Journaliste, avocat et fonctionnaire haïtien enlevés en moins de 24 heures

9 septembre 2026

Journaliste, avocat et fonctionnaire haïtien enlevés en moins de 24 heures

Trois personnalités publiques enlevées en Haïti en l’espace d’une journée

PORT-AU-PRINCE — En seulement une journée, trois figures publiques haïtiennes ont été victime d’enlèvements. Parmi elles, le journaliste Wesly Renaud Jean, l’avocat Caleb Jean-Baptiste, ainsi que Stéphanie Paultre, directrice générale de l’Office National pour le Partenariat en Éducation (ONAPE).

Wesly Renaud Jean, journaliste pour Radio Télé Métropole, a été kidnappé dans le quartier de Delmas 31, le dimanche 6 septembre. Le lendemain, deux autres personnes, Stéphanie Paultre et Caleb Jean-Baptiste, ont été enlevées dans la région de Gros-Morne, dans le département de l’Artibonite, selon plusieurs médias locaux. Deux policiers chargés de la sécurité de Paultre auraient également été pris en otage lors de cet incident dans l’Artibonite.

Ces affaires ont ramené à l’avant-plan la dangerosité croissante que courent les journalistes, les professionnels du droit ainsi que les responsables gouvernementaux, face à la montée des enlèvements menés par des groupes armés, tant à Port-au-Prince que dans les zones rurales.

Une affaire récente a également attiré l’attention : celle de James Boyard, inspecteur général de la police et chef de cabinet du Ministre de la Défense, enlevé en juin dernier. Selon les dernières informations, il demeure entre les mains de ses ravisseurs.

La disparition de Wesly Renaud Jean a suscité des appels à sa libération diffusés sur les réseaux sociaux, ainsi que de vives préoccupations au sein de la communauté médiatique haïtienne.

« Si l’objectif des ravisseurs est de réclamer une rançon importante, ils ont peut-être visé la mauvaise personne, car le journaliste n’est clairement pas riche », a déclaré Anderson Mackenson Guillaume, créateur de contenu numérique, dans une publication sur Facebook.

Guillaume a souligné que cet enlèvement illustre parfaitement les risques que courent les Haïtiens face à la persistance de groupes criminels qui ciblent indifféremment des citoyens, quels que soient leur métier ou leur situation économique.

Une autre internaute, Joana Dorcéus, a également appelé à la libération du journaliste haïtien.

« Ce n’était pas il y a longtemps que Wesly Renaud Jean me disait : “Viens travailler, ton pays t’attend” », a-t-elle écrit. « Aux responsables du pays, veuillez le relâcher. Certaines personnes choisissent de rester malgré tout ce qui se passe ».

Jusqu’à la rédaction de cet article, ni les autorités haïtiennes ni les services de sécurité n’ont confirmé publiquement les circonstances exactes de ces trois enlèvements, ni la situation des victimes. Selon les médias locaux, Paultre, Jean-Baptiste et les deux policiers auraient été tous enlevés dans l’Artibonite, tandis que Jean aurait été kidnappé séparément dans le quartier de Delmas, à une dizaine de kilomètres au nord-est du centre-ville de Port-au-Prince.

Il semblerait que l’enlèvement de Paultre a eu lieu alors qu’elle revenait d’une activité marquant le début de l’année scolaire 2026-2027 à Ennery, comme l’indiquent plusieurs médias. Certains exposés attribuaient cette prise d’otages à Kokorat San Ras, un groupe armé opérant dans cette région, bien que les circonstances exactes et la responsabilité restent à confirmer de manière indépendante.

Un avocat haïtien visé par un chef de gang

Le cas de l’enlèvement de Caleb Jean-Baptiste a suscité de nouvelles inquiétudes après une vidéo diffusée mardi par Wilson « Lanmò San Jou » Joseph, chef du gang 400 Mawozo. Dans cette vidéo, Joseph a accusé l’avocat d’avoir reçu 120 000 dollars ainsi que des armes, dans le cadre d’efforts visant à obtenir la libération du chef de gang Germine « Yonyon » Joly. Ce dernier, extradé aux États-Unis, a été reconnu coupable d’avoir organisé, en 2021, l’enlèvement de 16 citoyens américains.

 « Si l’objectif des ravisseurs est de réclamer une grosse rançon, ils ont peut-être visé la mauvaise personne, car le journaliste n’est pas du tout riche. »

Anderson Mackenson Guillaume, créateur de contenu numérique.

Wilson Joseph a aussi allégué que Jean-Baptiste aurait reçu 170 000 dollars de Vitel’Homme Innocent, autre chef de gang recherché par le FBI, et il a formulé d’autres accusations portant sur des paiements supposés effectués par des figures du crime.

« Si les hommes qui l’ont capturé ne se trouvaient pas trop loin, je souhaiterais personnellement que Caleb Jean-Baptiste soit transféré ici », a-t-il déclaré.

Il est important de préciser que ces accusations n’ont pas pu être vérifiées de manière indépendante ni corroborées par des preuves concrètes à ce stade.

Une vague d’enlèvements dans un contexte de recrudescence de la violence des gangs

Ces incidents récents s’inscrivent dans un contexte plus large marqué par une recrudescence des enlèvements et des violences de la part de groupes armés en Haïti. Selon le Bureau intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH), entre avril et juin, au moins 81 personnes ont été enlevées pour des rançons, contre 57 durant le premier trimestre de 2026 — ce qui représente une hausse de 42 %.

Les chiffres officiels sont probablement inférieurs à la réalité, puisque de nombreuses familles préfèrent négocier directement avec leurs ravisseurs plutôt que de signaler ces cas aux autorités.

Le rapport précise que 63 % des enlèvements documentés durant le deuxième trimestre ont eu lieu dans le département de l’Ouest, suivi par 27 % dans l’Artibonite, 7 % dans le Nord-Ouest et 3 % dans le Centre. Les victimes regroupent des chefs d’entreprise, des hauts responsables du gouvernement ainsi que des policiers hors service.

Ces enlèvements surviennent alors que le pays subit une vague de violences liées aux gangs, qui ont causé la mort d’au moins 1 408 personnes et fait 656 blessés dans le dernier trimestre. Les attaques de groupes armés représentent 55 % de tous les morts et blessés recensés durant cette période.

« La population continue à payer un prix inacceptable en termes de violence », a déclaré Carlos Ruiz Massieu, le représentant de l’ONU en Haïti, à l’issue du rapport.

Le bureau des Nations Unies a également mis en garde contre l’expansion de l’influence des gangs au-delà de Port-au-Prince. Dans l’Artibonite, BINUH a documenté des attaques contre des résidents, des agriculteurs et des groupes d’autodéfense. En août dernier, une attaque de gang à Kenscoff a fait au moins 47 morts et entraîné de nombreux enlèvements, illustrant la capacité de ces groupes à opérer loin de leurs zones traditionnelles de contrôle.

Cette série d’enlèvements et la montée de la violence de gangs interviennent aussi à l’approche des élections présidentielles et législatives prévues pour le 13 décembre. Le Conseil Électoral Provisoire (CEP) poursuit ses préparatifs, notamment l’inscription des électeurs et des candidats. Toutefois, la mise en œuvre du calendrier électoral dépend du maintien d’un environnement sécuritaire acceptable, ainsi que de ressources financières suffisantes.

La sécurité demeure une problématique centrale pour la tenue du scrutin. Le CEP a reconnu que la violence et le contrôle exercé par les gangs pourraient compliquer l’organisation du vote, alors que des groupes politiques évoquent aussi d’autres problèmes techniques et administratifs impacting le calendrier électoral.

Un autre enjeu majeur reste la sécurité des candidats, des agents électoraux, des journalistes et des électeurs, tous appelés à se déplacer dans des régions où l’influence des groupes armés reste forte, rendant la tenue du scrutin particulièrement fragile.

Pour l’heure, les cas de Jean Renaud, Paultre et Jean-Baptiste mettent en lumière l’étendue du problème des enlèvements en Haïti — du centre-ville de Port-au-Prince aux routes de province — tandis que l’état de santé et la localisation des victimes restent incertains.

Naïla Saint-Fleur

Naïla Saint-Fleur

Je suis Naïla Saint-Fleur, journaliste pour Kapzy News et passionnée par les récits qui révèlent la complexité d’Haïti et de la Caraïbe. À travers mes articles, je cherche à donner du sens à l’actualité et à faire entendre les voix de celles et ceux qui construisent le pays au quotidien. L’écriture est pour moi un acte d’engagement et de transmission.