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24 octobre 2021

Lettre responsive de M. Alix BOUCICAULT, ex Conseiller de la Commission Nationale de Jeunesse, à celle de Me. Nadine DORELUS, adresser au Président Jovenel MOÏSE

Ma très chère collègue Nadine, j’ai pris le temps de lire avec sérénité ta lettre ouverte adressée au Président de la République en date du 28 mars 2020. J’ai vraiment apprécié la teneur de ton texte et te connaissant, tu es restée fidèle à la personne que j’ai eu la chance de côtoyer dans la commission : une humaniste, une personne de grand cœur, de partage qui se soucie du bien des autres.


Effectivement, comme tu l’as mentionné dans ta lettre, en juillet 2017, le Président de la République son Excellence Jovenel MOÏSE avait créé par arrêté présidentiel une commission dénommée Commission Nationale pour l’Innovation et l’Insertion Socioprofessionnelle des Jeunes, laquelle avait investi 23 citoyens et citoyennes du pays d’une noble mission qui consistait à :

  • Contribuer à la mise en place, dans les différents départements du pays, de tous dispositifs d’accompagnement spécifiques d’insertion socioprofessionnelle au bénéfice des jeunes, en vue de réduire le temps de transition formation-emploi ;
  • Faciliter l’adoption et la mise en œuvre des politiques publiques en matière d’insertion des jeunes par l’activité économique, sociale, culturelle et récréative ;
  • Contribuer à la cohésion sociale en appuyant les catégories les plus vulnérables et en facilitant les contacts entre les jeunes des différentes régions du pays et des différentes couches sociales ;
  • Monter des structures similaires relevant de la commission aux niveaux départemental et communal ;
    Pourtant, en ce temps de crise sanitaire que connait le monde avec cette pandémie mortelle dont Haïti connait ses premiers cas d’infection, il serait justice de préparer et d’outiller les jeunes des comités locaux dont moi j’appelle « La Réserve Civique » pour entamer dans toute l’étendu du territoire de Les Irois (Grande Anse) à Ouanaminthe (Nord Est) une grande campagne de sensibilisation et de mobilisation contre le COVID-19. Mais au lieu de faire appel à eux le Premier Ministre Joseph JOUTHE dans son circulaire No.001 a choisi de mettre hors-jeu ces jeunes et à ordonner à son Ministre de la Jeunesse, des Sports et de l’Action Civique M. Max ATTYS « de mobiliser les associations des jeunes des quartiers à l’effet de sensibiliser la population sur les risques liés à la pandémie du Coronavirus et la conduite responsable à tenir ; »
    Rappelons à ce gouvernement que ces jeunes dont il est question sont pour l’essentiel des professionnels de différents domaines et dans lesquels d’autre part l’Etat haïtien eu à investir à investir à travers de la commission de jeunesse des ressources dans leur formation et leurs avaient doté de matériels qui peuvent être très utiles en ce moment pour faciliter la communication et transport.
    Loin pour moi d’aborder de la même veine que toi pensant qu’il s’agit d’une petite incompréhension de la part de l’Exécutif je crois plutôt qu’il est une question de choix car ceci rentre dans le modèle de gouvernance atypique des hommes politiques haïtiens qui se manifeste par :
    1- Premièrement, aucune continuité de l’Etat, à chaque changement d’administration ou de gouvernement les initiatives précédentes sont jetées dans les oubliettes, discontinuées. Aucune prise en charge ne sera faite par les nouveaux preneurs de responsabilité.
    2- Deuxièmement, les politiques menées ne sont souvent inscrites dans aucun cadre de politique publique ni dans une logique d’apporter des changements en profondeur.

  • Malheureusement très chère collègue, la commission ainsi que les comités locaux ont été bien dommage, des initiatives capricieuses des chefs. Par ailleurs, le non renouvellement du mandat de la commission m’a offert l’occasion de me poser la question à savoir : est-ce que la commission après son installation avait continué de bénéficier le soutien du Président de la République ? Rappelons-nous, commissaire, que durant une année de mandat pas même une seule fois le Président n’a rendu visite à la commission si ce n’est que des salutations d’usage lors de quelques cérémonies officielles. Et la seule visite proche de lui que nous avons reçue fut celui de son ex Directeur de Cabinet M. Wilson LALEAU au cours de notre retraite en septembre 2017.
    Dans ta lettre tu as parlée de confusion, alors, je te préviens tu n’en finiras jamais par t’étonner en Haïti de la façon dont se fait l’administration. Tu aurais été encore stupéfaite de voir la page facebook de la Secrétairerie d’Etat à la Jeunesse où notre inestimable collègue commissaire devenu Secrétaire d’Etat M. Charlot JACQUELIN JUNIOR posant fièrement aux côtés d’un consultant blanc « pèpè » annonçant qu’il vient de commencer les premières consultations pour une véritable politique de jeunesse.
    N’est-ce pas un affront à la République, à nous ex commissaires et à la jeunesse haïtienne toute entière ? Lui qui fut l’un des nôtre ayant participé à la validation du document de « Politique publique d’insertion socioprofessionnelle ». Qui a été aussi notre mandat a eu l’impertinence et l’impropre de rejeter ce document d’un revers de main en disant tacitement qu’aucun travail n’a jamais été entrepris en la matière. Quid de ce document dit soumis au Président de la République et quel est son avenir ?
    J’ai agité ceci sur le forum WhatsApp de la commission, personne n’a réagi publiquement.
    En créant cette nouvelle fonction (ce nouveau job) sans institution je suis persuadé que c’est encore de l’argent de l’Etat qui va être gaspillé et des consultants « blanmanan » qui vont être grassement payé aux frais de la princesse pour nous concocter des réflexions bidon n’ayant aucun rapport à la réalité haïtienne.
    Pour en finir avec mes pensées je me demande est-ce que nous avons conscience de ce que l’on fait à cette nation ? Est-ce un fait exprès ? Est-ce de la malchance d’avoir ce pullulement d’incompétent, de cynique à la tête de ce pays pour nous autodétruire en gaspillant autant d’énergie et d’argent en des initiatives dans lesquelles nous n’avons aucune foi et qui n’ont pas de lendemain ? Dans un pays pauvre comme Haïti où la majorité de la population vit sous le seuil de la pauvreté avec moins de 1$ américain, chaque centime se devait être utilisé avec beaucoup d’efficacité et d’efficience pour des projets soutenables et durables.
    Chère Nadine, je t’ai pas fait de réponse pour ta lettre au Président de la République, c’est lui qui te le doit si réponse il en a. Mais, ma démarche s’inscrivait plutôt dans une approche critique de la façon de gouverner en Haïti qui est toujours de l’informel et du personnel et aussi pour t’ouvrir les yeux. Tout est fait pour une raison en Haïti il n’y a rien d’anodin.
    Veuillez recevoir Me. DORELUS mes salutations patriotiques.

Alix BOUCICAULT
Politologue
Masterand Sciences du Développement
Ex membre de la Commission Nationale de Jeunesse
[email protected]

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