Haiti et Jeffrey Epstein : un aperçu des liens révélés par des documents déclassifiés
Aucun représentant ou institution haïtienne n’est actuellement accusé d’actes répréhensibles à la lumière des documents rendus publics par le département de la Justice américaine en janvier. Toutefois, l’examen des documents déjà accessibles permet de mieux comprendre la manière dont Haiti s’est insérée dans le réseau philanthropique, les intérêts financiers et les manœuvres politiques entourant Jeffrey Epstein entre 2010 et 2016.
Le Département de la Justice a publié plus de trois millions de pages de documents, accompagnées de milliers de vidéos et d’images, témoignant d’un volume colossal qui nécessitera plusieurs mois pour être entièrement analysé.
Voici ce que l’on sait à propos de Jeffrey Epstein et ses liens avec Haïti.
Epstein a envisagé de partager son jet pour des vols humanitaires après le séisme de 2010
Dans les jours qui ont suivi le séisme dévastateur survenu en Haïti le 12 janvier 2010, le pilote en chef d’Epstein, Larry Visoski, a reçu une demande pour utiliser le jet Gulfstream appartenant à Epstein afin d’acheminer des fournitures médicales, des médecins et des infirmiers vers Haïti.
Epstein a d’abord répondu, « dites-lui que nous avons un problème mécanique », selon la correspondance. Les organisateurs ont insisté sur le fait qu’Epstein bénéficierait d’une couverture médiatique et d’une publicité pour sa participation.
Dans un autre échange concernant ces vols, il a écrit : « Je le ferai si nous pouvons protéger l’intérieur » de l’appareil. Son équipe a finalement coordonné avec les organisateurs pour obtenir des créneaux d’atterrissage et charger l’avion.
En mars 2010, Epstein a également reçu un courriel d’une organisation caritative, CARE, demandant si lui ou ses contacts pouvaient fournir un vol pour l’ancien président Bill Clinton, afin qu’il se rende en Haïti pour rencontrer son ancien homologue George W. Bush.
Les courriels ne précisent pas si ce voyage a eu lieu.
Epstein envisageait Haïti comme un lieu potentiel pour « garer son argent »

En 2011, Epstein a été invité à rencontrer le président haïtien de l’époque, Michel Martelly. Un courriel de juillet 2011 montre Epstein évoquant un éventuel court séjour à Port-au-Prince — un déplacement « PERSONNEL (sans subventions, sans BMGF) ».
Dans cet échange, Epstein décrit également le pays comme instable, écrivant qu’au vu de l’incertitude dans le secteur bancaire mondial, Haïti « pourrait bien être un endroit sûr pour garer de l’argent ».
Epstein considérait Martelly comme « hilarant, un réaliste », tout en préparant un voyage discrétionnaire
Dans le même échange de 2011 concernant une visite, Epstein décrit Martelly comme « hilarant » et « un réaliste ».
« Steve et moi (si nous faisons cela) ferons cela très discrètement », écrivait Epstein dans le courriel. Il encourageait la personne destinataire, dont le nom est censuré, à « nous rejoindre, discret comme il faut ».
Les courriels ne précisent pas si cette visite a effectivement eu lieu ou si des démarches financières ont été entreprises par la suite. Si ce déplacement s’est effectué « discrètement », il n’en reste aucune trace dans les documents publiques.
Epstein achète un billet à 5 000 € pour un gala de Sean Penn à Cannes, consacré à Haïti

En mai 2012, la porte-parole Peggy Siegal a sollicité Epstein afin qu’il achète pour elle un billet d’une valeur de 5 000 €, lui permettant d’assister au gala « Haiti : Carnival in Cannes », organisé par Sean Penn. La soirée caritative et la fête étaient prévues pour le 18 mai, dans la ville de la Côte d’Azur.
Siegal a expliqué que si Epstein lui achetait ce billet fiscalement déductible, elle pourrait en faire un compte-rendu pour la presse. Elle a promis d’écrire tout ce que Epstein souhaitait, selon le contenu des e-mails.
Epstein a accepté, et ses comptables ainsi que ses assistants ont orchestré un virement de 5 000 € via une structure appelée Enhanced Education, une organisation caritative apparemment créée pour améliorer son image. La correspondance comptable mentionne que 350 € du prix du billet n’étaient pas déductibles, et que le ticket comprenait nourriture, boissons et divertissement.
Une fondation Epstein associée à la construction de la « plus grande école » du pays
Une entreprise locale fournisseur de matériel scolaire a ensuite proposé de financer la construction de la nouvelle école. Ce message a été transféré à Cécile de Jongh, ancienne Première dame des Îles Vierges américaines, d’après les courriels.
Les documents analysés à ce jour ne permettent pas de connaître la situation finale du projet scolaire.
Participants à des levées de fonds pour Haïti après le tremblement de terre
Epstein figurait dans la liste de diffusion de la fondation Urban Zen de Donna Karan, qui a lancé une initiative intitulée « Hope Help & Rebuild Haiti » suite au séisme de 2010.
Les courriels montrent qu’il a reçu des invitations à des événements « Haiti in the Hamptons » ainsi que des sollicitations pour soutenir des campagnes de collecte de fonds, notamment en réponse à l’ouragan Matthew en 2016.
Cette correspondance démontre que Haïti est resté au cœur des réseaux philanthropiques de haut niveau, même plusieurs années après la catastrophe.
Une veille sur la situation politique et économique d’Haïti
En octobre 2012, Epstein a reçu un rapport intitulé « Insights Régionaux » de l’International Peace Institute, évoquant alors le Premier ministre Laurent Lamothe déclarant que Haïti était « ouvert aux affaires ».
Ce rapport soulignait que Haïti demeurait vulnérable à une instabilité politique persistante et nécessitait un renforcement continu des institutions garantissant la primauté du droit.
Les échanges de courriels ne montrent pas une implication directe dans des décisions politiques, mais ils montrent qu’Epstein suivait de près l’évolution géopolitique d’Haïti en lien avec ses activités philanthropiques et ses intérêts financiers.


