Instabilité géopolitique récente en Cuba et au Venezuela : une nouvelle donne pour le tourisme dans les Caraïbes
Au cours des derniers mois, la situation géopolitique dans des pays comme Cuba et le Venezuela s’est nettement dégradée, provoquant une redéfinition des flux touristiques dans la région des Caraïbes. Cette instabilité a favorisé le développement de destinations perçues comme plus sûres et plus stables, comme la République Dominicaine et le Mexique, qui bénéficient désormais d’un regain d’intérêt accru de la part des voyageurs en quête de sécurité et de stabilité.
Une migration touristique vers la République Dominicaine et le Mexique
Selon Carlos Garrido, président de la Confédération espagnole des agences de voyages (CEAV), ces deux pays jouent aujourd’hui le rôle de véritables “refuges” pour les touristes, qui déplacent leur demande initiale vers des territoires plus rassurants. La demande redirigée entraîne une hausse des prix dans ces destinations, témoignant d’un engouement renforcé. Au Mexique, Toni Chaves, président de l’Association hôtelière de la Riviera Maya, indique que l’incertitude qui règne sur d’autres marchés caribéens a sans doute contribué à cette augmentation de l’afflux dans la région mexicaine. Toutefois, il nuance ces propos en évoquant une “migration marginale” dans une évolution plus large du secteur touristique.
Les facteurs favorisant la croissance en Riviera Maya
Toni Chaves souligne que cette évolution profite principalement aux destinations bénéficiant d’une meilleure connectivité aérienne, d’une stabilité opérationnelle, d’un positionnement perçu comme sûr, d’une offre hôtelière abondante, de prix compétitifs et de stratégies adaptées par les tour-opérateurs provenant des marchés sources. La Riviera Maya continue ainsi de rester très attractive dans ces domaines, consolidant sa position face à la concurrence régionale.
Une croissance remarquable en République Dominicaine
De leur côté, la République Dominicaine connaît également une phase de forte croissance touristique. L’année dernière, cette destination a accueilli 11,6 millions de visiteurs, un chiffre record qui marque une augmentation de 37,8 % par rapport à 2022. Ce succès confirme d’ailleurs son rang de l’un des pôles touristiques majeurs de la région, consolidant sa place parmi les destinations préférées des voyageurs.
Un déclin inquiétant pour Cuba
À l’inverse, Cuba poursuit sa descente aux enfers dans le secteur touristique. En 2025, le pays a enregistré seulement 1,8 million de touristes internationaux, un total historiquement faible qui n’avait pas été atteint depuis 2002. Ce chiffre décevant contraste fortement avec le pic de 4,7 millions de visiteurs enregistré en 2018. La situation est aggravée par les sanctions américaines imposées lors de la présidence de Donald Trump, mais également par la crise économique et énergétique que traverse l’île, ainsi que par une réduction de la connectivité aérienne.
Lors du salon touristique FITUR en janvier, le ministre cubain du Tourisme, Juan Carlos García, a attribué ces difficultés à l’embargo économique, commercial et financier américain. Par ailleurs, des dirigeants de la chaîne hôtelière Meliá Hotels International ont reconnu que, si ces dernières années ont déjà été difficiles pour l’industrie cubaine, l’accroissement de l’instabilité n’a pas aidé. Ces acteurs ont confirmé une redirection progressive des réservations vers le Mexique et la République Dominicaine, la capacité de Cuba à accueillir les touristes étant limitée en raison de cette situation.
La réduction de l’offre, la baisse de l’occupation et la difficulté à maintenir une attractivité stable ont profondément fragilisé le secteur touristique cubain.
Venezuela : une période particulièrement critique
Le Venezuela vit également une crise profonde dans son secteur touristique. En novembre dernier, la Federal Aviation Administration (FAA) a lancé un avis de prudence extrême concernant les vols sur le territoire vénézuélien et la zone sud des Caraïbes. Plusieurs compagnies aériennes internationales ont ainsi suspendu ou réduit leurs opérations dans la région, craignant pour leur sécurité et leurs coûts.
Selon César Gutiérrez, président de la Fédération espagnole des associations territoriales d’agences de voyages (Fetave), cette baisse d’activité ne s’explique pas uniquement par une moindre volonté des touristes de se rendre au Venezuela, mais surtout par des difficultés opérationnelles et une fragilité accrue des liaisons aériennes. Cette situation accentue la tendance régionale à privilégier des destinations plus stables et moins risquées.
Cette période trouble en Venezuela rappelle la nécessité pour le secteur touristique mondial de privilégier des zones dotées d’une infrastructure sécuritaire et d’un contexte géopolitique apaisé pour assurer leur développement durable, face à un contexte régional souvent marqué par l’incertitude.