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2 novembre 2022

À quand la resacralisation et la résurrection de l’État Haïtien, sans l’état d’urgence sécuritaire?

À quand la resacralisation et la résurrection de l'État Haïtien, sans l'état d'urgence sécuritaire?

Par: le Professeur Antoine Nérilus

C’est une évidence irréfutable que le concept《État》a toujours épousé toute une pluralité de définitions sous la plume des légions d’idéologues qui l’ont abordé dans la littérature politique, depuis chez les auteurs de l’Égypte antique où la vie politique a germé, en passant par ceux de la Grèce et jusqu’à chez nous. Il a toujours été difficile d’identifier les subtilités définitionnelles et les nuances conceptuelles que les scribes, les orateurs, les politiques et les politologues ont explorées quand il s’agit de dire ou de montrer ce que charrie ce précieux vocable, pourtant avec dextérité, éloquence et masjestuosité, chacun pour sa part; tant le concept est incernable, presqu’opaque même. Une définition certaine et succincte semble être admise de tous et elle en vient à calmer les esprits des curieux et amants de ce vaste domaine scientifique qu’est la politique: l’État est autorité et pouvoir.
Si l’on s’entend bien là-dessus, on admettra, de surcroît, qu’en tant qu’autorité, il (l’État) doit être craint par toutes les composantes de la société et qu’en tant que pouvoir, qu’il sert à rappeler la règle à tous ceux qui oublient ou feignent d’oublier l’existence de l’autorité, le recours à la force brutale dont il peut décider de faire usage, sous sa forme institutionnelle, quand l’impérieuse nécessité s’impose, quand le chaos s’installe dans la société et fait ombrage à la puissance publique.
L’autorité dont il est question plus haut, qu’elle soit de jure, ou de facto est sacrée, comme le pouvoir politique en général, d’ailleurs.

Toute la beauté et la force du pouvoir politique réside dans l’autorité, car la vraie autorité n’a pas besoin de force pour se manifester, car elle est crainte parce que légitime. On obéit à une autorité, à un pouvoir, à une puissance, et plus loin, dans le sens de la préservation des droits fondamentaux des citoyens de la société par les institutions étatiques, les contrevenants aux lois prescrivant et protégeant ces droits s’y trouvent aplatis par le poids des mêmes lois enfreintes. C’est dans ce cas même que l’on évoque, à raison, la théorie de la violence légitime Weberienne. Quand des citoyens déviants choisissent le cynisme comme outil de fonctionnement, se retranchent derrière le terrorisme d’État, l’État est libre de les engloutir ou de les éliminer dans le strict souci de protéger non seulement la vie des collectivités mais aussi dans celui de restaurer l’autorité de L’État aux yeux de tout un chacun en envoyant des signaux clairs à d’autres sujets qui nourriraient de macabres plans visant à semer le deuil, la pagaille sur le territoire dudit État et à détruire sa population.

L’État n’a pas à passer toute une éternité à sensibiliser des « professionnels » conscients. Le banditisme sévissant en Haïti s’est industrialisé, la chaîne est longue et le marché est florissant. C’est un choix calculé à but lucratif et tout choix doit traîner derrière lui ses avantages, dans ce cas, il s’agit de l’argent sale qui s’y gagne; et ses inconvénients: la mastodonte carnassière de l’État pour y rétablir l’ordre, ce, quel qu’en soit le prix à payer, en termes financiers. J’ai été un peu modeste dans le choix de mes mots quand j’ai utilisé les termes « aplatir et écrabouiller ». On ne joue pas avec la vie des gens dont on a pour mission de sauver la vie. L’État est, de nature, protecteur, d’où l’une de ses premières prérogatives régaliennes.

Je dois laisser Emmanuel Kant se reposer tranquillement, néanmoins il est de ces idées, dont la sienne, qui ne mourront jamais et dont on ne saurait se passer même après de multiples siècles et millénaires.

Dans  » idées d’une histoire universelle au point de vue cosmopolite », le fondateur de la philosophie critique, Kant écrit:《 L’homme est un animal qui, du moment où il vit parmi d’autres individus de son espèce, a besoin d’un maître, car il abuse à coup sûr de sa liberté à l’égard de ses semblables…(…). Il lui faut donc un maître qui batte en brèche sa volonté et la force à obéir à une volonté universellement valable, grâce à laquelle chacun puisse être libre et jouir de ses droits inaliénables》. Au Fait, cette idée Kantique remonte à Thomas Hobbes, remonte à Platon, qui, eux, l’avaient puisé dans la sévérité caractérisant la gouvernance depuis l’Égypte antique, premier bastion où le Droit avait eu ces premiers balbutiements, même si des millénaires plus tard les romains vont l’enrichir et le polir à leur tour.

Allez voir les sentences réservées aux contrevenants au code d’Ammourabi, aux lois du parlement d’Uruk, et aux lois du cylindre de Cyrus et l’on comprendra mieux l’histoire de la justice à travers l’histoire de l’humanité, qui y a puisé pour le bien-être des peuples, chacun en ce qui le concerne.

L’État d’Haïti doit
se réveiller de sa léthargie, de son inertie, bref de sa mort. Les bandes armées souchées dans de grandes sphères puissantes sèment le deuil et l’affliction dans la société haïtienne depuis plus de 3 ans, sous les yeux passifs des différentes autorités étatiques haitiennes qui se sont succédées et cette mollesse arrive à son comble de stupidité. L’État haïtien doit cesser de jouer avec la vie des citoyens à qui il doit protection inconditionnelle en tout temps et en tous lieux. Les grosses légumes qui approvisionnent les bandes sont là et peuvent être connues, si elle ne le sont pas encore. La remise en question du respect devant être dû à l’État, surtout par ces actes criminels auxquels nous assistons en Haïti, doit être synonyme de la mort. Des policiers lynchés puis calcinés par des terroristes à longueur de journées; des universitaires et d’autres professionnels en subissent le même sort et cela fait des années que cela dure. C’en est assez.

Que l’État haïtien décrète l’état d’urgence sécuritaire pour au moins une durée de deux ans et sévisse sans ménagement aucun contre les terroristes, s’il ne s’agit pas d’un complot tacite tramé contre la population! Qu’il se dote de tous les moyens et outils qui contraignent les bandits à se raviser dans leurs démarches funestes qui broient tout ce qui nous reste en tant que peuple. Vite!
Si les autorités ne déclarent pas l’état d’urgence sécuritaire pour, au moins, 2 ans, malgré les gigantesques efforts des forces policières, d’autres groupes et groupuscules de gangs vont continuer à se constituer, car le travail de démantèlement devrait pouvoir se faire simultanément, de manière très musclée, dans toutes les communes dites rouges, avec la logique, les mesures, les ressources et les cerveaux appropriés.

Rien ne peut être trop coûteux à l’État quand il s’agit de la sûreté et de la sécurité des citoyens et du territoire. La vie n’a pas de prix. Les pourvoyeurs criminels sont soit dans nos villes soit dans des terroirs inconnus chez certains pays voisins et on doit remonter leur filière et attaquer le problème en amont et en aval, par le truchement de la coopération internationale en matière sécuritaire, où pourvoyeurs et receveurs d’armes et de munitions doivent être effacés, privés de liberté ou privés de vie.Tout court.

Tout ce que l’État veut, il peut l’obtenir, car sa souveraineté lui en confère le plein droit d’en trouver les moyens.

Quand il s’agit de la protection de l’intérêt général, la puissance publique doit être mise en œuvre, ce, sans en ménager la brutalité, étant déjà légitime.

Antoine Nérilus, Enseignant, traducteur, Mastérant et chercheur en Sciences Politiques. Port-au-Prince, le 20 Août 2022.

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