L’Organisation des États Américains appelle à exclure les candidats liés à des organisations criminelles lors des prochaines élections en Haïti
PORT-AU-PRINCE — L’Organisation des États américains (OEA) a lancé un appel à exclure de la participation aux élections haitiennes toute personne ayant des liens avec des organisations criminelles. Une déclaration qui intervient alors que le pays commence à recevoir les candidatures pour les élections à venir.
Lors d’une conférence de presse virtuelle le 12 septembre, en collaboration avec plusieurs médias du Caraïbe, le secrétaire général de l’OEA, Albert Ramdin, a souligné qu’il serait inacceptable que des individus ayant des liens avec la criminalité prennent part à ces élections en Haïti.
« Aucune personne impliquée dans des activités criminelles ne devrait être autorisée à participer aux élections, » a déclaré Ramdin. « Si nous parvenons à identifier précisément quelles sont ces personnes, nous pourrons alors évaluer pleinement l’impact de leurs liens avec des groupes criminels. »
Ces remarques de Ramdin s’inscrivent alors que le Conseil Électoral Provisoire (CEP) haïtien commence à recevoir les dossiers des candidats pour la présidentielle, les législatives et les élections locales programmées pour le 13 décembre. La période de dépôt des candidatures s’étend jusqu’au 22 septembre. Le CEP a confirmé que les soumissions ont débuté le 13 septembre.
La position de l’OEA soulève des questions quant à la manière dont les règles électorales actuelles en Haïti traiteraient les candidats soupçonnés ou ayant des liens avec des organisations criminelles.
Selon le décret électoral émis le 2 juin dernier et modifié en juillet, les règles d’éligibilité en Haïti prennent déjà en compte les personnes soumises à des sanctions des Nations Unies. Cependant, ce décret ne comporte pas l’expression aussi large employée par Ramdin à propos des individus liés à la criminalité.
Cette distinction est importante. La suspicion qu’un candidat pourrait avoir des liens avec un groupe criminel ne revient pas nécessairement à une désignation officielle selon le régime de sanctions de l’ONU, comme le précise le décret électoral haïtien.
Le rappel de l’OEA remet en question l’éligibilité des candidats
La déclaration de l’OEA remet à nouveau en lumière la situation des figures politiques et économiques en Haïti qui ont fait l’objet de sanctions internationales ou d’accusations liées à des groupes armés, au trafic de drogue, à la corruption ou à d’autres activités criminelles.
Parmi ces personnalités précédemment sanctionnées figurent l’ancien président Michel Joseph Martelly, les ex-premiers ministres Jean-Henry Céant et Laurent Lamothe, ainsi que plusieurs sénateurs comme Youri Latortue, Joseph Lambert, Nenel Cassy et Rony Célestin. Également concernés, d’anciens ministres tels que Berto Dorcé et Liszt Quitel, ainsi que des hommes d’affaires comme Reynold Deeb et Gilbert Bigio.
Il est important de préciser que ces sanctions ou accusations ne signifient pas automatiquement que ces individus seraient considérés inéligibles selon la législation électorale en vigueur en Haïti. La détermination de leur admissibilité relèverait des autorités électorales compétentes, en conformité avec la loi haïtienne.
« Aucune personne liée à des organisations criminelles ne devrait être autorisée à participer aux élections. »
Albert Ramdin, Secrétaire général de l’OEA
Le régime de sanctions de l’ONU pour Haïti compte actuellement neuf individus et deux entités. Parmi eux, des chefs de gangs tels que Jimmy Chérizier, Johnson André, Renel Destina, Wilson Joseph, Vitelhomme Innocent, Kempes Sanon et Luckson Elan, mais aussi d’anciens députés comme Prophane Victor, ou encore Dimitri Hérard, un ancien responsable de la sécurité du Palais national.
Ces sanctions incluent notamment des interdictions de voyage, le gel des avoirs, ainsi qu’un embargo ciblé sur les armes. Leur application concerne des activités telles que la criminalité, la violence impliquant des groupes armés, le trafic illicite, le financement du crime, les violations des droits humains et tout autre comportement qui met en péril la paix, la stabilité ou la sécurité en Haïti.
La sécurité influence aussi le lieu de dépôt des candidatures
L’appel de l’OEA intervient tandis que le CEP adapte ses procédures d’enregistrement des candidats, face à la crise sécuritaire qui secoue le pays.
Dans 19 communes particulièrement touchées par l’insécurité, les candidats ne peuvent plus déposer leurs dossiers dans leurs bureaux électoraux locaux. Le CEP a ainsi demandé à certains candidats à des postes de députés ou de collectivités territoriales de transmettre leurs déclarations directement dans les bureaux électoraux départementaux.
Le Conseil électoral a déclaré que ces changements visent à maintenir la continuité du processus électoral malgré les difficultés liées à la sécurité. La période de dépôt des candidatures est fixée du 13 au 22 septembre, afin de permettre aux candidats de remettre leurs documents et de compléter leurs déclarations.
Les questions de l’éligibilité des candidats et de la sécurité viennent s’ajouter aux nombreux défis que doit relever le processus électoral en vue du scrutin de décembre.
Jusqu’à présent, le Conseil Électoral Provisoire n’a pas publié de procédure spécifique concernant la disqualification d’un candidat uniquement sur la base de soupçons ou de liens présumés avec des groupes criminels.