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23 septembre 2020

Entre le rire et le spleen, Jean Marc FLEURIMOND nous piecera des mots à livre en folie

Jeune poète et universitaire de notre terroir, Jean Marc Fleurimond est l’un de ces poètes qui montrent qu’il possède des rêves de guerre en son âme inquiète. Il serait soldat, s’il n’était pas poète comme avançait Victor HUGO dans son œuvre les odes et les ballades. Fougueux, optimiste et déterminé, ce poète signera à la 24 ème édition de livres en folie son premier recueil de poésie titré «Mo Pyese». En plongeant dans l’univers poétique de ce bouquin, l`auteur peint une Haïti qui part en couilles à la recherche d’un bonheur présenté comme perdu et noyé d’avantage dans un horizon embrumé.

Par Carlens NAPOLEON
Temps de lecture: 2 mns 15 Sec.

Au premier regard sur la page de couverture de cet ouvrage, on peut lire ceci: Lanmé, van, dife, Rèl, legzistans, tchovi, politik, dwa, egalite, dwa, egalite, revòl, mo pyese, relijyon elatriye. Ce sont des mots disposés et piécés sous le sceau d`une teinture mosaïque envoyant un message ad hoc. Au-dessous de cette même page, il y a une suite de mots formant deux têtes d’Homme qui se disposent face à face. Cette couverture se veut être la description d’une république fragmentée en mille morceaux par des vocables où les uns sont plus fous que les autres. C’est un véritable pamphlet respectant l’a b c de la satire.

On n’aura pas besoin d’être sceptique ou pessimiste quant à l’avenir d’un tel travail. Muni d’un ensemble de titre, ce recueil est plus que captivant dès sa première lecture. L’auteur a su mélanger le chaud et le froid, le vif et le corsé, l’amour et le désarroi pour nous délivrer un travail coupé au lazer et méticuleusement bien ficelé. Mo pyese porte en lui, dans un premier temps, des mots fluides comme des eaux imbibées dans un bourrelet de coton et présente, dans un second temps, des termes de plomb pour aider à saisir le poids de notre existence.

Certains tableaux sombres dressés par Fleurimond portent la couleur et l’expression du tachisme comme l’illustrent les œuvres de Georges Mathieu. On dirait qu’il avait mis les mots sur une toile d’étoupe de chanvre pour les dessiner à sa guise. Personne ne peut nier l’abstraction lyrique et romantique que comporte son fameux recueil.
Souri w bare solèy mwen depi jou sa tout jounen nou trese.
Kou kòd pit tranpe nan lakòl.
Rit kèm desinen fòm kòw nan chak kadyogram
Papiyon jwe mizik sou tèt mwen, Lavi souri ban m […]

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L’enfant terrible du quartier de Meyè à croix des bouquets dresse, par ailleurs, une croix de libération en l’honneur d’Haïti à travers ses poésies baignées par le courant surréaliste du critique et poète André Breton. Des titres comme, nou chire, grangou maledve, Ma bannann, yon moso lespwa, vil la pèdi, kot sa prale, peuvent être déjà considerés comme étant des cris de guerre pour partir à la conquête d’une Haïti minutieusement titanesque.

Ce jeune gestionnaire et informaticien confirme par ce lourd in-folio qu`il est un auteur à visage découvert. Dans nou chire l’auteur écrit ceci :
Zotobre isit chire vwal sou tèt katedral ak souf yo
Pou pè pa lage losti nan gòj soyèt
Leta isit chire rèv nou san retay
Pou n pa angrese desten n.

Au dire d’Orso Antonio, les vers de Fleurimond portent en eux une dimension descriptive à la manière d’Anivince, un surréaliste haïtien. Avec l’appui de divers tropes, l’auteur cherche à scruter et à passer au crible les sujets les plus saillants de la société, souligne l’apprenti de la critique contemporaine des arts et de la culture. Par ailleurs, ce futur spécialiste en esthétique soutient que l’auteur de Mo pyese travaille dans la langue créole, mais non sur le néologisme de la langue parce qu’il n’apporte aucun mot nouveau à cette dernière. Pour avoir pris l’amour, la politique, le social comme cadre thématique pour construire l`énergie visuelle de ses verbes, Orso Antonio conclut en disant que l’œuvre de Fleurimond se veut être en symbiose avec d’autres œuvres comme celles d’Iléus Papillon dans le but de chercher son identité dans l’univers de la poésie haïtienne.

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In fine, c’est une œuvre à découvrir, à encourager et à apprécier ad valorem. Cet ouvrage rédigé totalement en créole fera du bruit à cette 24 ème édition de livres en folie et même Pyrrhon, s’il était encore là, n’en aurait pas de doute là-dessus. Si c’est en forgeant qu’on devient forgeron, Jean Marc Fleurimond nous demontre, dans mo pyese, que c’est en pieçant les mots qu’ils en deviennent entier. Au final, c’est un poète qui se mettait donc à quatre pour nous donner un recueil de vers complet et entier avec des mo pyese.

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