28 °C Port-au-Prince, HT
30 octobre 2020

Le drapeau haïtien de nos jours est bafoué

Par: Dominique Akao Gerson

Le bicolore haïtien reste le témoignage et le symbole vivant de différentes batailles meurtrières conduisant à l’indépendance d’Haïti. On est le premier peuple noir ayant décidé de dire non à l’esclavage et non à l’inégalité raciale. Le premier janvier 1804 marque le jour où ce peuple nègre a gravé son nom dans l’histoire de l’humanité. Auparavant, soit le 18 mai 1803, il choisissait comme drapeau, pour traduire sa fierté et sa joie d’être libre, un précieux tissu bicolore reflétant son passé et sa réalité sociale.

Ce morceau d’étoffe dont l’empreinte d’une artiste-couturière y est, possédait beaucoup de considérations depuis le jour de sa création aux yeux de cette jeune nation. Les haïtiens avaient pour devoir de le vouer respect, car il symbolisait son existence de peuple.

Autrefois, le drapeau représentait donc la fierté de tous les haïtiens. Pour l’en témoigner, tous les matins, dès qu’il sonnait 8 heures d’horloge, la population s’accoutumait de saluer la montée du drapeau au niveau de toutes les institutions publiques. Chaque citoyen se trouvait dans l’obligation de se rallier autour du drapeau avec révérence. Par ailleurs, dans les écoles, les élèves s’alignaient à la file indienne pour chanter en cœur l’hymne national d’Haïti au moment où l’on procède à l’hissement du drapeau.

Aujourd’hui, cette tradition ancestrale ne fait plus partie de notre cadre de vie. La commémoration de la fête du drapeau pendant cette année 2018 en est bien la preuve.

LIRE AUSSI:  Gilets Jaunes et Petrochallenge: deux véritables mouvements populaires.

Pour marquer cette journée si déterminante dans l’histoire d’Haïti, à côté de la pompeuse cérémonie organisée par les grands commis de l’état à l’arcahaie dans la cité où l’on créa le bicolore haïtien, il y a des parades qui embellissent certaines rues des grandes villes alors que dans le reste du pays, elle est passée comme une lettre à la poste et de manière inaperçue. Pire encore, les jeunes âgés entre seize et vingt ans ont saisi cette occasion, par méconnaissance, pour manifester leur mépris à l’égard du drapeau. Pour en avoir preuve de cela, il suffit en effet de sillonner les coins et recoins des régions où se situent les monuments historiques.

À fort Jacques, en plein air où la nature est dans sa douce clémence, voilà le spectacle qu’ils offrent: chacun est muni d’une bouteille en main, le drapeau amarré dans leur ceinture, des hauts parleurs qui leur laissent emportés par le vent sous l’instrumentation dune chanson rythmée au style du « rabòday » en promouvant l’obscénité. Cette scène se mélange avec l’effet de la drogue et de l’acool qui leur permet à se déhancher au rythme de ce mode nouveau.

LIRE AUSSI:  Qui sera le gagnant de la diversion politique ?

Ces écoliers à fleur de jeunesse affichant grandement leur méconnaissance vis à vis du passé de leur pays, confient que c’est la façon la plus agréable pour un jeune haïtien de célébrer la fête du drapeau.

Parallèlement, en ce jour, si vous branchez une station de radio ou une chaîne de télévision haïtienne, les teneurs des diffusions vous porteront à une profonde réflexion. Il faut souligner que quelques-uns d’entre-eux assurent le relaie de la cérémonie officielle qu’on organise à l’archaie, et rien de plus.

Il est donc urgent pour que les sociologues, les historiens, les communicateurs, les politologues haïtiens amplifient leur travail, car nos valeurs culturelles ancestrales sont en péril et en voie de disparition. Lorsqu’on sait qu’un peuple qui ignore son passé, ne pourra donc jamais bâtir son présent, voire son futur: cette génération d’homme et de femme nous donne beaucoup à réfléchir.

Paru le 23 mai 2018

error: Content is protected !!