PORT-DE-PAIX : Deux ans après le lancement d’un projet routier, la progression demeure lente
Cela fait presque deux ans que l’on a lancé un projet de modernisation des routes d’un montant de 15 millions de dollars visant à relier Port-de-Paix, Saint-Louis-du-Nord et Anse-à-Foleur. Pourtant, à ce jour, le chantier n’est toujours pas achevé, avec moins de deux miles (environ 3,2 km) seulement réalisés. La cadence de travail dépasse largement le délai initialement annoncé, estimant la fin des travaux à seulement deux mois, pour une livraison prévue en 2024.
Ce tronçon de 17 miles (près de 27 km), financé par la Banque interaméricaine de développement (BID) et géré par le Ministère des Travaux Publics, des Transports et des Communications d’Haïti (MTPTC), constitue à ce jour le plus important projet d’infrastructures entrepris dans le département du Nord-Ouest. Son objectif premier était de booster le commerce régional, d’améliorer le transport agricole et de stimuler la croissance économique locale.
Une avancée lente et laborieuse
Malgré quelques travaux visibles, le processus de construction a connu de nombreux retards. Depuis 2024, des équipes ont toutefois travaillé sur certaines portions du tronçon, mais la majorité de la route reste une chaussée poussiéreuse, inégale, sujette aux remblais de boue et aux eaux stagnantes. Ces conditions rendent difficile la circulation quotidienne ainsi que les activités commerciales des habitants.
Une image claire de l’état du projet est accessible via Google Maps, illustrant la route départementale 152, qui relie Port-de-Paix à Anse-à-Foleur via Saint-Louis-du-Nord, dans le Nord-Ouest du pays.
« Une fois que le drainage sera terminé, il ne restera plus qu’à faire des remblais et à préparer la surface pour la pose de l’asphalte », explique Angelot Oracius Joseph, directeur du département du Nord-Ouest au sein du MTPTC, à la fin de l’année 2024. « Cette dernière étape sera bouclée en peu de temps. »
Les retards persistent, la première phase toujours inachevée
Malgré une certaine activité sur le terrain, le premier segment d’à peine deux miles n’est toujours pas achevé, près de deux ans après le début officiel du chantier. Les explications d’Oracius évoquent principalement des conditions climatiques difficiles, notamment des inondations, un sol fragile et un niveau d’eau souterrain élevé, qui compliquent l’installation du drainage.
« Pendant la mise en place des structures de drainage, il faut régulièrement pomper l’eau, ce qui ralentit considérablement le travail », précise-t-il, en insistant sur le fait que les travaux ont néanmoins continué sans interruption.
Les habitants, eux, dénoncent une progression bien trop lente par rapport à l’urgence que revêt ce projet, qu’ils considèrent comme vital pour leur mobilité économique.
Une citation recueillie sur le terrain met en lumière leur frustration :
« Si la construction d’un seul mile de route prend plus d’un an, il faudra plus de 15 ans pour achever ces 17 miles. Ce n’est pas normal pour un projet censé améliorer la circulation et le transport. »
Renel Fontil, âgé de 37 ans, dénonce ce retard chronique et s’interroge sur la gestion du projet.
« Si on met plus d’un an pour construire même un mile de route, cela signifie que nous attendrons plus de 15 ans pour tout finir. Ce n’est pas ce que j’attendais d’un projet destiné à améliorer le déplacement », affirme-t-il.
D’autres, en revanche, contestent la direction de la gestion du projet. Edinel Norméus, âgé de 39 ans, critique la stratégie mise en œuvre par le responsable.
« Le directeur Oracius n’a pas déployé de méthode efficace pour accélérer les travaux. Il peut quitter ses fonctions sans que le chantier ne soit terminé, ce qui serait catastrophique pour les trois municipalités qui attendent cette route », souligne-t-il.
Une photo illustrant le chantier montre des ingénieurs et travailleurs construisant une section du tronçon reliant Port-de-Paix, Saint-Louis-du-Nord et Anse-à-Foleur, avec des véhicules et des piétons qui passent à proximité des machines lourdes en activité, au cours du 23 janvier 2026.
Des espoirs économiques liés à l’achèvement du projet, malgré les questions de transparence et de financement
Malgré une frustration palpable, la population locale reste convaincue de l’importance stratégique du projet pour l’avenir économique du Nord-Ouest.
Les agriculteurs et propriétaires de petites entreprises espèrent que la route permettra de réduire leurs coûts de transport, d’accélérer les délais de livraison et d’accéder plus facilement aux marchés locaux.
« Quand cette route sera terminée, mes produits agricoles seront transportés plus facilement et plus rapidement vers les marchés », affirme Mercidieu Déliard, âgé de 55 ans. « L’État doit faire en sorte que ce projet progresse sans interruption. »
Frantzson Gustave, 46 ans, partage cet optimisme :
« Cette route sera un véritable moteur de développement économique pour nos trois communes. Nous attendons cela depuis longtemps. »
Cependant, la lenteur des travaux alimente aussi des inquiétudes quant à la gestion financière du projet. Oracius a indiqué qu’à ce jour, 1,9 million de dollars ont été déboursés pour les deux premiers kilomètres. En revanche, aucun détail précis n’a été publié concernant le solde de 13,1 millions de dollars.
« Il faut que l’argent déjà dépensé soit réellement utilisé pour faire avancer la construction », affirme Joanel Étienne, âgé de 65 ans. « Il est essentiel que l’on observe de la transparence et de l’intégrité dans la gestion des fonds, car il y a de forts soupçons de corruption parmi les responsables du projet. »
Pour la population, ce ne sont pas seulement des promesses ou des chiffres qui comptent : ce qui fera la différence, c’est la visibilité des progrès.
Le 29 janvier, les responsables ont indiqué que le drainage était à 90 % terminé et que la livraison des premières couches d’asphalte était imminente.
« Les travaux de drainage, malgré les difficultés rencontrées, sont maintenant finis à 90 %, assure Oracius. La population doit rester calme et patienter », recommande-t-il.
Pour l’heure, aucune nouvelle date de fin n’a été officiellement communiquée.