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26 février 2021

Punaises pour guérir le SIDA: une prescription pastorale pour l’enfer

L’archétype de théologie suicidaire et vulgaire que préconise le prophète de malheur n’est pas unique dans le subconscient de l’humanité. Le pasteur Makenson illustre de façon spectaculaire la dérive des mouvements religieux évangélistes à l’haïtienne, pratiquant le grand spectacle et le culte de la personnalité.

Punaises pour guérir le SIDA: une prescription pastorale pour l’enfer 1

Écrit par Dr Jean Ford G. Figaro

Le 18 novembre 1978, dans la communauté de Jonestown au Guyana, des militaires américains découvraient avec horreur les cadavres de 909 personnes qui s’étaient suicidées en buvant du jus de fruit additionné de valium et de cyanure. Ce suicide collectif était conseillé par un pasteur américain, Jim Jones.

Si les pasteurs sont appelés pour soulager les âmes endolories et conduire le troupeau de Dieu au paradis, cet individu, visiblement sans grande formation pastorale et théologique se donne la mission d’empoisonner le corps de ses fidèles par une recette pharmacologique, que lui seul connaît le secret et la composition chimique. Depuis des mois, à travers les réseaux sociaux, la société haïtienne a découvert un nouveau spécimen, qui selon certains observateurs, est très utile en absence des salles de théâtre, pour son aisance et capacité de provoquer le rire à son public et les internautes.

Dans un pays sérieux comme les États-Unis, le prophète ou pasteur Makenson aurait déjà été sous le contrôle de la justice pour usurpation de titre, pratiquer la médecine sans licence et recommander une prescription non encore scientifiquement prouvée, violant les dispositions législatives et réglementaires relatives à la profession et recherche biomédicale.

Seul un professionnel qualifié et certifié de la médecine peut se permettre le luxe de conseiller ou prescrire des thérapies ou autres pratiques à des patients. Avec grande stupéfaction, des milliers d’haïtiens ont regardé le pasteur sans aucune gêne, exhorter aux membres et curieux de sa congrégation de consommer dans un cocktail, une quantité de vingt et un (21) punaises pour la guérison de la maladie de SIDA.

Je voudrais faire remarquer pour le pasteur que jusqu’à présent, il n’y pas de guérison ou traitement définitif pour le VIH/ SIDA. Il saurait été plus efficace et raisonnable dans sa folie curative, s’il avait appelé ses partisans zélés à utiliser des méthodes de prévention pour se protéger de cette pandémie. Son message aurait été plus retentissant, s’il avait invité les jeunes à l’abstinence sexuelle, la fidélité dans le mariage et l’utilisation des condoms. Au lieu de prier pour les femmes qui vivent en promiscuité sexuelle et en concubinage avec plusieurs hommes, il aurait dû les encourager de préférence à éviter les relations sexuelles non protégées.

Après plus de vingt quatre heures de cette maudite déclaration, aucune instance responsable de l’état n’a pipé mot. Aucune note de l’association des médecins haïtiens pour démentir et réprimander le charlatan. Je me demande est-ce qu’on va attendre la mort de plusieurs de ces personnes immunosupprimées, qui peut-être, ont déjà commencé à boire de cette substance dangereuse pour le dénoncer et le contraindre à la raison? À quand une décision comme celle du président rwandais, Paul Kagame, sur l’explosion des sectes religieux et la vulgarité de leurs hérésies en Haïti?

Cette dernière provocation de Mr Makenson devrait réveiller les autorités de l’état haïtien de leur sommeil léthargique afin de contrôler et verrouiller le système. Le ministère de la santé doit jouer son rôle de police afin de surveiller sur la santé de la population. Le parlement doit voter une loi qui règlementera la profession de la médecine en Haïti. Enfin, il s’avère important, la création de l’ordre des médecins haïtiens qui jouera le rôle de défenseur et de régulateur de la profession médicale dans le pays. Si tout le monde a peur des esprits de Makenson et de sa force médiatique, moi, je prends ma responsabilité en main comme médecin pour dire Non à ses velléités malsaines de profiter de la naïveté et l’ignorance d’une partie de la population haïtienne.

Dr Jean Ford G. Figaro,MD,MsC
Expert en urgences médicales de santé publique.

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