Le Congrès américain prolonge rétroactivement les programmes préférentiels pour l’exportation haïtienne
Washington, D.C. — Le Congrès des États-Unis a décidé de prolonger de manière rétroactive les programmes de préférences commerciales Haiti HOPE et HELP, assurant ainsi un accès sans droits de douane pour les exportations vestimentaires en provenance d’Haïti jusqu’au 31 décembre 2026.
Initialement, ces programmes devaient expirer le 30 septembre 2025. Leur maintien est crucial pour le secteur textile et de l’habillement en Haïti, qui représentait plus de 90 % des revenus à l’exportation du pays en 2020, selon le Département d’État américain. La prolongation rétroactive permet également de rembourser à tous les importateurs les droits de douane qu’ils ont réglés depuis l’échéance initiale, évitant ainsi des pertes financières importantes.
Date de prolongation
31 décembre 2028
Seuil de valeur
60 %
Clause rétroactive : Couvre les envois effectués après le 30 septembre 2025. Les demandes de remboursement doivent être déposées dans les 180 jours suivant la promulgation de la loi.
Voir les catégories d’habillement éligibles
Conformément à l’article 2, les produits suivants bénéficient du statut en franchise de droits :
- Vêtements assemblés en Haïti à partir de tissus ou de fils américains.
- Vêtements en maille fabriqués en Haïti (soumis à un plafond de 1,25 %).
- Articles possédant 60 % de contenu à valeur ajoutée haïtienne ou américaine.
- Soutiens-gorge et certains textiles à “valeur ajoutée”.
Les lois HOPE (Hemispheric Opportunity through Partnership Encouragement) et HELP (Haiti Economic Lift Program), instaurées respectivement en 2006 et 2010, accordent aux fabricants haïtiens un accès préférentiel au marché de l’habillement américain. Ces programmes ont permis de stabiliser le secteur et de positionner Haïti comme un partenaire de co-production pour les entreprises américaines. Selon l’Association Américaine de l’Habillement et des Chaussures (AAFA), ils ont été “déterminants dans le développement du secteur textile en Haïti” et ont soutenu aussi bien l’industrie textile américaine qu’haïtienne.
La prolongation intervient dans le cadre d’un projet de budget plus large, d’un montant de 1,2 billion de dollars, qui inclut aussi un renouvellement rétroactif de la loi sur la Croissance et l’Opportunité en Afrique (AGOA). Cette dernière offre un accès sans droits de douane aux pays africains éligibles jusqu’au 31 décembre 2026. Les droits de douane payés durant la période où l’AGOA était suspendue seront également remboursés.
L’industrie de l’habillement en Haïti doit faire face à des conditions souvent instables. En avril 2025, l’administration Trump a annoncé l’instauration d’un tarif douanier de 10 % sur les importations en provenance des Caraïbes, menaçant ainsi la stabilité de l’un des rares secteurs économiques en fonctionnement dans le pays. En 2023, les exportations de vêtements vers les États-Unis ont généré près de 844 millions de dollars, ce qui confère à Haïti une dépendance importante vis-à-vis de la demande américaine. Parallèlement, le pays continue à importer du pétrole raffiné, du riz et des tissus en coton, ce qui accentue le déséquilibre commercial et souligne sa dépendance à l’égard des marchés américains. Sans la prolongation des programmes HOPE et HELP, des experts craignent que le secteur de l’habillement, ainsi que les dizaines de milliers d’emplois qu’il génère, ne s’effondrent.
Les acteurs du secteur ont accueilli favorablement cette extension rétroactive, tout en insistant sur la nécessité d’un renouvellement plus anticipé et à long terme. “Si cette prorogation temporaire permet de limiter les pertes sur le court terme,” indique un communiqué de l’AAFA, “il faudrait un renouvellement proactif et durable pour assurer la prévisibilité, encourager l’investissement et garantir la viabilité économique des emplois américains liés à ces programmes.”
Maintenant que la prolongation a été obtenue, une fenêtre de temps limitée reste ouverte pour concrétiser des réformes significatives avant la fin du programme en décembre 2026. Les décideurs et les associations commerciales soulignent que la clé pour assurer la stabilité future de cette industrie est de garantir une solution à plus long terme, permettant de maintenir l’investissement et la croissance du secteur en Haïti.