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2 juin 2020

Les vieux ont échoué, les jeunes ont dévié.

Les vieux ont échoué, les jeunes ont dévié. 1

Par : Me CLERVEAUX Estéker

De mon temps, on disait « Pitit se byen pòv malerèz ». Les parents très pauvres comptent sur leurs enfants, une fois devenus vieux, pour les soutenir. Cependant, cette mentalité a évolué. Désormais, certains parents comprennent qu’il faudrait mieux nourrir, soigner et éduquer leurs progénitures. De plus en plus de mères pratiquent le planning familial. Néanmoins, n’empêche que 30% de la population soit encore des ados. Dès lors, on se questionne sur cette génération qui, elle-même, se cherche.

Souvent, les « granmoun » (génération X) reprochent aux jeunes (Gen YZ) d’être des délinquants pour la plupart. Et pourquoi donc? Parce que notre génération connait le rap. Le hip-hop haïtien a pris dans les années 90. Comme si chaque génération n’a pas connu sa mouvance sociale. On dirait parfois qu’on nous considère comme une génération en déperdition

Comme qui dirait; c’est fini, nous n’avons plus rien à faire que de nous accuser et nous condamner mutuellement. Ce qui est tout, sauf la solution à notre problème. Si un jour nous voulons sortir Haïti de ce pétrin, nous devrons nous regarder autrement. Les jeunes doivent voir dans les vieux l’expérience et la sagesse. Les vieux doivent voir dans les jeunes l’espoir et l’innovation. A un certain moment de la durée, nous devons poser ensemble les problèmes de notre pays en toute objectivité, sans arrière-pensée, sans complexe. Haïti appartient à toutes ses générations, et en retour, toutes les générations sont responsables de la situation d’Haïti et doivent agir ensemble en conséquence. Mais tout compte fait une génération s’en va. Et nous qui sommes jeunes allons devoir la remplacer. Beaucoup de problèmes nous sont légués, mais aussi une grande histoire. Allons-nous chercher à découvrir comment le monde fonctionne, maîtriser les grands dossiers de notre temps, nous préparer à l’efficacité pour prendre les décisions qu’il faut et nous hausser à la hauteur de notre histoire? Allons-nous prétexter que nous ne sommes pas prêts et accepter gentiment la sempiternelle défaite historique confirmant le cliché – la malédiction choisie – que nous ne pourrons jamais prendre le destin notre pays en main? De toute façon, nous n’aurons aucune excuse. Le constat d’échec sera pareil à celui d’aujourd’hui si nous ne prenons pas nos reponsabilités. Demain se prépare aujourd’hui. C’est un bon citoyen qui peut faire un bon leader. Un bon leader est quelqu’un qui donne à son pays de longueur d’avance et prend des décisions adaptées. Agissons avant qu’il ne soit trop tard.

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La fin d’une ère devrait marquer la venue d’une nouvelle. Trente ans après la chute duvalérienne, la classe politique haïtienne a piteusement échoué. Ici, le nombre de jeunes à nourrir, éduquer et soigner est si élevé que l’État n’arrive pas à subvenir à leurs besoins. J’espère avoir éclairé vos lanternes et ceux de nos compatriotes feignent de ne pas savoir de quel échec il s’agit.
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D’un autre côté, une partie de la jeunesse actuelle croit dans son dynamisme et sa qualification. Une jeunesse compétente qui se veut au cœur des décisions, au cœur de l’action. En ce qui me concerne, je pense qu’il serait probable de combler tout fossé générationnel. Comme dit, le vieil adage, « Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait« . Tout ça pour dire quand on est jeune, on manque bien entendu d’expérience et de vécu; et dans nos vieux jours, on possède l’expérience mais plus la vigueur de sa jeunesse.

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Une autre Haïti est-elle possible avec sa jeunesse?

Si de jeunes oisifs passent leurs journées à ne rien faire, à s’adonner à la bouteille, une autre partie pense autrement. Du coup, certains jeunes de la génération consciente se demandent combien d’entre eux croient qu’il est possible de remettre Haïti sur la voie du progrès socio-économique. Effectivement, si certains se plaignent du mal du pays, d’autres préfèrent prendre l’initiative. En fait, depuis quelques temps, on voit bourgeonner un esprit d’entrepreneuriat en Haïti.

C’est un peu triste à dire ! Mais, parfois on ne saurait empêcher un jeune de partir quand on ne peut l’offrir le meilleur. Le pire, c’est quand les jeunes jurent de ne plus revenir. Franchement, on les comprend. Souvent, de retour au pays, ils sont la cible potentielle de voleurs depuis l’aéroport. Cependant, on craint que la jeunesse qui constitue la couche arable de notre pays soit déversée vers l’extérieur. Si l’on ne peut encore guérir le mal, rien ne nous empêche de le prévenir. Nous sommes nombreux à nous engager à notre manière. Professeurs, artistes, jeunes leaders… sauf les politiques peut-être.

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▪Me CLERVEAUX Estéker
▪Défenseur de la jeunesse Haïtienne
▪Le fils du Nord’ouest

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