Quatre profils hypothétiques illustrent comment des circonstances différentes peuvent conduire à des stratégies d’immigration canadiennes très distinctes, allant d’une demande d’asile en suspens à des professionnels expérimentés ou à de jeunes candidats.
Pour de nombreux Haïtiens installés aux États-Unis, le but reste le même : rester aux États-Unis.
Il se peut que vous ayez une demande d’asile en cours, que vous espériez qu’une autre option d’immigration aux États-Unis se présente, ou que vous soyez simplement dans l’attente d’observer ce qui va se passer ensuite.
Mais envisager un plan B au Canada ne signifie pas renoncer au plan A.
Il n’existe pas non plus une seule « voie d’immigration canadienne pour les titulaires de TPS haïtiens ». Le système d’immigration du Canada examine chaque profil individuellement : âge, formation, expérience professionnelle, maîtrise du français et de l’anglais, métier, situation familiale, et d’autres facteurs.
Deux personnes dont la situation semble très similaire aux États-Unis peuvent donc avoir des options d’immigration canadienne radicalement différentes.
Nous avons déjà présenté certaines de ces possibilités dans notre guide des options d’immigration canadienne pour les Haïtiens affectés par la fin du TPS.
Mais à quoi pourraient ressembler concrètement ces options pour des personnes réelles ?
Voici quatre exemples hypothétiques.
Profil 1 : La personne avec une demande d’asile en suspens aux États-Unis
Âge : 38 ans
Langues : Français et anglais
Formation : Licence universitaire
Expérience professionnelle : Plusieurs années d’expérience en profession qualifiée
Situation aux États-Unis : Demande d’asile pendante
Objectif : Rester aux États-Unis si possible
Ce profil peut légitimement penser :
Il n’est pas obligé de le faire. La démarche d’une demande d’asile en cours et celle d’investiguer les options d’immigration au Canada relèvent de deux démarches séparées. Cette personne doit continuer à travailler avec un avocat spécialisé en immigration aux États-Unis pour son dossier.
Parallèlement, son âge, sa formation, son expérience en emploi qualifié, ainsi que sa maîtrise du français pourraient justifier une exploration des voies possibles pour immigrer au Canada.
Cela pourrait impliquer de vérifier son admissibilité via le système d’Entrée express, notamment par la sélection basée sur la maîtrise du français, ou d’étudier d’autres programmes selon l’ensemble de sa situation.
Le plus important est de comprendre que l’étude de ces options ne requiert pas de prendre une décision immédiate de quitter les États-Unis.
Plan A et Plan B peuvent coexister.
Ainsi, si une option canadienne se présente, cette personne peut s’informer sur ce qu’elle nécessiterait, commencer à se préparer si besoin, et décider quand ou si elle veut poursuivre cette voie.
Profil 2 : Le travailleur expérimenté dans la quarantaine
Âge : 44 ans
Langues : Maîtrise solide du français, connaissance de l’anglais
Formation : Diplôme postsecondaire
Expérience professionnelle : Plus de 15 ans d’expérience en emploi qualifié, dont une part significative aux États-Unis
Expérience au Canada : Aucune
Offre d’emploi au Canada : Aucune
Ce profil recèle un atout majeur pour le Canada : une vaste expérience professionnelle.
Mais l’âge joue un rôle dans certains programmes d’immigration canadiens.
Dans le cadre du système fédéral d’Entrée express, le candidat perd des points à partir de 29 ans. À 44 ans, il obtiendra peu ou pas de points liés à l’âge ; à 45 ans, il n’en recevra plus du tout.
Cela signifie-t-il que le Canada n’est plus une option ?
Pas nécessairement.
L’Entrée express ne constitue qu’une partie intégrante du système d’immigration du Canada.
Pour un professionnel francophone expérimenté, il peut aussi être pertinent d’étudier des voies incluant un employeur canadien.
Par exemple, le Permis de travail pour la Mobilité francophone permet à certains ressortissants francophones étrangers, munis d’offre d’emploi qualifiées hors Québec, d’obtenir des permis de travail spécifiques à l’employeur, sans que ce dernier doive préalablement obtenir uneÉtude d’impact sur le marché du travail (EIM).
Selon la profession, la destination envisagée, et la capacité à obtenir une offre d’emploi admissible, d’autres programmes fédéraux, provinciaux ou communautaires peuvent aussi valoir la peine d’être explorés.
Et si la priorité était de vivre au Québec, le contexte serait différent : le Québec dispose de son propre système de sélection pour l’immigration économique, dans lequel la maîtrise du français joue un rôle crucial. Nous avons détaillé ces possibilités, ainsi que leurs limites, dans notre guide dédié aux options d’immigration pour les Haïtiens titulaires de TPS aux États-Unis.
La leçon à tirer de ce profil est claire :
Un score moins favorable à l’Entrée express ne signifie pas nécessairement qu’il n’existe pas de stratégie d’immigration canadienne.
Profil 3 : Le professionnel qualifié francophone dans la trentaine
Âge : 32 ans
Langues : Française courante et bon anglais
Formation : Licence universitaire
Expérience professionnelle : Huit ans d’expérience en emploi qualifié à l’étranger
Expérience ou études au Canada : Aucune
Offre d’emploi au Canada : Aucune
Ce profil est très différent.
Le système d’Entrée express accorde des points pour plusieurs critères, notamment l’âge, la formation, l’expérience en emploi qualifié, et la maîtrise des langues officielles. La maîtrise du français peut aussi offrir un avantage supplémentaire.
Les candidats remplissant les critères d’un programme d’Entrée express et obtenant au moins NCLC 7 dans les quatre compétences en français peuvent être éligibles à la sélection basée sur la maîtrise du français.
Il n’est pas forcément nécessaire pour cette personne de détenir une offre d’emploi avant d’étudier si la résidence permanente est envisageable.
Ses premières démarches pourraient consister à déterminer pour quels programmes d’Entrée express elle pourrait être admissible, faire évaluer ses diplômes étrangers par une attestation d’équivalence, passer les tests linguistiques accrédités en français et en anglais, et calculer son score précis au système de classement global.
Sa maîtrise du français pourrait jouer un rôle particulièrement crucial.
Comme nous l’avons expliqué dans cette série, le français n’est pas simplement une autre langue comptabilisée dans une demande d’immigration canadienne. Dans certains cas, il peut réellement ouvrir des portes supplémentaires.
À lire dans La Haitian Times : « Parlez-vous français ? Vous pourriez avoir un avantage en immigration canadienne dont vous ignoriez l’existence. »
Pour ce profil, la question ne serait peut-être pas :
Mais plutôt :
Que dois-je faire pour devenir un candidat compétitif ?
Profil 4 : Le jeune francophone en début de carrière
Âge : 24 ans
Langues : Français et anglais
Formation : Formation postsecondaire en cours ou incomplète
Expérience professionnelle : Limitée en emploi qualifié
Expérience au Canada : Aucune
Objectif : Étudier et construire un avenir durable au Canada
Ce profil présente un défi différent.
Il est suffisamment jeune pour bénéficier d’un levier d’âge dans le cadre du système d’immigration économique, mais il n’a peut-être pas encore la formation ou l’expérience professionnelle nécessaire pour une stratégie solide de résidence permanente.
Cela ne veut pas dire que le Canada doit être exclu.
Pour quelqu’un réellement motivé par une formation supplémentaire, étudier au Canada peut valoir la peine d’être examiné.
Une option particulièrement intéressante pour les Haïtiens éligibles est le Programme pilote pour les communautés francophones minoritaires.
Haïti fait partie des pays spécifiques intégrés à ce pilote. Les candidats doivent remplir les critères du programme, notamment postuler depuis l’extérieur du Canada, être admis dans un programme d’études reconnu dans un établissement désigné hors Québec, satisfaire aux exigences financières, et démontrer une maîtrise du français d’au moins NCLC 5 en expression orale, écoute, lecture et écriture.
Le programme d’études doit être à temps plein, postsecondaire, durer au moins deux ans, déboucher sur un diplôme ou un certificat, et avoir pour langue principale d’enseignement le français, avec plus de la moitié des cours en français.
Ce pilote a été prolongé pour l’année 2026–2027, avec un maximum de 2 970 demandes de permis d’études acceptées entre le 26 août 2026 et le 25 août 2027.
Il est important de noter qu’il ne s’agit pas uniquement d’un programme de permis d’études. Le Canada a aussi mis en place une voie spécifique pour la résidence permanente pour ces étudiants qui terminent leur parcours dans le cadre du pilote. La demande de résidence permanente doit s’ouvrir à partir de l’hiver 2027.
Mais étudier au Canada ne garantit pas automatiquement l’obtention de la résidence permanente. Le candidat doit respecter les conditions du pilote dès le départ, puis répondre aux exigences de la voie de résidence permanente plus tard. L’établissement scolaire, le programme, la situation financière et la stratégie globale d’immigration doivent tous être cohérents.
Pour un jeune candidat motivé, la question n’est peut-être pas aujourd’hui : « Suis-je admissible à la résidence permanente ? » mais plutôt : « Puis-je commencer à bâtir un avenir canadien viable ? »
Quatre profils. Quatre stratégies différentes.
Ces quatre personnes sont toutes des Haïtiens confrontés à l’incertitude aux États-Unis.
Pourtant, leurs stratégies d’immigration canadienne sont totalement distinctes :
- Une peut continuer à poursuivre une demande d’asile tout en étudiant la possibilité d’un chemin vers le Canada.
- Une autre pourrait devoir examiner une voie incluant un employeur, au-delà de l’Entrée express.
- Une troisième pourrait déjà réunir plusieurs éléments lui permettant de constituer un profil d’immigration économique compétitif.
- Une dernière pourrait bénéficier d’une planification à long terme, en envisageant plusieurs années à l’avance.
C’est pourquoi la question n’a jamais été simplement « Oui » ou « Non ».
Le bon questionnement est plutôt : »Et vous, que pourriez-vous faire ? »
Le moment de savoir si vous avez une option, c’est avant d’en avoir besoin
L’immigration au Canada demande du temps.
Il faut prévoir la réalisation de tests linguistiques, l’évaluation de diplômes étrangers, l’obtention de documents, la recherche d’un employeur, la préparation d’un programme d’études, et le traitement des dossiers.
Les programmes d’immigration peuvent aussi évoluer avec le temps.
Si rester aux États-Unis demeure votre priorité première, étudier le Canada ne vous oblige pas à abandonner cette option.
Cela consiste simplement à découvrir si une autre voie légale existe, pendant qu’il vous reste encore du temps pour vous y préparer.
Pour en savoir plus sur les parcours canadiens que nous évaluons pour les Haïtiens aux États-Unis, lisez Est-ce que le Canada peut être votre prochaine étape après le TPS ?.
Quelle stratégie vous ressemble le plus ?
Peut-être qu’un de ces profils vous paraît particulièrement familier.
Ou peut-être aucun d’eux ne correspond véritablement à votre situation.
Il est rare que des situations d’immigration correspondent parfaitement à un profil hypothétique. Un facteur qui semble insignifiant peut parfois changer radicalement les options disponibles.
Chez Doherty Fultz Immigration, nous accompagnons des Haïtiens aux États-Unis pour évaluer s’ils disposent de pistes réalistes d’immigration au Canada.
Les consultations sont réalisées par des professionnels en immigration agréés au Canada et sont disponibles en anglais et français.
Si le Canada ne paraît pas une option réaliste pour vous, nous vous le dirons. Si c’est le cas, nous vous expliquerons quelles sont vos options et quelles démarches vous devriez envisager.
Vous n’êtes pas obligé de choisir un plan B aujourd’hui.
Mais la meilleure approche est de le découvrir avant d’en avoir réellement besoin.
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Le post Pourriez-vous être admissible au Canada ? Quatre profils haïtiens de TPS, quatre parcours différents est apparu en premier sur Kapzy News.