27 °C Port-au-Prince, HT
12 mai 2021

Le miroir de l'info !

Le calvaire d’une personne transgenre dans le milieu scolaire Haïtien

Catalina Normil, une élève transgenre

En Haïti, le transexualisme demeure un sujet tabou même à l’école. Discriminés, stigmatisés, les trans se livrent un combat de gladiateur dans le système scolaire Haïtien. Obligés d’abandonner l’école prématurément ou vivre malgré eux-mêmes dans le refoulement, les plus courageux dressent un tableau alarmant de leur situation.

Vivre sa transidentité dans un établissement scolaire Haïtien se révèle plus qu’un fardeau. Catalina Normil est une transfemme âgée de 19 ans, elle est actuellement en classe de seconde. Elle raconte son calvaire dans une école publique située à Port-au-Prince.

Témoignages

– Je suis une femme transgenre. J’étais au lycée Antenor Firmin, c’était difficile pour moi de m’adapter avec les élèves parce qu’ils ne voulaient pas accepter mon identité de genre. Cela m’empêchait de bien travailler à l’école. De la 7e Année Fondamentale au 3e secondaire, j’ai connu l’enfer au lycée Anténor Firmin.

À en croire Catalina, le milieu scolaire Haïtien n’est pas propice à l’apprentissage pour une personne Trans.

– Je ne me sentais pas du tout à l’aise à mon école. En réalité, les écoles Haïtiennes sont transphobes. Moi-même j’ai été au lycée, j’ai vécu une expérience infernale. L’école en Haïti pour les transgenres est plus qu’un enfer. Ce n’est pas du tout facile pour nous. Et en plus, on ne nous traite pas avec respect.

Même tonalité du côté de Twyla Désir, une trans femme qui depuis 3 ans a décroché son diplôme d’études secondaires. Son expérience à l’école lui rappelle un passé sombre, dont les stigmates sont encore visibles.

– Je n’étais pas la bienvenue à mon école à cause de mon expression de genre. En effet, j’étais très effémininé. Les élèves me rendaient la vie impossible, au point que jusqu’à présent ces mauvais souvenirs me hantent encore. Si je rencontre un de mes anciens condisciples, je ne vais pas le saluer. Parce qu’il est certainement parmi ceux qui m’ennuyaient ou qui m’empêchaient d’apprendre et de réaliser la carrière professionnelle dont je rêvais.

Selon joseph karl ponty mathieu, psychologue de formation, le fait qu’une personne trans soit victime de discrimination et de stigmatisation à l’école, agit sur sa santé mentale et l’amène parfois au suicide. Pour cause, cette catégorie sociale a recours au refoulement. Une situation qui n’est pas sans conséquence sur leur rendement scolaire.

– En Haïti, on ne peut pas vivre sa transidentité dans un établissement scolaire. Tout élève trans se voit obligé de rester dans son placard. Ce qui crée une sorte de frustration chez ce dernier qui par conséquent ne pourra pas bien travailler à l’école.

Par ailleurs, le psychologue explique pourquoi le milieu scolaire Haïtien est aussi intolérant vis à vis des trans.

– L’école en Haïti, je dirais, crée une sorte d’exclusion. En Haïti, il n’existe presque pas d’école mettant des cours basés sur l’orientation de genre à la disposition de leurs élèves. Et pourtant, cela aurait diminué ou encore éliminé les violences dont sont victimes les personnes transgenres à l’école.

Plaidant pour une réforme éducative, la directrice d’école, Florence Jean Louis Dupuy, fait des recommandations.

-J’ai essayé d’insérer un cours d’éducation sexuelle au programme des élèves de mon école. En Haïti, c’est un cours qui est absent à l’école ou qui est très mal dispensé. Donc, de mon côté, j’apprends aux élèves qui suivent ce cours avec moi à être tolérant et à respecter l’orientation sexuelle des autres. Mais, pour avoir un milieu scolaire tolérant vis-à-vis des personnes transgenres, il faut à cet effet une réflexion qui déboucherait sur une politique et même une ligne directrice.

En Haïti, à l’heure actuelle, aucune étude, aucune enquête n’a été jusqu’à présent réalisée sur le parcours des transexuels dans l’enseignement. Selon un article publié sur le site pédagogique belge, jereussi.be, plusieurs études menées au niveau européen rapportent qu’une personne sur 5 de la communauté des Lesbiennes, Gays, bisexuels, transexuels et intersexes déclarent s’être senti discriminé par le personnel éducatif.

L’action communautaire pour l’intégration des femmes vulnérables en Haïti, qui est une organisation locale qui milite pour le respect des droits des trans, n’entend pas rester de marbre devant la situation de sa communauté dans le système éducatif Haïtien. Son vice président, Val Richecarde annonce des perspectives.

– En Haïti la majorité des personnes Transgenres n’arrivent pas à boucler leurs études secondaires. En ce qui a trait aux droits de l’homme, il est impératif que tout le monde ait accès à l’éducation. Le pire, le pays n’a aucune donnée sur la transidentité. Ce n’est que cette année, soit le premier novembre qu’on a débuté la mise en oeuvre d’un programme visant à mener une enquête sur la situation des personnes transgenres surtout en milieu scolaire. Entre autres impacts que ce programme va enclencher, c’est que nous aurons dorénavant des données à partir desquelles on pourra mener des plaidoyers surtout à l’ONU pour exiger une réforme dans le système éducatif Haïtien.

Pour briser les tabous et faire évoluer les mentalités sur la transidentité à l’école, Ce serait une obligation d’agir en toute urgence sur la nécessité de mettre en place une politique d’inclusion dans le secteur de l’éducation.

Akao Gerson Dominique

error: Content is protected !!