Une demandeur d’asile haïtienne retrouvée inconsciente à Pittsburgh peu de temps après sa libération
Une jeune femme haïtienne, qui venait de demander l’asile aux États-Unis, a été retrouvée inconsciente dans un abri-bus à Pittsburgh, quelques jours seulement après avoir été libérée de prison et placée sous surveillance électronique par l’Agence américaine pour l’immigration et la contrôle des douanes (ICE), ont confirmé les médias locaux, notamment WTAE, ce vendredi.
Le décès mystérieux de Daphy Michel
Daphy Michel, âgée de 31 ans, est décédée le 2 mars dernier. Selon la police de la Port Authority, c’est en effectuant une patrouille que les agents ont découvert la jeune femme dans un abri-bus. Des mesures de sauvetage ont immédiatement été tentées : réanimation cardio-pulmonaire (RCP), utilisation d’un défibrillateur automatique externe et administration de Narcan, un médicament contre les overdoses d’opioïdes. Malgré ces efforts, elle a été transportée dans un état critique à l’hôpital Presbyterian Hospital de l’UPMC, où elle a malheureusement succombé. Les médecins ont ultérieurement informé sa famille qu’elle avait subi un arrêt cardiaque, mais l’autopsie réalisée par le médecin légiste du comté d’Allegheny n’a pas encore dévoilé la cause officielle de son décès.
Les réactions de la famille et le contexte judiciaire
Le frère de la victime, Carlo Michel, a confié à WTAE avoir appris la triste nouvelle lorsqu’un hôpital l’a contacté, lui demandant s’il reconnaissait le nom de la défunte. Il a également précisé que Daphy Michel avait été retenue en détention près de six mois à la prison du comté de Washington, en Pennsylvanie, avec une caution fixée à 10 000 dollars.
Selon les documents judiciaires, une voisine avait signalé en septembre dernier que Michel présentait de graves épisodes de crise psychologique. Son audience préliminaire, prévue pour évaluer son état mental, avait été reportée sept fois, en attendant une évaluation psychiatrique officielle, selon le bureau du défenseur public du comté de Washington.
Le 26 février, deux accusations de harcèlement et de menaces à son encontre ont été rejetées par un juge, ce qui laissait espérer une prochaine libération. Toutefois, peu après, Carlo Michel raconte avoir vu sa sœur lors d’une apparition au tribunal, où il n’avait perçu aucune difficulté. “Je l’ai vue, elle allait bien”, a-t-il confié, parlant via un interprète lors d’un entretien avec Pittsburgh’s Action News 4. Mais c’est une simple conversation téléphonique, datée du 2 mars, qui lui a appris la mauvaise nouvelle : sa sœur était décédée.
Placement sous surveillance par l’ICE
Selon le bureau du défenseur public du comté de Washington, Daphy Michel était sous le coup d’un arrêté de maintien en détention par l’ICE, ce qui imposait qu’elle soit notifiée avant toute libération. L’agence de l’immigration confirme qu’elle a été traitée le 27 février au bureau des Opérations d’application et d’expulsion de Pittsburgh, et qu’elle a été inscrite au programme « Alternatives à la détention ».
Ce dispositif permet à certaines personnes en attente de leur procédure d’immigration de rester en liberté tout en étant sous supervision stricte, qui peut comprendre notamment le port d’un bracelet électronique à la cheville. Michel en portait un, ce qui a permis éventuellement de suivre ses mouvements à distance.
L’avocat spécialisé en immigration, Joseph Murphy, qui accompagne la famille, indique que le bracelet a probablement été installé par le biais du programme d’Observation Intensive sur Jane Street, à Pittsburgh. « Ce qui trouble tout le monde, c’est la période intermédiaire », explique-t-il. « Elle avait été informée que ses charges avaient été abandonnées, et qu’elle allait être libérée. Et puis, quatre jours plus tard, la famille apprend qu’elle est décédée. »
L’ICE affirme avoir reçu un signal d’alerte concernant une « effraction » du dispositif électronique de Michel, le 3 mars, indiquant que la sangle avait été retirée. À ce moment-là, son corps avait déjà été transféré à l’office du médecin légiste du comté d’Allegheny.
Les autorités n’ont pas encore expliqué ce qui s’est passé dans l’intervalle, ni où Michel serait allée après sa libération. Elle vivait à environ une heure de route du centre d’ICE où elle avait été traitée.
Une procédure d’immigration en cours
Daphy Michel était arrivée aux États-Unis via un point d’entrée officiel à Brownsville, au Texas, le 14 décembre 2022, après avoir obtenu une permission de séjour temporaire pour des raisons humanitaires, selon l’ICE. Son objectif était alors de demander l’asile politique.
Après son arrivée, elle a déposé une demande d’asile. La plateforme d’examen des cas d’immigration, l’Office exécutif pour la revue de l’immigration, a confirmé que Michel avait une audience programmée en Floride, le 16 avril, dans le cadre de sa procédure.
Son frère a expliqué que sa sœur était venue aux États-Unis dans l’espoir de reconstruire une vie plus sûre. « Elle est venue chercher une vie meilleure », a-t-il déclaré.
Une mort qui ravive les inquiétudes sur la détention par l’ICE
La disparition de Daphy Michel intervient dans un contexte de préoccupations grandissantes relatives à la mortalité dans les centres de détention et d’application des lois migratoires. Plus tôt ce mois-ci, Emmanuel Damas, un Haïtien de 56 ans, est décédé lors d’une détention à Florence, en Arizona, après qu’une infection dentaire, non traitée, a aggravé son état.
Damas était le troisième homme haïtien à mourir en garde à vue depuis avril 2025 dans des conditions similaires. Jean-Wilson Brutus, âgé de 41 ans, a perdu la vie en décembre 2025, peu de temps après son arrivée au centre de détention de Delaney Hall, à Newark, dans le New Jersey. Marie Ange Blaise, 44 ans, est décédée en avril 2025 au centre de transit de Broward, en Floride, dans des circonstances attribuées à une prise en charge médicale inappropriée.
L’ICE a enregistré 32 décès en détention au cours de l’année 2025, un record en plus de vingt ans.
Pour la famille de Daphy Michel, beaucoup de questions restent sans réponse quant à ce qui s’est réellement passé durant les jours qui ont précédé sa découverte inconsciente dans cet abri-bus de Pittsburgh. Les causes précises de sa mort, la chronologie de ses mouvements, et le contexte précis de sa détention restent encore à élucider.