Une héritière engagée : Savannah Savary annonce sa candidature à la présidence d’Haïti
Savannah Savary, héritière de deux entreprises traditionnelles produisant du sucre de canne et dont les activités couvrent divers secteurs de l’économie, du social et de la culture en Haïti, déclare vouloir briguer la présidence du pays. Elle est actuellement en pourparlers avec un parti politique pour officialiser sa candidature.
Née de mère libanaise et de père haïtien aux racines rurales à La Chapelle, Savary possède des entreprises dans la vente d’alcool et dans l’immobilier. À 61 ans, elle affirme avoir été active en tant qu’« économiste, entrepreneure, organisatrice sociale, intellectuelle publique, écrivaine, artiste visuelle et productrice de médias » au fil des années.
Son entrée dans la vie politique s’inscrit dans la continuité d’un engagement pour Haïti qu’elle a débuté il y a 17 ans, explique-t-elle. Si elle est élue, cette nationaliste autoproclamée promet de donner la priorité à la reconquête du contrôle du pays face aux gangs et à la réforme des institutions afin qu’elles puissent réellement servir la population.
« Je ne ferai jamais de compromis sur la souveraineté d’Haïti et l’intégrité de son peuple », a-t-elle déclaré lors d’un entretien téléphonique exclusif le 16 octobre.
Mais avant tout, elle doit s’inscrire avant la date limite du 31 octobre, puis obtenir l’aval en tant que candidate à l’élection, dont la date provisoire est fixée au 13 décembre. Si son inscription est validée, Savary rejoindra une liste de candidats, qui comporte principalement des hommes aux profils parfois controversés, y compris l’ancien président Michel Martelly.
Avec un délai aussi serré et la date approchant, Savary, à l’image de nombreux autres potentiels candidats, doit naviguer dans un processus complexe mis en place par le Conseil Électoral Provisoire (CEP). Ce dernier exige l’enregistrement d’un parti ou d’une coalition – il en existe 105 – pour présenter des candidatures, même si les règles et le calendrier évoluent en permanence.
Qui est Savannah Savary ?

Originaire de Port-au-Prince, Savannah a grandi comme fille unique de Philippe Savary, entrepreneur agricole et sénateur, et Soad Chamy Savary, commerçante en arts de la table et textiles d’origine libanaise, qui tenaient boutique depuis leur résidence dans le centre-ville.
Son père fut membre du mouvement Les Cinq Glorieuses, lancé en 1946, qui soutenait fermement son cousin, Léon Dumarsais Estimé, futur président. En effet, Philippe Savary s’est porté candidat au Sénat cette même année pour représenter le département de l’Ouest.
Depuis cette période, Savannah a beaucoup appris sur l’histoire et la politique haïtienne, un contexte qu’elle a côtoyé dès son enfance au cœur du tissu économique et politique du pays.
Pour ses études, elle a fréquenté le Collège Marie-Anne, école catholique réservée aux filles située à Bourdon, une banlieue de Port-au-Prince, puis a poursuivi à la Faculté de Droit et d’Économie (FDSE) de l’Université d’État d’Haïti, où elle a obtenu sa licence en 1990.

À la suite du décès de ses parents, Savannah a hérité de deux entreprises majeures. La première, la Distillerie 1928, située à Saint-Michel-de-l’Attalaye, produit chaque mois plus de 150 barils de rhum et de sirop de canne. La seconde, l’Habitation Robert, est la première plantation de canne à sucre dans la plaine du Cul-de-Sac, dans l’Ouest, théâtre de la bataille de Sibert, un affrontement clé entre Henri Christophe et André Pétion après l’indépendance.
Ces deux activités emploient plus de 100 personnes et collaborent avec de nombreux entrepreneurs locaux, précise-t-elle. Elle préfère cependant ne pas divulguer de détails financiers, craignant d’être la cible de représailles.
Au-delà de ses activités économiques, Savary s’est aussi forgée une réputation dans les médias, notamment à la télévision et dans la presse écrite. Entre 2009 et 2026, elle a écrit plus de 300 articles abordant des thèmes liés à l’environnement, la société, la culture et la politique. Aujourd’hui, elle rassemble une communauté de plus de 120 000 abonnés sur les réseaux sociaux.
Mère de quatre enfants et grand-mère de deux, Savannah, deux fois divorcée, défend également diverses causes sociales : développement communautaire, autonomisation des femmes et plaidoyer pour la sauvegarde de la culture vodou. Elle dirige la Fondation Savary pour Haïti, une organisation philanthropique qu’elle affirme soutenir principalement les femmes en zones rurales, et a créé une fédération de femmes communautaires à Pignon, dans le nord du pays.

Elle a adopté le vodou comme une composante de son identité et s’efforce de tisser des liens avec la population haïtienne lors de ses nombreux voyages et dans ses médias. Sur Radio Télé Éclair et YouTube, elle anime plusieurs émissions, notamment et Ayiti Leve Kanpe, qui signifie « Le peuple » et « Haïti debout » en créole haïtien.
« Je suis engagée aux côtés des populations marginalisées des zones rurales du pays, en leur offrant la possibilité de croire en elles et en leur capacité à devenir autonomes financièrement », souligne-t-elle.
« Je connais le pays dans ses moindres détails — ses blessures, ses résistances et sa dignité que je porte profondément en moi. Je suis à 100 % haïtienne, c’est tout ce que je suis. »
Une campagne en préparation malgré une candidature encore en suspens
À l’approche des élections de décembre, Savannah Savary affirme être prête à relever le défi de la présidentielle, malgré l’incertitude qui entoure le processus électoral. À l’heure actuelle, elle indique être en pourparlers avec une coalition politique — qu’elle refuse de nommer — pour officialiser sa candidature.
Comme nombre de candidats, elle jongle entre activités de campagne et formalités administratives imposées par le CEP. Récemment, elle a participé à un forum présidentiel organisé par Debout Patriotes (DPA), une nouvelle coalition regroupant 11 partis politiques. Elle a aussi partagé ses intentions sur ses réseaux sociaux.
Lors de ses discours, Savannah a déclaré que si elle venait à remporter l’élection, elle aurait pour priorité de restaurer la souveraineté de l’État en éradiquant la gangstérisation, de rétablir le rôle des institutions publiques, de reconstruire la capacité productive d’Haïti et de rassembler la diaspora haïtienne et les forces nationales autour d’un projet commun.
« Je me présente à la présidence d’Haïti pour continuer à construire ce que j’ai commencé depuis longtemps. »
Savannah Savary
Bien que sa candidature ne soit pas encore officiellement enregistrée, son annonce suscite déjà des réactions, mêlées d’enthousiasme.
Un internaute sur YouTube, sous le nom @TianGlade, a affirmé : « Après Madame Manigat, c’est la deuxième femme pour laquelle je aimerais voter », faisant référence à Mirlande Manigat, candidate à la présidence haïtienne à deux reprises.
« Maintenant, nous avons une candidate sérieuse pour cette élection ! Il n’y a vraiment aucune excuse pour ne pas aller voter. »
D’autres adoptent une posture plus prudente.
La défenseure des droits des femmes, Pascale Solages, a accueilli favorablement l’annonce de Savannah, tout en soulignant qu’elle ne connaît pas personnellement la candidate :
« Je ne la connais pas du tout, mais mon principe est de soutenir la participation pleine et entière de toutes les femmes », a-t-elle déclaré.
« Et cette femme ne fait pas exception, sauf si elle est impliquée dans ce que je dénonce — la corruption, le lien avec les gangs, et tout ce contre quoi nous luttons collectivement en Haïti. »