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2 mars 2021

Wilson Laleau et la trilogie interpretative de ses pleurs

Après l’effet de boomerang produit par la sécrétion des canaux lacrymaux de Mr Wilson Laleau sur le plateau de Télé Métropole, je me permets d’analyser sur trois angles cette réaction inattendue et inédite d’un homme dans la stratosphère politique haïtienne.

Wilson Laleau et la trilogie interpretative de ses pleurs 1

Écrit par Dr Jean Ford G. Figaro

«siw paka kriye pafè lèd» pwoveb kreyol.

Le dossier Petro Caribe semble avoir un effet lacrymogène et se constituer comme un irritant pour une frange de la classe politique du pays. Cette attitude hautement médiatisée doit être étudiée avec minutie par toutes les spécialités qui étudient le comportement social de l’homme. La culture de larmoyer et particulièrement en public, n’est pas trop répandue en Haïti chez le genre masculin. Depuis le très jeune âge, on a appris aux petits garçons qu’ils ne doivent pas pleurer et qu’ils sont nés pour être durs. On y voit plutôt une faiblesse, une inconvenance. Seules les femmes ont ce droit.

Selon Alain Braconnier, psychiatre et psychanalyste, la femme pleure cinq fois de plus qu’un homme. Les hommes exprimeront donc davantage leurs angoisses et leurs contrariétés par la colère ou le mutisme, quand les femmes se laisseront aller à libérer leurs larmes.L’être humain s’expose à trois sortes de larmes : les larmes de réflexe (sous l’effet d’une irritation chimique ou physique) ; les larmes d’émotion, produites par la glande lacrymale principale ; et les larmes de lubrification (qui lissent la cornée), produites par de plus petites glandes. J’ajoute un dernier type qui sont les larmes de Crocodiles pour désigner une manifestation émotionnelle fausse, non-sincère en vue de tromper les autres.

Primo, sur le plan culturel
Pleurer possède une fonction culturelle où l’émotion n’est pas forcément prédominante. En nous référant au cadre anthropologique haïtien, devant une situation d’accusation, l’haïtien est capable de pleurer. D’abord, il le fera pour prouver son innocence face aux accusations. Il est tellement indigné que ses émotions se traduisent de la sorte. Et peut-être, les gens diront qu’il est irréprochable. Ensuite, ce même individu, sachant qu’il a commis le forfait, par audace et pour se justifier, versera des larmes. C’est ce que l’haïtien appelle “ zye sech”. Les pleurs peuvent fonctionner comme un signal pour attirer l’attention des autres et susciter la sympathie ou faire baisser l’agressivité de la société à cause de la dilapidation des fonds Petro Caribe dont Mr Laleau est indexé et soupçonné par les manifestants. Dans les deux cas, il faut être vigilant pour ne pas se laisser prendre ou se tromper de l’un ou l’autre.

Segundo: sur le plan psychologique.

Depuis l’antiquité, les Grecs et les Romains avaient associé aux pleurs un effect libérateur et purificateur. Le docteur Alexander Lowen, fondateur de la thérapie bioénérgetique (thérapies visant à rendre à l’individu son équilibre en l’aidant à libèrer son énergie vitale) révèle qu’en pleurant, nous libérons le corps de ses tensions. Il va plus loin : « Pleurer évite la spirale infernale des angoisses et de la dépression. » Une théorie qui n’aurait vraisemblablement pas plu à Freud. Pour lui, pleurer indique que l’on a pleinement retrouvé la mémoire d’un événement traumatique. À la lumière de ces deux théories, le stress des accusations et le souvenir d’avoir agi dans un sens ou autre, pourraient en être les principales causes.

Tertio, sur le plan médical,
Selon le journal britannique, The Independent, dans neuf cas sur 10, pleurer contribue à se sentir mieux, réduit le stress et peut aider à conserver l’organisme en bonne santé. Le système nerveux est aussi primordial. Le système para sympathique est chargé de rétablir le calme après une accumulation de tensions dans le corps. Il pourrait déclencher des larmes. Après une accumulation de stress, verser des larmes serait une façon instinctive de retrouver un équilibre. «Les éléments chimiques produits dans le corps durant une période de stress seront éliminés grâce aux larmes », avance le professeur William Frey, de l’Université du Minnesota. Si efficace que les chercheurs pensent qu’il faut trouver un moyen d’inciter à pleurer ceux qui trouvent difficile de se laisser aller. Donc, il est salutaire pour le bien-être biologique de Laleau de pleurer.

En maintes occasions, Bill Clinton et Barack Obama ont pleuré. Sans oublier que Jésus lui-même avait pleuré. Du point de vue de ce triptyque, élaboré sur une base culturelle et médico-psychologique, il n’y a rien qui ne soit pas humain. Il reste aux spécialistes de l’observation comportementale d’interpréter l’écoulement de sève de l’ancien ministre. Au commun des mortels et à la jeunesse haïtienne qui demandent que le dossier Petro caribe soit élucidé, de dire si les larmes de Wilson Laleau sont honnêtes ou sont considérées comme celles des crocodiles. Pour combattre le stress pathologique de nos culpabilités ou autres, pleurer, pleurer encore, et pleurer autant que vous puissiez….

Dr Jean Ford G. Figaro.
Urgences médicales de santé publique.
Boston University.

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