Une épidémie de choléra éclate après plus d’un siècle d’absence
Le 21 octobre 2010, le Laboratoire national de santé publique d’Haïti a officiellement confirmé la présence du choléra sur le territoire, marquant le début d’une épidémie qui allait coûter la vie à des milliers de personnes et se propager rapidement à travers le pays.
Un contexte marqué par une catastrophe préalable
Moins d’un an après le séisme dévastateur du 12 janvier 2010, ayant causé la mort de centaines de milliers de personnes et déplacé un grand nombre d’autres, cette nouvelle crise sanitaire est survenue dans un contexte déjà fragilisé. Les infrastructures d’eau potable et d’assainissement ayant été fortement endommagées, de nombreuses communautés se sont retrouvées vulnérables face à la propagation rapide du choléra. La catastrophe naturelle avait laissé des cicatrices profondes dans le tissu social et sanitaire du pays, rendant la lutte contre la maladie encore plus ardue.
Les premières alertes et la reconnaissance officielle
Deux jours avant l’annonce officielle, les autorités sanitaires avaient été alertées d’une hausse inhabituelle de cas de diarrhée sévère et de déshydratation dans les départements de l’Artibonite et du Centre. Les hôpitaux locaux rapportaient l’arrivée de patients présentant des symptômes compatibles avec ceux du choléra. Des analyses en laboratoire ont confirmé la présence de Vibrio cholerae O1, sérotype Ogawa, biotype El Tor, dans les échantillons recueillis. La Centers for Disease Control and Prevention (CDC) des États-Unis a confirmé l’identification de la bactérie, et l’annonce officielle de l’épidémie a été faite le 22 octobre 2010 par le ministère haïtien de la Santé publique et de la Population.
Le lien avec la présence des Casques bleus népalais
Des investigations approfondies ont rapidement permis d’établir un lien entre l’épidémie et la présence de Casques bleus népalais déployés dans une base près de Mirebalais, le long de la rivière Artibonite. Il a été découvert que des eaux usées contaminées par Vibrio cholerae, issues du camp des soldats, s’étaient infiltrées dans la rivière, qui constitue une source d’eau essentielle pour des centaines de milliers d’habitants. En 2016, les Nations Unies ont reconnu leur rôle dans l’introduction de cette maladie en Haïti, un épisode qui allait durablement marquer l’histoire sanitaire du pays.
Une propagation rapide d’une maladie jusqu’alors inconnue en Haïti
Le choléra n’avait pas été observé en tant qu’épidémie en Haïti depuis plus d’un siècle. La population avait peu ou pas d’immunité face à cette maladie. La transmission s’effectue via de l’eau ou des aliments contaminés par des matières fécales infectées, provoquant des symptômes tels qu’une diarrhée sévère pouvant entraîner une déshydratation extrême et, en l’absence de traitement rapide, le décès.
Une contamination initiale en Artibonite et la montée en puissance de l’épidémie
L’épidémie a débuté dans la région de l’Artibonite, où bon nombre des premiers patients vivaient ou travaillaient à proximité de la rivière du même nom. Des enquêtes ont révélé que certains avaient bu de l’eau de rivière ou de canaux non traitée avant de tomber malades. Le manque d’accès à des installations sanitaires adéquates, ainsi qu’à une eau potable sûre, a considérablement compliqué la lutte contre la maladie dans ces communautés vulnérables.
L’expansion de l’épidémie s’est accélérée rapidement. Dès le 27 octobre, les autorités sanitaires haïtiennes ont rapporté 4 722 cas avec symptômes apparus la semaine précédente, dont 303 décès. La majorité des cas concernaient la région de l’Artibonite, mais des cas avaient également été détectés dans le département de l’Ouest, qui comprend la capitale Port-au-Prince.
Une crise sanitaire durable
Au 3 décembre 2010, le ministère de la Santé publique et de la Population avait recensé près de 91 770 cas confirmés et 2 071 décès à travers tout le pays, y compris Port-au-Prince et les dix départements. Selon le CDC, plus de 43 000 patients avaient été hospitalisés.
L’épidémie a mis en lumière les faiblesses structurelles de l’infrastructure d’approvisionnement en eau et d’assainissement d’Haïti, tout en révélant la difficulté d’accorder des soins médicaux d’urgence à des populations vulnérables. Elle a aussi souligné l’importance d’une détection précoce, de traitements rapides et d’investissements soutenus dans l’eau potable et l’assainissement pour prévenir de futures crises sanitaires.
La confirmation du laboratoire, le 21 octobre 2010, reste une étape clé dans l’histoire sanitaire d’Haïti. Elle marque le début d’une épidémie qui a profondément marqué la vie des familles et des communautés haïtiennes durant de longues années, laissant des cicatrices durables dans le tissu social du pays.