Assurance santé en 2027 : comment les nouvelles options de l’ACA pourraient impacter les immigrants et autres bénéficiaires

28 octobre 2026

Assurance santé en 2027 : comment les nouvelles options de l'ACA pourraient impacter les immigrants et autres bénéficiaires

Ce qui attend les consommateurs lors de la nouvelle période d’inscription à l’assurance santé en 2027

Dès le lancement de la période d’inscription ouverte pour l’année 2027, les personnes souhaitant bénéficier d’une couverture santé via la loi sur les soins abordables (Affordable Care Act, ACA) vont observer plusieurs changements importants, tant en termes de montants que de procédures. Ces modifications comprennent une hausse potentielle des primes, des contrôles d’identité renforcés, des délais possibles dans le processus de collaboration avec un intermédiaire ou courtier, ainsi que de nouvelles restrictions concernant l’éligibilité à des subventions pour certains profils d’immigrants.

Il est donc essentiel pour les futurs assurés de bien planifier leurs démarches. La période d’inscription ouverte commence généralement le 1er novembre dans la majorité des États, à l’exception de quelques-uns comme l’Idaho, le Connecticut ou le Massachusetts, où elle débute plus tôt. D’autres États commencent déjà à permettre ce que l’on appelle le « window shopping » : une vérification préalable des différentes offres de primes pour se faire une idée des tarifs proposés.

Une baisse persistante du nombre total d’inscrits est anticipée, principalement en raison de la fin des subventions améliorées à la fin de 2025. Selon les experts en politiques publiques, cette disparition de subventions a conduit à ce que des millions de personnes abandonnent ou perdent leur couverture dès le début de cette année. Toutefois, ce recul est aussi perçu par l’administration Trump—qui met en avant cet aspect comme une victoire—comme le résultat de ses efforts pour réduire la fraude, notamment par la suspension en août de 760 000 polices d’assurance suspectées d’avoir été souscrites de manière frauduleuse. Quelques-uns de ces assurés ont cependant retrouvé une couverture depuis.

Préparez votre pièce d’identité

L’un des changements majeurs concerne le renforcement des contrôles tant pour les consommateurs que pour les agents et courtiers. Ces nouvelles mesures visent à lutter contre la fraude et les inscriptions frauduleuses, ce qui pourrait entraîner des délais supplémentaires lors du processus d’inscription.

Selon une fiche explicative des Centers for Medicare & Medicaid Services (CMS), ces nouvelles règles concernent uniquement les personnes utilisant un agent ou un courtier pour leur assistance sur la plateforme fédérale, qui couvre 29 États. Elles ne s’appliquent pas aux échanges d’assurance gérés par des États, généralement plus efficaces dans la prévention des fraudes.

À partir de cette année, tous les consommateurs recourant à un agent devront ainsi recevoir un code ou un lien de confirmation unique, valable une seule fois, pour autoriser cet agent à s’occuper de leur dossier ou à effectuer des modifications. Ce code, envoyé par SMS, par email ou par une opération automatisée via un téléphone, sera indispensable pour authentifier leur identité. Si les contacts du client sont incorrects ou obsolètes, celui-ci devra contacter directement la plateforme fédérale ou faire sa mise à jour en ligne.

De plus, les personnes et assurés identifiés comme à risque élevé doivent prouver leur identité avant de confier leur dossier à un agent. Selon CMS, les profils « à risque élevé » incluent principalement les demandeurs novices ou ceux ayant déjà une couverture existante avec des modifications de situation (par exemple, changement d’État), ainsi que ceux collaborant avec un nouvel agent ou dont la prime mensuelle ne dépasse pas 30 dollars.

Joshua Brooker, responsable d’une agence d’assurance en Pennsylvanie, explique que CMS cible en particulier ces groupes par crainte que des fraudeurs ou des agents peu scrupuleux tentent d’usurper leur identité ou de s’en prendre à eux par d’autres moyens. La limite de 30 dollars par mois serait notamment liée au fait que des plans à faible ou zéro prime mensuelle sont plus faciles à exploiter pour des arnaqueurs, qui peuvent, par exemple, payer eux-mêmes cette petite somme pour simuler une souscription légitime, tout en continuant à percevoir la commission.

Ces nouvelles règles, toutefois, inquiètent Brooker qui pense que jusqu’à 20% des clients pourraient être contraints de faire des vérifications supplémentaires de leur identité, ce qui pourrait dissuader certains de poursuivre leur démarche d’assurance.

Les assurés à risque doivent également prouver leur identité par le biais d’un tiers agréé par CMS, comme une agence de crédit, par exemple Experian. Cette étape consiste généralement à répondre à des questions que seul le véritable titulaire du dossier peut connaître. En cas d’échec, les personnes concernées peuvent être invitées à contacter directement Experian ou à créer un compte sur healthcare.gov, où elles devront charger une pièce d’identité officielle, comme un permis de conduire, un passeport, ou des documents d’immigration.

Stacey Pogue, spécialiste en politique de santé à l’université de Georgetown, souligne que ces modifications, tout en visant à réduire les inscriptions frauduleuses, risquent également d’engendrer des obstacles supplémentaires pour de nombreux citoyens, certains pouvant abandonner leur projet d’assurance par frustration ou par difficulté à fournir leurs justificatifs.

Moins d’agents, plus de difficultés pour certains

En septembre dernier, CMS a publié une règle établissant un moratoire sur la mise en place de nouveaux agents ou courtiers souhaitant proposer une couverture dans le cadre de l’ACA pour la saison 2027. Aucun agent non enregistré en 2026 ne pourra aider à l’inscription jusqu’au minimum février, soit après la fin officielle de la période d’inscription cette année.

Ce coup porté aux nouveaux agents est motivé par le constat que la majorité des infractions relevées en 2026 provenaient de personnels récemment inscrits, qui n’avaient pas toujours respecté la réglementation. L’agence a également dissous plusieurs centaines d’agents ou courtiers non conformes cette année.

Jason Fine, qui dirige une agence en Floride, estime que ce dispositif, bien qu’admissible en théorie, risque de compliquer la tâche des petits courtiers, surtout durant la période où ils recrutent pour la prochaine saison. En effet, ces agences ont souvent tendance à réduire leur personnel à la fin de la saison d’inscription, pour le renforcer ensuite juste avant la saison suivante. Fine comptait élargir son équipe pour engager jusqu’à 10 nouveaux agents, mais on lui a indiqué qu’il sera difficile de trouver des candidats enregistrés en 2026 encore disponibles.

Il pense que cette mesure pourrait favoriser involontairement les grands centres d’appels, qui disposent de moyens plus importants pour continuer à faire du marketing même en dehors de la saison régulière, et qui emploient souvent un personnel plus nombreux.

« Ils peuvent se permettre de maintenir une équipe de 25 ou 40 employés toute l’année », confie-t-il.

Les associations représentant les courtiers en assurances sont très mécontentes de cette directive. La National Association of Benefits and Insurance Professionals a ainsi intenté une action en justice dès le 15 octobre contre le moratoire, estimant qu’il pénalise injustement 19 000 agents souhaitant vendre des plans ACA pour l’année prochaine.

Ronnell Nolan, président de Health Agents for America, précise que « le fait d’être nouveau ne signifie pas forcément que l’on soit frauduleux ». Il annonce également avoir déposé, le 21 octobre, une requête pour obtenir une injonction provisoire. Selon lui, ces mesures empêchent de nombreux agents formés et ayant investi des milliers d’euros dans leur formation de poursuivre leur activité.

Une recommandation essentielle à retenir pour les consommateurs, souligne Stacey Pogue : ne pas attendre la dernière minute pour prendre rendez-vous ou faire les démarches. « Si vous faites appel à un agent ou un courtier, il vaut mieux s’y prendre rapidement, car les créneaux risquent de se remplir vite avec moins d’intermédiaires disponibles. Je conseille donc d’anticiper. »

Les coûts, un défi persistant

Cette année, après l’expiration des subventions renforcées, la majorité des personnes assurées par la loi sur les soins abordables ont vu leur prime augmenter. Les plus hauts revenus ont vu la totalité de leurs subventions disparaître. Avec une hausse moyenne des primes de plus de 26% l’an dernier, ces augmentations ont été particulièrement sensibles, alimentant la crainte que les assurés en bonne santé se retirent du marché, ce qui pourrait faire augmenter encore davantage les coûts pour tous.

Malgré tout, la majorité des futurs assurés pour 2027 continueront d’obtenir une aide financière, même si son montant sera moindre qu’avant : les subventions seront désormais moins généreuses, car elles sont calquées sur le coût des plans de référence, c’est-à-dire le deuxième tarif le moins cher en plan « silver » dans leur région.

Ce mécanisme vise à diminuer l’impact des hausses de primes. La tendance reste à des coûts plus élevés : en 2026, la hausse moyenne était de 26%, un record depuis plusieurs années. Elle s’explique par plusieurs facteurs, notamment la crainte des assureurs que la fin des subventions n’incite les plus sains à quitter le marché, ainsi que par la croissance globale des coûts médicaux, l’inflation et la pénurie de professionnels de santé.

Pour l’année à venir, ces dynamiques persistent, avec des estimations plaçant la hausse des primes à deux chiffres, autour de 15%, ce qui reste supérieur aux années précédentes mais légèrement inférieur à l’année dernière.

Les subventions restent limitées aux ménages dont les revenus ne dépassent pas quatrièmement le seuil de pauvreté fédéral. En 2027, ce plafond est fixé à 63 840 € pour une personne seule, 86 560 € pour un couple, et 109 280 € pour une famille de trois. Au-delà, il n’y a plus aucune aide financière.

Selon Anne Petry, propriétaire d’une agence d’assurance dans l’Illinois, « la principale difficulté sera la question de l’accessibilité financière ». Elle prévient qu’un point de rupture pourrait arriver pour de nombreux assurés, incapables de faire face à l’augmentation de leurs dépenses de santé.

Les professionnels recommandent également de ne pas simplement renouveler automatiquement son contrat, mais de comparer attentivement les nouvelles offres en ligne. En effet, il peut exister des plans plus avantageux chez d’autres fournisseurs, avec des coûts d’avance, des franchises ou des co-paiements moins élevés. Plusieurs assureurs, notamment Cigna, ont choisi de réduire ou supprimer leur présence dans certaines régions sous l’effet de la volonté de rationaliser leur offre.

Louise Norris insiste : « Si vous restez passif en laissant votre contrat se renouveler automatiquement, vous risquez de passer à côté d’opportunités mieux adaptées à votre situation. Il est également important de vérifier que le plafond des dépenses personnelles (out-of-pocket maximums) n’augmente pas trop. »

Ce plafond, qui limite la somme maximale à payer par l’assuré avant que la couverture ne prenne en charge le reste des coûts, était de 10 600 € pour un seul en 2026, et de 21 200 € pour une famille. En 2027, cette limite sera augmentée de 13%, atteignant 12 000 € pour un individu et 24 000 € pour une famille. Les plafonds plus bas restent accessibles pour les ménages dont les revenus se situent jusqu’à 2,5 fois le seuil de pauvreté.

Enfin, la loi appelée « One Big Beautiful Bill Act » votée par le Congrès l’année dernière a également supprimé l’éligibilité à certaines subventions pour un grand nombre d’immigrants en situation régulière, notamment ceux détentrices de visas temporaires H-1B, réfugiés, demandeurs d’asile, personnes bénéficiant du statut de protection temporaire ou en attente de leur green card. Seuls trois groupes d’immigrants peuvent encore bénéficier de ces subventions : les titulaires de la carte verte (carte de résident permanent), certains Cubains et Haïtiens, ainsi que les citoyens de Micronésie, des Îles Marshall ou de Palau.

Naïla Saint-Fleur

Naïla Saint-Fleur

Je suis Naïla Saint-Fleur, journaliste pour Kapzy News et passionnée par les récits qui révèlent la complexité d’Haïti et de la Caraïbe. À travers mes articles, je cherche à donner du sens à l’actualité et à faire entendre les voix de celles et ceux qui construisent le pays au quotidien. L’écriture est pour moi un acte d’engagement et de transmission.