunes journalistes haïtiens distingués dans le palmarès des 5 meilleurs jeunes reporters francophones

Deux journalistes haïtiens distingués parmi les cinq lauréats du 9e Prix du Jeune Journaliste de la Francophonie en Haïti

Deux professionnelles des médias, ayant suivi leur formation et ayant exercé avec le soutien de certaines institutions, figurent parmi les cinq gagnants de la neuvième édition du Prix du Jeune Journaliste de la Francophonie (OIF) en Haïti.

Les résultats ont été dévoilés lors d’une cérémonie organisée le 15 octobre à Pétion-Ville. Ce concours mettait en avant les reportages portant sur les difficultés rencontrées par la jeunesse haïtienne face aux crises sécuritaire et humanitaire qui secouent le pays. La récompense convoitée de l’OIF fait son retour en Haïti après une interruption de trois ans, imputable à la détérioration de la situation sécuritaire.

Daniella Saint-Louis, une journaliste indépendante basée à Léogâne, a décroché la première place dans la catégorie journalisme écrit avec son reportage intitulé « Entre Balles et Rêves : Ces Jeunes Haïtiens Qui Refusent d’Abandonner Leur Avenir ». Murdith Joseph, une ancienne reporter salariée qui a quitté Port-au-Prince pour s’installer à Cap-Haïtien, s’est quant à elle classée seconde dans la catégorie radio avec son reportage « La Résistance des Femmes Face à la Violence à Delmas 89 », un récit sur la vie quotidienne des femmes en pleine insécurité dans la région capitale.

Âgée de 28 ans, Daniella Saint-Louis a entamé sa carrière journalistique en 2022 à « Gazette Haïti » et est devenue une collaboratrice régulière l’année suivante. Elle explique que l’encadrement éditorial reçu dans cette publication et les retours de ses collègues lui ont permis de développer ses compétences professionnelles.

« J’ai vécu une expérience vraiment enrichissante avec le Haitian Times, qui a largement contribué à cette réussite. »

 Daniella Saint-Louis

Elle aile également avoir écrit à l’équipe éditoriale pour exprimer qu’elle espère continuer à progresser et à affiner son talent, afin de faire avancer sa carrière.

Quant à Murdith Joseph, 35 ans, elle précise que cette distinction vient récompenser ses efforts de sept années pour renforcer la qualité de ses reportages. Après une tentative infructueuse lors d’une précédente édition, elle attribue son amélioration personnelle à son expérience au sein de « Haitian Times », qui lui a permis d’affiner sa rigueur et son sens du jugement.

« Les expériences acquises chez Haitian Times m’ont fourni davantage d’outils et m’ont permis d’atteindre un niveau de maturité que je ne possédais pas auparavant », confie-t-elle. « Ces expériences m’ont aidée à me concentrer sur l’essentiel du journalisme : la précision, la concision et la fiabilité de mes sources. »

Vania André, éditrice en chef et directrice de publication, a félicité les deux journalistes, soulignant que leur reconnaissance venait valoriser l’importance d’un journalisme rigoureux, exercé par des professionnels locaux.

« C’est particulièrement gratifiant de voir la contribution des reporters haïtiens, basés sur place, être reconnue à ce niveau. »

Elle a également évoqué le « Haiti Journalism Bootcamp », un programme lancé il y a cinq ans pour renforcer la responsabilité et la couverture communautaire, combler les lacunes journalistiques et soutenir l’écosystème médiatique en Haïti. Murdith Joseph a participé à cette première session, tandis que Daniella Saint-Louis continue de bénéficier d’un accompagnement individuel et d’un coaching professionnel personnalisé.

Le parcours de ces deux journalistes illustre les défis liés à la pratique du journalisme dans un contexte d’insécurité et de déplacement forcé. Joseph a dû quitter la capitale pour s’installer à Cap-Haïtien suite à l’aggravation de la violence armée, qui a bouleversé la vie et le travail à Port-au-Prince. De son côté, Saint-Louis a été également déplacée en 2023, puis a rejoint Léogâne où elle continue de couvrir l’actualité locale.

Cinq lauréats répartis dans trois catégories

L’Organisation Internationale de la Francophonie, basée à Paris, fédère 90 pays et territoires francophones à travers le monde, rassemblant quelque 396 millions de personnes. Lors de cette édition, elle a distingué cinq journalistes parmi 29 jeunes reporteurs issus des dix départements haïtiens.

En journalisme écrit, Lucnise Duquereste, représentant la région, a obtenu la deuxième place derrière Daniella Saint-Louis pour son reportage « Quitter les Groupes Armés : Le Chemin Difficile Vers la Vie Civile ». Il met en lumière les obstacles que rencontrent les jeunes Haïtiens cherchant à échapper aux groupes armés et à se réinsérer dans la société.

Ritchy Fortuné, également de la même région, a décroché la première place en radio avec son reportage « Le Paradoxe de la Réhabilitation des Enfants en Haïti ». Guerby Jean, de Radio Télé Métropole, s’est vu décerner le seul prix audiovisuel avec son documentaire « Que Vont Devenir les Groupes de Défense Civile ? », qui examine ces groupes face à la menace persistante de violence et d’insécurité.

Le président du jury, Jean Pharès Jérôme, a souligné que plusieurs autres soumissions audiovisuelles n’ont pas été à la hauteur des attentes des organisateurs. Il a encouragé davantage de participations pour les futures éditions, tout en proposant la création d’une catégorie distincte de photojournalisme afin de mieux valoriser le travail des photographes.

Les lauréats ont reçu des ressources et du matériel pour leur développement professionnel, ainsi que des stages à l’étranger pouvant durer jusqu’à un mois et demi. Parmi ceux-ci, des placements chez Radio France Internationale (RFI) pour Fortuné, Gabon 24 pour Joseph, TV5MONDE pour Jean, et dans la presse gabonaise pour Saint-Louis et Duquereste. Leurs œuvres primées seront également diffusées dans des médias partenaires locaux tels que Radio Kiskeya, Le Nouvelliste, et d’autres.

« Ces expériences m’ont permis de me concentrer sur l’essence même du journalisme : la précision, la concision et la fiabilité des sources. »

Murdith Joseph

Le jury comprenait des professionnels expérimentés issus des médias haïtiens et internationaux, des représentants de l’OIF, de l’Association des Journalistes Haïtiens (AJH), ainsi que des écrivains et anciens lauréats. Leur évaluation portait sur la qualité de l’écriture ou de la présentation, l’originalité, la pertinence par rapport au thème du concours, le respect des normes journalistiques fondamentales, et la force de l’angle de chaque reportage.

Ce concours, ouvert aux journalistes professionnels âgés de 18 à 35 ans résidant en Haïti, a connu huit éditions entre 2015 et 2022, avant que la crise sécuritaire ne force une interruption en 2023.

Emmanuel V. Adjovi, représentant régional de l’OIF pour la Caraïbe et l’Amérique Latine, a salué le retour du prix, soulignant que les candidatures témoignent « de l’espoir » que porte la profession pour l’avenir du journalisme et la contribution des reporters à la paix, à la démocratie et à la cohésion sociale en Haïti.

La compétition est organisée en partenariat avec le ministère haïtien de la Culture et de la Communication, la Direction Nationale du Livre, les ambassades du Canada et de France, l’Institut Français en Haïti, l’UNESCO, l’AJH, ainsi que des médias partenaires tant nationaux qu’internationaux.

La publication a été initialement publiée dans Kapzy News.

Naïla Saint-Fleur

Naïla Saint-Fleur

Je suis Naïla Saint-Fleur, journaliste pour Kapzy News et passionnée par les récits qui révèlent la complexité d’Haïti et de la Caraïbe. À travers mes articles, je cherche à donner du sens à l’actualité et à faire entendre les voix de celles et ceux qui construisent le pays au quotidien. L’écriture est pour moi un acte d’engagement et de transmission.