Cap-Haïtien : Le retour officiel de Michel Saint-Croix à la tête de la ville
Le maire sortant Michel Saint-Croix a officiellement repris ses fonctions à la tête de Cap-Haïtien vendredi dernier. Son retour intervient dans un contexte marqué par une dégradation notable de la gestion urbaine, avec des problèmes croissants en matière de salubrité, une infrastructure en détérioration et une population de plus en plus frustrée par ses conditions de vie dans la seconde ville du pays.
Ce chef d’entreprise et fondateur de l’école de formation Rescue Training School (EFOSA) pilote désormais une commission municipale provisoire composée de trois membres. Elle est constituée de lui-même, de l’infirmière Edline Jean et du juriste et militant Micardo Vréus. Cette nouvelle équipe remplace la commission précédente, dirigée par Angeline « Angie » Bell, dont le mandat de moins de neuf mois a été marqué par une montée des critiques concernant l’accumulation des déchets, les risques d’inondation et l’état dégradé des routes dans la ville du Nord.
“Les défis sont immenses, mais plusieurs mains allègent la charge”, a déclaré Michel Saint-Croix lors de son discours inaugural. Il a insisté sur la nécessité de l’unité en affirmant : “Si je vous disais que je vais résoudre seul les problèmes de Cap-Haïtien, ce serait un mensonge. Mais ensemble, nous pouvons surmonter ces défis.” Son appel à la collaboration et à l’unité a été entendu lors de la cérémonie de prise de fonctions, un événement discret mais chargé d’attente, qui a eu lieu au Tribunal de Première Instance du centre-ville, suivi d’une inauguration à l’hôtel de ville en présence d’administrateurs locaux, de représentants du gouvernement central et de quelques résidents.

Un contexte de crise persistante et une frustration croissante
Depuis plusieurs années, les habitants de Cap-Haïtien dénoncent l’accumulation incessante des déchets, qui obstruent les canaux d’évacuation, les ravines et les principales voiries, notamment dans les quartiers les plus bas, vulnérables aux inondations lors de la saison des pluies. La dégradation environnementale a entraîné des journées de protestation fin avril, durant lesquelles des résidents ont bloqué des routes pour exiger que le gouvernement intervienne pour faire face à la crise sanitaire et environnementale. Ces manifestants reprochent à la municipalité de faire défaut dans la gestion des déchets et de ne pas empêcher la dégradation de l’environnement, alors que la population continue de croître rapidement.
En réponse à ces protestations, une délégation interministérielle comprenant des représentants des ministères des Travaux publics, de l’Environnement, de l’Intérieur et des Collectivités territoriales s’est rendue à Cap-Haïtien plus tôt ce mois-ci pour faire une évaluation de la situation. La visite a conduit au licenciement d’Angeline Bell, la précédente maire.
Alors que la désinformation, le manque de ressources et l’augmentation des attentes compliquent la tâche de la nouvelle maire, Angie Bell, elle s’efforce de redonner un peu de dignité à une ville meurtrie, tout en découvrant la politique en temps réel.
Les autorités municipales avaient déjà collaboré avec Pro Public SAM, l’entreprise locale en charge d’un projet de gestion des déchets de 34,8 millions de dollars financé par la Banque interaméricaine de développement (BID), ainsi qu’avec la société dominicaine Cilpen Global. Mais malgré ces efforts, la gestion des déchets reste défaillante face aux limites de l’infrastructure de la ville.
Les bassins de drainage obstrués et les routes détériorées alimentent les inquiétudes concernant les risques d’inondation et la santé publique, particulièrement à l’approche de la saison cyclonique dans l’Atlantique.
Lors de la cérémonie d’inauguration, le délégué départemental du Nord, Marc N. Présumé, a souligné l’urgence de la situation et appelé la nouvelle commission à privilégier des résultats concrets plutôt que les discours politiques.
“Cap-Haïtien ne manque pas de rhétorique, mais de résultats visibles”, a-t-il lancé.
Il a mis en évidence des zones particulièrement vulnérables, telles que le Mont Pica voisin, la ravine Couleuvre à Vertières, ainsi que de grands bassins versants nécessitant une intervention urgente pour limiter les inondations et améliorer la gestion des déchets.

Michel Saint-Croix, quant à lui, a reconnu l’ampleur des défis et promis une approche pragmatique axée sur la réorganisation et la relance de la ville. “On m’a appelé, et je suis ici”, a-t-il affirmé. La nouvelle commission a identifié comme priorités la gestion des bassins versants, la réhabilitation des routes, ainsi que des mesures pour réduire le désordre au centre-ville. Saint-Croît a aussi promis de dégager les trottoirs encombrés par les vendeurs ambulants, de réorganiser le stationnement dans le centre-ville, de créer des zones pour les véhicules saisis et de mettre en place des équipes de surveillance contre l’abandon illégal des déchets.
“Si je vous disais que je vais résoudre seul les problèmes de Cap-Haïtien, ce serait un mensonge. Mais ensemble, nous pouvons relever le défi.”
Michel Saint-Croix, le nouveau maire de Cap-Haïtien
La commission envisage également de réhabiliter des routes reliant Madeline et Morne-Rouge au centre-ville de Cap-Haïtien. Saint-Croix a salué la démarche de son prédécesseur Patrick Almonor, le qualifiant d’administrateur expérimenté qui continuera à appuyer le fonctionnement municipal durant la transition.
Cette changement de gouvernance s’inscrit dans un contexte où l’ensemble des municipalités haïtiennes doit faire face à la pression croissante des habitants, lassés par le délabrement des services publics, la faiblesse des infrastructures et la pénurie de ressources financières.
Pour Cap-Haïtien, considéré comme un centre économique, touristique et historique majeur dans le Nord, cette nouvelle équipe pourrait avoir des répercussions plus larges sur la stabilité et le développement régionaux.
13 juin 2026