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21 août 2019

Influence du hip-hop sur le comportement des jeunes haïtiens

Influence du hip-hop sur le comportement des jeunes haïtiens 1

Par : Hérode FAUSTIN

La culture hip-hop est née vers la fin des années 1960 et au début des années 1970 à New-York dans un contexte stratégique de répliquer à l’esthétique mis en dessus par les classes dominantes. Composé du rap, du break dancing, du graffiti et du Deejaying, ce mouvement considéré autrefois en tant que porteur de revendications et mouvement de résistance est en train de perdre ces caractéristiques au profit du divertissement. Répandu très rapidement aux Etats-Unis puis au monde entier, le hip-hop est devenu une culture urbaine importante.

Le hip-hop n’est pas statique, il bouge au fil du temps. Le « old school », le new « school », le « Gangsta-rap », la « Trap » en sont des preuves. Vu par certains comme une culture afro-centrée, pour d’autres, le hip-hop est une culture globale. Et en tant que culture universelle, comment est-il reçu dans les autres contrées du monde ? En Haïti en particulier ?

Le hip-hop est apparu en Haïti dans les années 80, avec Master Dji pour icone. Arrivé sur la terre montagneuse, le hip-hop est adopté par certains jeunes des quartiers populaires. Le « hip-hop kreyòl » ou « hip-hop haïtien » n’est pas une imitation plate du hip-hop américain, la culture haïtienne (le vodou, le rara) est imprégnée au cœur du mouvement. L’histoire du rap en Haïti peut se catégoriser en plusieurs grandes périodes durant lesquels des groupes et personnages comme : Money Mike, Supa Denot, Easy One, King Posse, Original Rap Staff (ORS), Métal Ice, King of Kings, Chachou Boys, Baricad-Crew, Rock Fam Lame étaient au-devant de la scène. De nos jours, le rap kreyòl est marqué par l’apparition du rap solo qui est bourré d’égo trip, de calembours et une variété du hip-hop qu’est la trap. Quels influencent ont les contenus des morceaux de ces icones sur le comportement des jeunes en Haïti ?

Puisque les jeunes sont fascinés par le hip-hop et du fait que le hip-hop a une large couverture médiatique, son influence sur les jeunes se fait vite ressentie. Prenons à titre d’exemple la Trap. Cette nouvelle esthétique du hip-hop qui est apparue récemment en Haïti. Les trappeurs ont leur propre manière de se vêtir dit « SWAG dwòl » avec plusieurs chaines au cou, des jeans troués, des chaussures les unes différentes aux autres etc. Puis, les jeunes, qui sont en majorité les plus intéressés par la culture hip-hop se lancent dans le mouvement. Ils sont devenus des adeptes inconditionnels de cette tendance. Ils se sont appelés des « Dexter » en référence à l’un des pionner de cette esthétique. Le pire, certains de ces jeunes s’adonnent à la consommation de drogue douce comme la marijuana et le fameux Fanta Moly qu’ils appellent la boisson des dexters. Outre ces conséquences élaborées ci-avant, la culture hip-hop pourrait même influencer la vie sexuelle de ces jeunes vu que les rappeurs ont toujours une approche sadisme de la sexualité. Le titre « Kòman w fèl » de Wendyyy et repris par le rappeur MechansT en sont des preuves.

Dans les quartiers populaires, certains sont devenus si accro au hip-hop qu’ils font du décrochage scolaire pour s’adonner à d’autres activités liées au hip-hop comme le Deejaying, le free-style, le rap etc. c’est le cas de quelques adolescents que nous avons rencontrés dans le quartier de Raboteau aux Gonaïves. Ils utilisent souvent des expressions anglophones propres aux rappeurs pour communiquer avec leurs pairs. Ce qui pourrait plus tard donner naissance à des néologismes dans la langue de Frank Etienne.

Face à tout cela, quels rôles devraient jouer les acteurs politiques et culturels ? Quels rôles devraient jouer les médias ?

Mémorant en psychologie à la faculté d’ethnologie

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