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11 décembre 2019

La diaspora Haïtienne: pivot d’une économie rachitique

La diaspora Haïtienne: pivot d'une économie rachitique 1

Par: Bernado TINTIN

La diaspora Haïtienne occupe une place grandissante dans le fonctionnement socio-économique du pays. Regroupant des citoyens éparpillés dans divers pays du monde dont l’estimation est d’environ quatre millions, la contribution de la diaspora Haïtienne est vraiment colossale. Une telle contribution est la preuve d’une solidarité entre les membres de la dispora et leurs proches en Haïti.

En effet, selon les données étatiques, la diaspora Haïtienne a transféré environ 3.2 milliards de dollars au pays en l’an 2018. Cela traduit une augmentation de 18℅ par rapport à l’année 2017. Pourtant, en 2012 cette aide n’a atteint que 2 milliards de dollars. L’importante vague migratoire vers l’Amérique du Sud, en particulier le Brésil et le Chili ont probablement une influence non-négligeable sur cette augmentation.

Il est à noter que ces données étatiques ne peuvent pas prendre en compte l’argent envoyé en Haïti par une tierce ou l’argent que les membres de la diaspora viennent partager avec leurs proches. Ce qui permet de douter un peu sur la valeur réelle de ces données.

De plus, les transferts de la diaspora ont beaucoup d’effets vertueux sur le fonctionnement de nombreuses sphères d’activité. En effet, l’aide fournie par la diaspora sert en grande partie à investir dans le secteur éducatif, dans le domaine de la santé, dans l’entretien des familles, dans la construction de maisons et dans la création de petites entreprises. En ce sens, le secteur informel est un grand bénéficiaire de cette aide vu que l’Etat Haïtien n’a ni la volonté ni la capacité de créer des emplois.

En dépit de toute aide, le pays patauge toujours dans une situation de précarité économique. L’aide des ONG et celle venue directement des puissances impérialistes n’ont pas pu contribuer au développement du pays. Alors, ne pourrait-on pas canaliser l’aide de la diaspora à des fins de développement, sachant que cette aide représente 37℅ de toute la richesse produite dans le pays en 2018?

En dépit de la prolifération de l’aide des puissances étrangères à l’égard du pays, Haïti n’a pas cessé de faire face à une crise organique ou structurelle. Cette aide a fait l’objet d’un échec monumental. Vu qu’elle n’est pas liée au développement, mais à l’humanitaire. L’aide fournie au pays après le tremblement de terre du 12 janvier peut en témoigner. En fait, il n’y a que 1℅ de toute l’aide qui passe par l’État Haïtien, sous prétexte que celui-ci est corrompu.

En ces temps-ci, l’économie Haïtienne est en état d’extrême précarité. Pour le mois d’août 2019, on a eu un taux d’inflation de 19.1℅ selon les données du Ministère de l’Economie et des Finances (MEF).
L’inflation est un mal qui ronge constamment le pouvoir d’achat des gens. Et l’on vit déjà dans un pays où le chômage et le sous-emploi font rage. Vu que l’Etat Haïtien n’est pas générateur d’initiatives créatrices. Ce qui nous donne aujourd’hui une économie tournée vers l’aide de la diaspora.

Finalement, pour redresser la situation socio-politique et économique du pays, l’intégration de la diaspora serait d’une importance hors pair. Car, elle représente une part non négligeable dans le fonctionnement du pays. Son exclusion n’est en aucun cas profitable.

Alors, comment peut-on justifier le fait qu’on empêche à un ressortissant Haïtien de la diaspora de remplir ses devoirs civiques? Les compétences des membres de la diaspora, ne pourraient-elles pas être utiles au pays? Si quelqu’un change de nationalité, est-ce que cela doit obligatoirement l’exclure de son pays d’origine même s’il a la volonté et les moyens de contribuer?

Bernado TINTIN
Communicateur Social

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