Haiti : report de la campagne électorale et prolongation des inscriptions des candidats
PORT-AU-PRINCE — Le Conseil Électoral Provisoire (CEP) haïtien a décidé de repousser le lancement officiel de la campagne électorale, tout en élargissant la date limite d’inscription pour les candidats, qui passe désormais au 31 octobre. Cette décision vient renforcer l’incertitude déjà présente autour d’un processus électoral qui tarde à se concrétiser, alimentant les inquiétudes face à une organisation électorale chaotique.
Dans une déclaration officielle, le CEP explique que cette nouvelle mesure fait suite à des consultations avec divers acteurs politiques et à l’adoption, ce lundi, par le Conseil des Ministres, d’amendements au Décret Électoral du 2 juin dernier. Le Conseil souligne que ce délai supplémentaire doit permettre aux candidats et aux formations politiques de finaliser toutes les démarches administratives et légales nécessaires.
« Cette mesure vise notamment à offrir aux candidats et aux acteurs politiques concernés le temps nécessaire pour remplir toutes les formalités exigées par le cadre juridique et réglementaire en vigueur », indique le CEP.
PROLONGATION DE LA PÉRIODE D’INSCRIPTION EN LIGNE DES CANDIDATS ET AJUSTEMENT DE CERTAINES ÉCHÉANCES DU PROCESSUS ÉLECTORAL https://t.co/s98gKW7tTF
— CEP HAITI (@cep_haiti) October 6, 2026
Pour l’instant, le Conseil électoral n’a pas précisé de nouvelle date pour le début de la campagne. Il n’a pas non plus confirmé si la date du 13 décembre, initialement retenue pour le premier tour, sera maintenue. La structure indique qu’elle travaille à l’élaboration d’un calendrier électoral révisé, intégrant les modifications apportées au Décret électoral ainsi que les nouveaux impératifs techniques et opérationnels du processus.
Cette évolution revêt une importance capitale, étant donné que Haïti n’a pas organisé d’élections nationales depuis 2016. Le processus électoral est en plein déroulement dans un contexte de disputes politiques persistantes, de retards organisationnels et d’une grave crise sécuritaire. Le calendrier publié en juillet fixait le premier tour de la présidentielle et des législatives au 13 décembre, tandis que le second tour devait se tenir le 21 février 2027. Depuis, aucune date officielle pour la première étape n’a été annoncée, et les modifications en cours remettent en cause l’application intégrale du calendrier initial.
La campagne reportée, le calendrier et le texte électoral en cours de révision
La période d’inscription des candidats devait initialement se clôturer le 9 octobre. Cependant, le CEP a décidé de prolonger cette phase, aussi bien pour l’inscription en ligne que pour la soumission des dossiers requis, jusqu’au 31 octobre.
De plus, la campagne, qui devait commencer le 5 octobre, a également été reportée. Le Conseil électoral indique qu’il annoncera ultérieurement une nouvelle date de début et de fin, dans le cadre d’un calendrier actualisé qui sera élaboré en concertation avec les différentes formations politiques habilitées à participer au scrutin.
« Le Conseil Électoral Provisoire travaille activement à finaliser un calendrier électoral révisé, en tenant compte des nouvelles dispositions du Décret Electoral, ainsi que des exigences techniques et opérationnelles du processus », explique le Conseil.
Ces modifications successives interviennent après plusieurs ajustements du calendrier initial. En septembre, le CEP avait déjà repoussé la date limite d’inscription à la date du 9 octobre, à la demande de plusieurs partis et groupes politiques souhaitant disposer de plus de temps pour préparer leur candidature.
Le Conseil fait aussi face à des critiques de la part de certains acteurs politiques, notamment concernant le rythme et la gestion du processus électoral.
Par exemple, André Michel, représentant de la Coalition des Forces Républicaines, a critiqué la résolution prise le 5 octobre par le gouvernement affirmant sa neutralité dans le processus, la qualifiant de démarche démagogique. Sur la plateforme X, il a également affirmé que le Premier Ministre Alix Didier Fils-Aimé avait déjà lancé sa propre plateforme politique, dénigrant ainsi la prétendue neutralité du gouvernement.
La résolution adoptée ce Lundi soir en Conseil des Ministres garantissant la neutralité du Gouvernement dans le processus électoral relève de la DÉMAGOGIE. Alix D Fils-Aimé a déjà lancé sa propre plateforme Politique. Alix D Fils Aimé pran tout moun pou MAKAK !
— Me. André Michel (@avokapepla) October 6, 2026
En réponse, le gouvernement a précisé que cette résolution visait à réaffirmer sa position de neutralité, dans le cadre des préparatifs pour les élections, qui restent sous la supervision autonome du CEP.
Par ailleurs, plusieurs médias haïtiens ont évoqué la possibilité de changements à venir dans le Décret électoral, notamment la suppression de certains documents exigés pour la candidature, l’obligation pour les agents intérimaires en fonction de démissionner s’ils souhaitent se présenter, la mise en place d’une inscription en ligne pour les électeurs, ainsi que le report de la date du scrutin. Certaines propositions évoquent également la suppression des certificats provenant de banques ou d’organismes sociaux comme la BRH, l’ONA ou le FDI, ainsi qu’une exigence de démission pour les maires intérimaires voulant se présenter.
Il est important de noter que ces modifications restent à confirmer par les autorités haïtiennes, qui n’ont pas encore oficialisé ces propositions.
Nombre de candidats et d’électeurs inscrits
Au 6 octobre, les données préliminaires du CEP faisaient état de 12 candidats à la présidence, 271 pour le Sénat, 852 pour la Chambre des Députés, ainsi qu’environ 1 670 candidats pour des élections locales, notamment pour les postes de maires ou de représentants de sections communales. Le Conseil souligne que ces chiffres restent provisoires et que la liste définitive des candidats retenus sera publiée après vérification rigoureuse des dossiers.
Il a aussi précisé que l’inscription électorale demeure ouverte. Il invite les citoyens haïtiens éligibles à finaliser leurs démarches pour pouvoir prendre part à cette élection décisive pour le pays.
Le nombre d’inscrits et leur répartition géographique jouent un rôle clé dans la crédibilité de la consultation, surtout face aux difficultés de sécurités et d’accès dans certaines zones, notamment dans la région métropolitaine de Port-au-Prince et dans le département de l’Artibonite inférieur, qui concentrent une part importante de l’électorat.
Après près de trois mois d’inscription, un peu plus de 768 000 personnes se sont enregistrées dans l’ensemble des départements, selon les chiffres récemment diffusés par le CEP. Cela représente environ 10 % de la population adulte estimée à 7,7 millions d’habitants.
La sécurité, un défi majeur pour l’organisation électorale
Les récents ajustements du calendrier électoral interviennent dans un contexte politique et sécuritaire particulièrement tendu. La crise de sécurité persistante en Haïti continue de compliquer la tenue d’un scrutin crédible à l’échelle nationale.
Le 2 octobre, lors de son audience devant le Conseil des Droits de l’Homme à Genève, Volker Türk, Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, a indiqué que ses équipes avaient recensé au moins 5 700 victimes (morts ou blessés) liés à la violence des gangs ou à leurs opérations militaires, entre le début de l’année et le 11 septembre. Plus de 230 enlèvements ont été rapportés, ainsi que plus de 1 000 femmes et filles victimes d’agressions sexuelles durant cette période.
Il a souligné l’importance que revêtent ces élections pour restaurer une gouvernance constitutionnelle, tout en pronostiquant que les conditions sécuritaires actuelles représentaient un obstacle sérieux à la tenue d’un scrutin crédible.
Le Conseil de sécurité des Nations unies a également prolongé, jusqu’en mars 2027, le mandat de la Force multinationale de suppression des gangs (Gangs Suppression Force, GSF), qui intervient dans le but d’aider à stabiliser le pays. Toutefois, son effectif reste bien inférieur aux 5 500 agents prévus, ce qui limite la capacité à instaurer un environnement propice à des élections sereines.
En attendant, le CEP ne s’est pas encore prononcé sur une nouvelle date pour le premier tour, laissant ouverte la possibilité de maintien du 13 décembre. La publication à venir du calendrier électoral révisé sera un indicateur clé pour savoir si le processus peut encore suivre le calendrier initial, ou si des modifications supplémentaires seront nécessaires.