Wonder Man de Marvel : une nouvelle interprétation de l’origine du héros
La série Marvel « Wonder Man » a revisité l’histoire et le contexte culturel du super-héros. Dans cette nouvelle version, le héros, incarné par Yahya Abdul-Mateen II, est présenté comme étant le fils d’immigrés haïtiens. Il doit naviguer entre ses superpouvoirs et son identité culturelle, offrant une perspective renouvelée sur ce personnage emblématique.
Jean Elie : un regard depuis l’intérieur de la culture haïtienne
Jean Elie, acteur, conseiller créatif et créateur, est connu pour avoir joué le frère d’Issa Rae dans la série « Insecure » et pour avoir créé la série « Send Help ». Plus récemment, il a également apporté son expertise en tant que conseiller culturel haïtien pour la série Marvel « Wonder Man ». Cette série de huit épisodes a été diffusée sur Disney+ à partir du 27 janvier dernier.
Jean Elie : « Il s’agit d’accès et d’authenticité »
« Il s’agit d’accès. Il faut pouvoir trouver des personnes capables de porter ce flambeau et de faire le travail. C’est ma première expérience en tant que conseiller culturel. C’est une démarche où quelqu’un doit être sollicité et où la production doit prendre la question de l’authenticité très au sérieux. Marvel a fait un travail remarquable en choisissant de faire de ce personnage un héros haïtien, en sollicitant des soutiens et des créatifs capables de réécrire des dialogues, parler le dialecte, utiliser la langue et représenter la culture vécue », explique Jean Elie.
La narration et l’authenticité culturelle dans la série
« Lors d’autres interviews, j’ai évoqué le fait que le métier d’acteur consiste à se glisser dans la peau d’autrui », poursuit-il. « La série « Wonder Man » bénéficie d’un casting multiculturel, ce qui est une force. En tant que conseiller culturel, j’ai veillé à refléter la réalité haïtienne pour donner de la profondeur et de la crédibilité à la représentation. »
Les dynamiques familiales et la parole en créole
« Je trouve essentiel de rendre compte des dynamiques familiales, car elles sont souvent mal représentées ou simplifiées dans les médias. Par exemple, dans cette série, j’ai insisté pour que certaines scènes, comme celle où la mère vérifie constamment l’aîné, soient le reflet de la réalité haïtienne. Lors d’une scène à la cuisine où Simon, Trevor et Eric se disputent, je leur ai conseillé d’utiliser à la fois l’anglais et le créole, car chez nous, on n’a pas tendance à parler ouvertement devant tout le monde. La scène a ainsi été construite pour illustrer cette particularité linguistique et culturelle », indique Jean Elie.
« Lorsque les scénaristes ont demandé quels autres personnages haïtiens pourraient apparaître, j’ai pu leur recommander des personnes que je connaissais. Cela a permis d’intégrer des figures authentiques et de faire parler le créole dans la série, renforçant ainsi la crédibilité ».
Accompagner les acteurs dans leur représentation culturelle
« Avec les acteurs, le travail a consisté à leur expliquer le contexte et la façon dont nous vivons, pour que leurs performances ne soient pas simplement mimées, mais incarnées. Je leur ai fait écouté des échanges en créole et en anglais, notamment à travers ma tante qui parle les deux langues, afin qu’ils saisissent mieux la texture et l’intonation naturelles », confie-t-il.
Comment rendre compte du quotidien haïtien à l’écran
« La localisation, la décoration de la maison, tout cela traduit l’ambiance typique haïtienne », explique Jean Elie. « Les Haïtiens ont tendance à accumuler des objets, à ne rien jeter, ce qui peut parfois créer un désordre organisé. La cuisine doit montrer cette organisation chaotique, avec des casseroles, des fruits, le fameux cafetière en argent, et la nourriture, notamment les marinades et autres plats traditionnels. »
Une anecdote drôle pour illustrer la culture haïtienne
« En parlant de souvenirs amusants, j’en ai un quand j’étais au collège. Mon cousin m’avait offert des Nike, mais sinon, je portais des K-Swiss ou des chaussures en faux cuir. Un jour, lors d’un jeu de cache-cache, je me suis caché dans une armoire. En l’ouvrant, j’ai trouvé mes sneakers. Quand j’ai demandé à ma mère si je pouvais les porter, elle m’a répondu : “Ou pa itilize l”, c’est-à-dire “Tu ne peux pas l’utiliser”. »
L’importance de cette réinterprétation pour Marvel et la représentation haïtienne
« Il faudrait demander à Andrew Guest, Yahya Abdul-Mateen II, ou encore Kyra — qui a travaillé dans la salle des scénaristes — pourquoi ils ont choisi ce parcours. D’après ce que j’en comprends, leur ambition était de mettre en lumière la diaspora noire, en explorant notamment la Caraïbe, pour finir par s’appuyer sur l’histoire d’Haiti », souligne Jean Elie.
« Mettre en scène la vie quotidienne d’une famille haïtienne authentique est crucial. Parce que, souvent, ce que l’on voit à l’écran, ce sont soit des représentations du Vodou, soit des images religieuses en contexte d’église, mais on ne montre pas la dynamique familiale dans toute sa diversité. Mettre en avant cette réalité permet de normaliser ces familles, de rendre leur vie quotidienne plus universelle, et ainsi de rapprocher les spectateurs de cette culture », insiste-t-il. « Si les gens ne se retrouvent qu’à travers des clichés ou des stéréotypes, cela crée une barrière à l’engagement. En montrant une famille ordinaire, on favorise la compréhension, l’intérêt, et on incite davantage à soutenir cette culture. Lorsque la culture est reliée à une narration authentique, les spectateurs sont plus enclins à s’investir et à vouloir en savoir plus », ajoute-t-il.
La nécessité d’une représentation fidèle de la culture haïtienne
« Il est essentiel que des figures publiques comme Yahya Abdul-Mateen II et la plateforme Marvel donnent à voir cette facette méconnue de la culture haïtienne. La représentation de la vie de famille en Haiti est encore largement évitée ou stéréotypée dans les médias. Montrer un quotidien normal et authentique, c’est aussi lutter contre ces idées reçues et enrichir la diversité des images véhiculées », affirme Jean Elie.
Les parallèles entre Wonder Man et la culture haïtienne
« Je retrouve dans Wonder Man plusieurs traits caractéristiques de la culture haïtienne », explique Jean Elie. « Ses capacités, comme celle de capter l’énergie intérieure et de devenir invulnérable, rappellent la résilience. Son obstination et sa volonté de réussir malgré les difficultés sont aussi des traits que nous partageons. C’est cette capacité de se relever, de faire face, qui fait partie de l’âme haïtienne. »
Ce que Jean Elie souhaite transmettre aux spectateurs
« Je souhaite que le public se retrouve dans cette série. Je veux qu’il comprenne les défis liés à la quête personnelle, à l’expression artistique, et la nuance culturelle haïtienne à l’écran. Mon rêve serait que, lorsqu’un autre projet voir le jour, les spectateurs puissent dire : “J’aime cette façon de représenter la famille, il faut en faire davantage” », indique-t-il.
Le conseiller cultural espère que son rôle ouvrira la voie à d’autres adaptations, comme celle de « Brother Voodoo », un personnage Marvel qui retourne en Haïti pour puiser dans la puissance de son frère disparu. Il insiste sur l’importance que sa démarche reste fidèle à ses racines et à sa vision. « Lorsqu’on travaille sur ses propres projets, il faut y intégrer sa culture. Cela permet aux gens de voir que l’on maîtrise son sujet et que l’on parle avec authenticité », conclut-il.