Conséquences pour le missionnaire américain accusé d’abus sexuels sur des mineurs en Haïti : nouvelle audience judiciaire le 12 octobre

2 octobre 2026

Conséquences pour le missionnaire américain accusé d'abus sexuels sur des mineurs en Haïti : nouvelle audience judiciaire le 12 octobre

Le missionnaire américain Maylon Foshee de nouveau devant la justice pour abus sexuels sur des mineurs en Haïti

Une audience devant le tribunal fédéral est prévue le 12 octobre pour l’Américain Maylon Foshee, accusé d’avoir eu des comportements sexuels illicites avec des mineurs en Haïti. L’homme, âgé de 23 ans et originaire de Louisiane, est soupçonné d’avoir exploité des enfants durant sa mission à Gonaïves, où il officiait en tant que missionnaire.

Une notoriété accrue grâce aux réseaux sociaux

Connu pour ses vidéos diffusant sa maîtrise du créole haïtien ainsi que ses activités missionnaires, Foshee a su s’attirer une large audience sur les réseaux sociaux. Le 30 septembre, le bureau du procureur des États-Unis pour la région ouest de la Louisiane a officiellement annoncé la mise en examen du jeune homme, laquelle fait suite à un complaint fédéral déposé huit jours plus tôt.

Ce dernier a été enregistré le 22 septembre 2026 au tribunal du district ouest de la Louisiane, où il est poursuivi pour violation d’une loi fédérale interdisant les comportements sexuels illicites impliquant des mineurs à l’étranger. Selon une déclaration de l’FBI accompagnant le dossier, l’enquête a été enclenchée après la réception d’une plainte au mois de mars 2026. Les investigations révèlent que Foshee s’était rendu à plusieurs reprises en Haïti pour des missions entre 2023 et 2025, en partenariat avec l’organisation Agape Ministries à Gonaïves, où il aurait côtoyé de nombreux enfants, financé leur scolarité, voire hébergé certains chez lui.

Une enquête menée avec sérieux par les autorités américaines

Selon le procureur Zachary A. Keller, « la protection de nos enfants contre toute forme d’abus sexuel, où qu’il se produise, demeure une priorité absolue pour cette administration. La détection, l’enquête et la poursuite des abuseurs, notamment dans nos communautés de Louisiane, correspondent à la mission fondamentale de notre bureau pour assurer la sécurité de nos citoyens. » Il a également remercié l’FBI pour son travail approfondi qui a permis de faire avancer cette affaire majeure.

L’agent du FBI a indiqué que plusieurs mineurs, interrogés dans le cadre de l’enquête, ont confié avoir été victime de comportements inappropriés de la part de Foshee. Selon un affidavit, il existait une « cause probable » pour croire que Foshee aurait violé la section 18 U.S.C. § 2423(c), laquelle criminalise la conduite sexuelle illicite impliquant des mineurs pour tout citoyen ou résident permanent américain, même à l’étranger.

Lors d’une audience le 29 septembre 2026, Foshee a renoncé à son droit à une audience préliminaire, acceptant que le dossier montre des indices suffisants pour soutenir les accusations portées contre lui, notamment en reconnaissant qu’il y avait des raisons crédibles de poursuivre.

Témoignages et découvertes dans l’enquête

Les trois mineurs ayant dénoncé des faits de nature sexuelle avec Foshee résidaient tous à Gonaïves ou à Las Terrenas, en République dominicaine. Les enquêteurs sont également allés sur place en août pour effectuer des auditions forensiques de ces victimes. L’affidavit mentionne aussi des messages vocaux que Foshee aurait envoyés après la diffusion des premières accusations. Selon ces documents, il aurait admis qu’un incident s’était produit avec une jeune victime, et aurait affirmé avoir « réglé le problème », ou qu’il n’avait pas prémédité cet acte et qu’il « était arrivé comme ça ».

Les enregistrements de ses déplacements montrent qu’il a effectué de nombreux voyages entre les États-Unis, Haïti et la République dominicaine, notamment durant 2023 et jusqu’en février 2026. Ces données indiquent qu’il se trouvait en Haïti lorsque deux des victimes, alors âgées de 14 ans, auraient été abusées.

Une victime, désignée comme MV1, vivait avec Foshee, qui finançait ses études. Selon ses déclarations, Foshee aurait commis un acte sexuel pendant que MV1 dormait chez lui à Gonaïves. Ces faits auraient été répétés environ trois mois plus tard, MV1 affirmant avoir été effrayé par Foshee, qui aurait aussi levé la voix et frappé cette victime avec une ceinture.

Un autre jeune, MV2, aurait aussi résidé chez Foshee. Il aurait déclaré s’être réveillé avec Foshee au-dessus de lui, lui touchant sexuellement. MV2 aurait tenté de repousser la main de Foshee, et l’incident aurait eu lieu la veille de ses 15 ans. Il aurait d’abord hésité à révéler ce qui s’était passé, par crainte que Foshee n’arrête de financer ses études.

Enfin, une troisième victime, MV3, âgé de 14 ans lors des faits, aurait vécu avec Foshee en raison de difficultés familiales. Celle-ci aurait révélé que Foshee l’avait invité à dormir dans son lit, puis aurait entamé un contact sexuel non consenti. Foshee aurait aussi proposé de l’emmener aux États-Unis et de lui obtenir un passeport en échange d’un acte sexuel.

Les investigators ont aussi interviewé le frère aîné de MV3, P.D., qui a affirmé que Foshee aurait essayé d’avoir des relations sexuelles non consenties avec lui. Il a également fourni des images circulant à son sujet, que les autorités considèrent comme en lien avec l’enquête.

Une forte présence sur les réseaux sociaux et une attention médiatique accrue

Avant son arrestation, Foshee avait construit une communauté solide sur TikTok, où il diffusait des vidéos sur son travail dans la mission humanitaire et ses interactions avec la population haïtienne, souvent en créole. À la date du 1er octobre 2026, il comptait plus de 100 000 abonnés et plus d’un million de likes.

Ce dossier a rapidement suscité l’intérêt du public, notamment via la plateforme. Après l’arrestation de Foshee, une vidéo TikTok circule montrant une femme avec un visage flouté, qui tient son téléphone en montrant un homme à ses côtés, avec pour légende en créole : « They arrested Maylon Foshee ». La publication a suscité de vives réactions, certains utilisateurs la qualifiant d’« inappropriée ».

Une problématique récurrente dans le milieu missionnaire

Ce cas n’est pas sans rappeler celui de Michael Geilenfeld, autre missionnaire condamné pour abus. En Haïti, de nombreux missionnaires ont profité de leur statut pour abuser des enfants ou des résidents vulnérables. Selon l’avocat et expert en justice haïtienne, Brian Concannon, la justice haïtienne est souvent défaillante face à ces délits. « La justice haïtienne, souvent corrompue ou faible, se montre rarement à la hauteur des délits commis par des étrangers », explique-t-il. Il ajoute que, même si le gouvernement américain parvient à poursuivre certains responsables, ces arrestations interviennent généralement plusieurs années après la dénonciation initiale. Beaucoup d’organisations missionnaires ont laissé leurs membres continuer d’accéder à des enfants vulnérables, privilégiant leur image au lieu de protéger leurs victimes.

Les représentants de Foshee, ainsi que le bureau du procureur, ont préféré ne pas faire de commentaire à ce stade.

Ce drame met en lumière la nécessité de renforcer la vigilance dans le secteur humanitaire, pour empêcher que de telles tragédies ne se répètent à l’avenir.

Naïla Saint-Fleur

Naïla Saint-Fleur

Je suis Naïla Saint-Fleur, journaliste pour Kapzy News et passionnée par les récits qui révèlent la complexité d’Haïti et de la Caraïbe. À travers mes articles, je cherche à donner du sens à l’actualité et à faire entendre les voix de celles et ceux qui construisent le pays au quotidien. L’écriture est pour moi un acte d’engagement et de transmission.