Les accusations de l’ONU contre une ancienne maire d’Arcahaie pour financement de gangs, blanchiment d’argent et fuite d’informations confidentielles
PORT-AU-PRINCE — Un groupe des Nations Unies a porté de lourdes accusations contre une ancienne maire d’Arcahaie, Rosemila Sainvil Petit-Frère, l’accusant de financer des chefs de gangs, de participer à des opérations de blanchiment d’argent, et de transmettre des informations confidentielles sur les opérations policières planifiées à des membres de la coalition Viv Ansanm.
Dans un rapport remis en septembre au Conseil de sécurité de l’ONU, et diffusé ce mercredi par le Bureau intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH), le Groupe d’experts des Nations Unies sur Haïti a affirmé que Petit-Frère, une femme d’affaires, entretenait des relations de longue date avec des groupes criminels puissants liés à la coalition.
« Elle a joué un rôle clé dans le maintien des liens entre les gangs et les cercles criminels, politiques, économiques et sécuritaires, notamment en facilitant la communication et les transactions financières », ont indiqué les experts.
Jusqu’à présent, Petit-Frère n’a pas fait de déclaration publique concernant ces soupçons, mais elle a contesté les accusations dans une lettre envoyée au panel de l’ONU, qui lui a permis de répondre, selon les enquêteurs.
Elle a été arrêtée en août 2025 alors qu’elle transitait par la République Dominicaine en provenance du Canada. Libérée en janvier 2026 pour raisons médicales, sa localisation actuelle demeure inconnue.
Ce rapport, indispensable pour aider le Conseil à décider de sanctions éventuelles, intervient dans un contexte où des groupes armés continuent de tuer des civils, d’attaquer la police, et d’étendre leur influence à travers Haïti. L’ONU a rapporté des milliers de morts en 2026, illustrant l’impact dévastateur de la violence des gangs sur la sécurité publique et les institutions du pays.
Soupçons de détournement de fonds et de blanchiment d’argent
Les enquêteurs ont révélé qu’ils ont examiné les échanges présumés entre Petit-Frère et plusieurs dirigeants de Viv Ansanm, notamment Renel « Ti Lapli » Destina, chef du gang Grand Ravine à Port-au-Prince. Le rapport indique que Petit-Frère aurait communiqué des informations confidentielles concernant au moins trois opérations imminentes de la Police Nationale d’Haïti (PNH) visant des gangs.
Les experts ont aussi suggéré que ses connexions avec certains responsables policiers lui auraient permis d’obtenir des contrats pour des uniformes sans passer par un appel d’offres compétitif ou un contrôle adéquat.
De plus, le rapport indique que Petit-Frère faisait partie d’un réseau incluant Prophane Victor, un ancien député sanctionné pour soutien et armement de gangs, et Magalie Habitant, qui serait une intermédiaire entre les groupes criminels et leurs soutiens économiques et financiers.
Victor et Habitant ont tous deux affirmé leur innocence en réponse aux procédures judiciaires haïtiennes. Ils sont détenus depuis janvier 2025 en attendant leur procès. La Cour d’appel a confirmé leur renvoi au tribunal correctionnel le 21 juillet dernier.
Selon le groupe d’experts, Petit-Frère aurait exploité ses liens politiques pour influer sur des nominations publiques et détourner des fonds de l’État à son profit.
Dans une des affaires évoquées, concernant un ancien directeur général du Fonds d’Assistance Sociale (FAS) impliqué dans un détournement, le rapport nomme explicitement Petit-Frère comme la principale bénéficiaire. Il est allégué qu’elle aurait redistribué une partie de l’argent volé à des leaders de Viv Ansanm et aurait blanchi le reste via des entreprises enregistrées en Haïti, comme Centre Commercial, Groupe Radio Mono 96.3 FM et Excel Travel.
Deux autres anciens parlementaires aussi soupçonnés de liens avec des gangs
Le rapport présente également des accusations portées contre deux anciens députés, Alfredo Junior Antoine et Nenel Cassy, qu’on relie à des groupes armés.
Antoine, ancien député représentant Kenscoff, aurait armé et soutenu des groupes de jeunes depuis au moins 2016 pour défendre ses intérêts politiques, y compris lors d’une attaque en janvier 2025 à Kenscoff qui a fait plus de 100 morts, en plus de nombreuses agressions sexuelles.
L’enquête indique que Cassy contrôlait un groupe criminel connu sous le nom de BLTS, basé à Miragoâne, une ville portuaire située à environ 100 kilomètres de Port-au-Prince. L’ancien sénateur du parti Fanmi Lavalas aurait également contribué à la création de Fantôme 509, un groupe violent au capital, composés d’individus armés et de policiers.
Le rapport souligne la gravité de ces liens et leur impact sur la stabilité et la sécurité du pays, montrant que la lutte contre la criminalité reste une priorité incontournable pour Haïti.