Martelly s’inscrit comme candidat à la présidentielle en Haïti pour la prochaine élection

17 octobre 2026

Martelly s'inscrit comme candidat à la présidentielle en Haïti pour la prochaine élection

Ancien président haïtien Joseph Michel Martelly s’inscrit officiellement comme candidat à la présidentielle

PORT-AU-PRINCE — L’ancien président Joseph Michel Martelly a officiellement déposé sa candidature en ligne vendredi auprès du Conseil Électoral Provisoire (CEP) d’Haïti, portant à 16 le nombre de candidats inscrits pour la prochaine élection présidentielle.

Ce premier pas par voie électronique constitue une étape préliminaire. Les candidats doivent encore soumettre certains documents obligatoires auprès du bureau électoral départemental du CEP, qui sera chargé de valider ou non leur dossier de candidature.

Martelly a choisi de s’inscrire sous l’étiquette de Debloke, une coalition politique regroupant d’anciens membres de l’ancien parti connu sous le nom de PHTK, qu’il a lui-même dirigé par le passé.

Cette inscription intervient après plusieurs semaines de spéculations sur les réseaux sociaux quant à ses intentions de se représenter. Son éventuelle retour au pouvoir suscite des critiques, tant chez les populations locales qu’auprès de la diaspora haïtienne, notamment en raison de son bilan en tant que chef de l’État et des inquiétudes quant à la concurrence qu’il pourrait rencontrer.

Une capture d’écran du nom de Joseph Michel Martelly affiché en ligne sur la plateforme du CEP au 16 octobre 2026.

Ce mouvement intervient après la modification, le 6 octobre dernier, d’une nouvelle fois, du décret électoral du 2 juin par le gouvernement haïtien et le CEP. Ces changements ont notamment supprimé l’obligation pour les candidats de fournir un certificat délivré par la Banque de la République d’Haïti (BRH). Ce document est devenu difficile à obtenir pour ceux soumis à des sanctions internationales, en raison des effets de ces sanctions sur le système bancaire et les liens des institutions avec des personnes sous sanctions.

Le décret électoral amendé a ainsi éliminé cette exigence, ne laissant plus comme seule barrière à l’entrée en lice que les sanctions américaines. Ces dernières continuent de constituer un obstacle majeur pour les candidats désignés par les autorités internationales.

Il convient toutefois de noter que l’ancien président ne figure pas sur la liste des sanctions émise par l’Organisation des Nations Unies, malgré des accusations évoquées antérieurement par des experts onusiens. Le panel d’experts de l’ONU l’a notamment accusé d’avoir aidé au financement de groupes armés et de bénéficier d’activités illicites, accusations qu’il a toujours niées.

L’éventuelle candidature de Martelly trouve ses détracteurs aussi bien dans la population haïtienne que parmi la diaspora, préoccupés par son passé de gouvernance, mais aussi par le risque qu’il ne fasse face à une opposition insuffisante ou faible.

« Comme je le dis toujours, le plus important aurait été de ne pas le laisser s’inscrire, mais tout le monde est resté silencieux », a confié un jeune mécanicien automobile, Ronmdy François, à Kapzy News.

« Cependant, d’après ce que j’entends, s’il est vrai qu’il s’est inscrit, alors il est déjà président, car je ne vois pas quel autre candidat pourrait l’empêcher d’accéder à la magistrature suprême », a-t-il ajouté.

Certains opposants ont également protesté contre des dispositions qui pourraient favoriser son retour en haut de l’État. Jusqu’à présent, aucun leader politique majeur n’a exprimé publiquement son soutien ou sa condamnation de la candidature de Martelly, d’après les informations recueillies par le journal.

Retour en politique récent, Martelly est rentré en Haïti le 15 juillet 2026 après plusieurs années passées à l’étranger. Il se classe parmi plusieurs figures politiques haïtiennes de premier plan qui font l’objet de sanctions internationales. La Canada l’a sanctionné en novembre 2022, les États-Unis en août 2024, et l’Union européenne en décembre 2025, notamment pour des accusations telles que le financement de gangs, le trafic de drogue, ou d’autres activités illicites.

La candidature de l’ancien président intervient dans un contexte où le Conseil Électoral Provisoire cherche à avancer dans un processus électoral complexe, marqué par des défis techniques et une insécurité persistante alimentée par la violence des gangs. La campagne, initialement prévue pour commencer le 15 octobre, a déjà été reportée. Le CEP a prolonge la période d’inscription des candidats jusqu’au 31 octobre et a promis de publier un nouveau calendrier électoral.

Au 16 octobre, le CEP avait enregistré 16 candidats pour la présidence, 302 pour le Sénat, et 1 050 pour la Chambre des Députés. La période d’inscription, qui avait débuté le 20 août, a été prolongée jusqu’à la fin octobre.

Naïla Saint-Fleur

Naïla Saint-Fleur

Je suis Naïla Saint-Fleur, journaliste pour Kapzy News et passionnée par les récits qui révèlent la complexité d’Haïti et de la Caraïbe. À travers mes articles, je cherche à donner du sens à l’actualité et à faire entendre les voix de celles et ceux qui construisent le pays au quotidien. L’écriture est pour moi un acte d’engagement et de transmission.