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13 novembre 2019

Nouvelle rentrée judiciaire 2019- 2020: entre défis et perspectives

Nouvelle rentrée judiciaire 2019- 2020: entre défis et perspectives 1

Par: Jonathan PIERRE, avocat au Barreau de Port-au-Prince

Il est de principe pour chaque nouvelle année, pour tout nouveau départ, d’avoir un regard rétrospectif, car pour bondir de l’avant il faut savoir reculer pour prendre de l’élan.

Sur ces entrefaites, l’année judiciaire 2018-2019 a été pour nous tous un véritable manque à gagner. Débutant avec l’arrêt des prestations judiciaires de nos confrères qui réclamaient justice pour les avocats brutalisés par la police, en passant par la grève des magistrats pour aboutir aux grands mouvements de protestation, tout ce qui est de sérénité et de sécurité, manquaient à l’avocat qui a le souci de mener à bien sa mission.

La situation d’insécurité qui sévit à Port-au-Prince et dans les parages du tribunal de première instance, démontre à quel point notre profession est menacée.

Le jeune avocat que nous sommes a dû confronter à ces pénibles situations. En pareille circonstance, on est unanime à admettre que l’année a été très difficile pour nous tous. Avec pratiquement 4 mois de fonctionnement des tribunaux, hors mis les activités extrajudiciaires de certains de nos confrères, il est impensable d’entamer une bonne procédure à moins qu’on utilise les gens du système tout en banalisant les notions de bienséance et de civilité ou d’éthique tout court.

Pour cette nouvelle année que peut-on espérer? Est-ce qu’elle sera meilleure que l’année précédente?
En tout cas, la situation politique actuelle ne nous donne que de mauvais présages. le politique est au centre de tout malheureusement dans ce pays. Toutefois, l’avocat doit être au dessus de la mêlé. Nous devons éclairer cette société qui est sur le point de tomber en déconfiture.

Par ailleurs, des juges compétents, intègres et honnêtes constatent le non-renouvellement de leur mandat tandis que ceux qui sont proches du pouvoir bénéficient sans vouloir exagérer, d’une tacite reconduction. Les huissiers, greffiers sont sous- rémunérés.

Dans la foulée, aucune avancée significative dans l’affaire petrocaribe, le dossier du massacre de la Saline est en cours d’instruction, mais quelle instruction? s’il est vrai que l’honnêteté et l’impartialité du magistrat instructeur chargé du dossier ne sont pas à douter mais on est en droit de se demander quelle sera la suite à donner dans le cadre de cette affaire, lorsqu’on sait pertinemment que ce crime odieux a été commandité par le pouvoir en place, suivant les différents rapports des organismes de défense des droits humains?

Des bandits notoires traînent dans les rues alors que des gens en détention illégale et abusive croupissent dans les centres carcéraux du pays. Dans ce désordre généralisé, l’avocat a son rôle à jouer en tant qu’acteur judiciaire.

Notre Barreau, dernier rempart de la démocratie et de l’État de Droit, a l’impérieuse obligation de s’impliquer beaucoup plus dans les affaires nationales. On doit être beaucoup plus utile à la nation comme ce fut le cas à l’époque de la dictature où certains Bâtonniers ont dû même pris la fuite parce qu’ils défendaient l’intérêt général.

On doit dénoncer, proposer et même imposer des solutions qui tendent à sortir notre pays de ce bourbier. Si la justice doit élever la nation, le Barreau est contraint de se montrer beaucoup plus fort et uni, s’engager pour mieux servir, adresser les vrais problèmes de notre justice bancale, et de combattre la corruption sur toutes ses formes, en commençant bien entendu par tracer de bons exemples dans nos rangs.

Ce ne sera pas un vœu pieux dans la mesure où nous conjuguons ensemble tous nos efforts et moyens. Pour y arriver, notre Barreau doit se démarquer de toutes influences étrangères. Il doit voir son indépendance renforcée ainsi que la sécurité de ses membres.

En un mot nous devons avoir un plus grand Barreau au service des avocat(e)s, et surtout au service du pays. Ensemble, attelons-nous à jouer notre rôle de gardien de l’État de Droit.

combattons encore et encore cette injustice faite à la nation Haïtienne;
évertuons-nous à restaurer l’État de Droit de cette totale anarchie.

Luttons tous ensemble pour combattre la corruption qui ne cesse de gangréner notre société.
Puisse le prochain bâtonnier ainsi que son conseil être en mesure de surmonter ces grands défis.

À ne pas oublier l’avocat a toujours été un militant, pour dire vrai un combattant.
L’avenir nous appartient. Sur ces mots, je souhaite à tous les confrères et consœurs de la basoche une bonne année judiciaire dans la combativité.